Au Mondial de l’automobile de Paris, l’électrique en quête de déclic

    vendredi 3 octobre 2014

    « Jamais contente » : le nom de la voiture électrique qui battit le record de vitesse en 1899 résume, 115 ans plus tard, l’état d’esprit des promoteurs de véhicules qui, malgré les investissements, les coups de pouce gouvernementaux et les espoirs, peinent encore à développer ce marché.
    Le tacot en forme d’obus à bord duquel le Belge Camille Jenatzy dépassa les 105 km/h à la fin du XIXe siècle trône à l’entrée du Mondial de l’automobile à Paris, non loin des stands high-tech des constructeurs français.
    En visite vendredi matin, le président François Hollande a salué une industrie française en pleine « révolution technologique », capable de devenir un « modèle » en matière de véhicules électriques.
    « La France sera un des piliers, un des exemples, un des modèles du véhicule à faible consommation et du véhicule électrique », a-t-il ajouté.
    Toutefois, pour l’instant, les pages glorieuses de l’électrique « made in France » s’écrivent surtout au temps futur.
    Il suffit de voir le nombre de voitures légères vendues en France de janvier à août 2014 : 1,25 million. Parmi celles-ci, moins de 5 500 voitures électriques, soit 0,43% du marché. Renault, leader des ventes, a convaincu 2 500 personnes d’acheter une Zoé depuis le début de l’année. Peugeot, qui commercialise la petite iOn en coopération avec Mitsubishi, en a écoulé…134 en huit mois.
    La situation n’est guère plus brillante à l’étranger. Au niveau mondial, 200 000 voitures électriques ont été vendues en 2013, 290 000 devraient l’être en 2014, selon le cabinet de consultants PwC, qui prédit une hausse à 960 000 en 2020.
    L’électrique aura alors, selon ces projections, 0,9% du marché mondial contre 0,2% en 2013 et 0,3% cette année. 
    Sous l’impulsion de son PDG Carlos Ghosn, Renault-Nissan a effectué des investissements massifs dans l’électrique, qui peinent pour l’instant à porter leurs fruits.
     

    Coup de pouce gouvernemental

     
    Le dirigeant, à qui un journaliste demandait s’il était satisfait des ventes, s’en est sorti par une pirouette jeudi, en affirmant qu’un patron de société n’était « jamais satisfait, sauf s’il est prêt à prendre sa retraite ».
    « Nous ne sommes pas heureux de nos ventes parce que nous avons toujours l’impression que nous investissons davantage et que nous n’obtenons pas le juste retour sur cet investissement », a-t-il reconnu. Mais M. Ghosn persiste à affirmer que l’électrique a des jours radieux devant lui, en particulier grâce à la Chine. Ce pays, qui connaît une croissance très forte de son parc automobile mais subit aussi une grave pollution atmosphérique, s’est donné pour objectif de mettre cinq millions de voitures électriques sur les routes d’ici à 2020.
    « Lorsque vous regardez d’où ils démarrent, c’est une augmentation énorme », a expliqué M. Ghosn, en disant sa confiance dans le fait que « nous ne pouvons pas nous passer de cette technologie » si l’on veut atteindre les objectifs d’émissions polluantes édictées par les gouvernements, en Chine, en Europe ou aux États-Unis. Et alors, « il y aura un avantage énorme pour les pionniers de cette technologie« , a encore prédit M. Ghosn, pour qui « ce n’est pas une stratégie à court terme » pour son entreprise.
    Le gouvernement français semble en tout cas décidé à donner un coup de pouce supplémentaire à l’électrique : le ministre de l’Économie Emmanuel Macron a évoqué jeudi dans Les Échos « la création d’un superbonus qui sera porté jusqu’à 10 000 euros » pour les acheteurs de voitures zéro émission.
    Seize mille bornes de recharge seront en outre installées d’ici à la fin de l’année avec une ambition de 16 000 de plus dans quatre ans, selon le ministre.
    De son côté, le Californien Tesla, qui devrait écouler 35.000 berlines électriques « Model S » dans le monde cette année dont le tiers en Europe, veut installer 50 bornes d’ici fin 2015 en France, capables de recharger gratuitement la voiture en une heure pour 500 km d’autonomie, record actuel pour une électrique de grande série. Mais la « Model S », même bonus gouvernemental actuel déduit, oblige encore à débourser quelque 60 000 euros.

    AFP

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