Aubry critique encore mais ne se veut ni opposante ni recours

lundi 20 octobre 2014

Martine Aubry (PS), dont les vives critiques ont été écartées avec netteté par l’exécutif, a plaidé lundi le désintéressement, refusant d’être présentée comme un « recours » ou une opposante en chef. Intervenant sur France Inter au lendemain de son interview au JDD qui étrillait une politique gouvernementale menée « au détriment de la croissance », le maire de Lille s’est attaché à justifier sa démarche : non, Martine Aubry ne veut pas la place du Premier ministre Manuel Valls (« qui a été un bon ministre de l’Intérieur », glisse-t-elle), non, elle n’a pas vocation à prendre la tête des « frondeurs » socialistes. Elle récuse au passage ce terme qui colle aux parlementaires rétifs – dont, en bonne place, son ancien directeur de cabinet Jean-Marc Germain.
Cependant si ce groupe est hétéroclite, loin de ne rassembler que des proches du maire de Lille, il l’a remercié de son initiative et d’avoir dit des « vérités essentielles ». Plusieurs « frondeurs » se sont d’ailleurs sentis « confortés » dans leur démarche, lundi, à la veille du vote sur le budget de l’État, pour lequel certains envisagent de s’abstenir.
Si Mme Aubry est sortie de deux ans et demi de frugalité médiatique, alors qu’approche la mi-mandat présidentielle du 6 novembre, c’est, explique-t-elle, pour être « utile à la gauche ». « Je veux absolument qu’il réussisse », a redit Mme Aubry du chef de l’État, avec qui les relations ont toujours été des plus fraîches.
Elle ne l’avait pas épargné quand elle lui avait succédé en novembre 2008 à la tête du PS et avait semé sa campagne des primaires en 2011 de formules dévastatrices (« la gauche molle »).
Aujourd’hui, en privé, raconte un haut responsable socialiste, « elle lâche ses coups contre Valls et Hollande ». « Ce n’est pas à 65 ans qu’on entame une carrière de gentille », a grincé un ministre.

« Arc politique »
 
Un autre membre du gouvernement Valls soupire : « Pourquoi est-on allé la réveiller avec cette histoire de régions ? » Mme Aubry était en effet déjà sortie de son silence à la mi-juillet pour critiquer vivement une réforme territoriale mariant « son » Nord-Pas-de-Calais à la Picardie. Elle s’était aussi fait entendre sur l’encadrement des loyers fin août. Avant de tirer la sonnette d’alarme sur les coupes budgétaires dans les collectivités.
Lundi, en martelant ne pas avoir vocation à organiser une opposition interne, elle a approfondi ses critiques : sur les aides aux entreprises mal ciblées, les rythmes scolaires mal présentés, le travail dominical, la politique familiale…
Pour quel débouché politique ? « Elle n’est pas du tout dans une logique de prise du pouvoir, d’un conquête d’un poste », assure l’ex-ministre François Lamy. Il reconnaît toutefois qu' »elle a posé une borne » dimanche. Lui-même s’occupe d »‘entretenir » régulièrement les réseaux aubrystes. Ce qui peut toujours servir, en cas d’événement politique prévu ou imprévu… 
« Qu’elle pique une crise, oui, mais est-ce qu’elle a un agenda ? » s’interroge un ténor socialiste, tandis qu’un ex-membre du gouvernement Ayrault relevait il y a quelques jours : « Le problème de Martine Aubry, c’est le passage aux actes. »
Selon un poids lourd, « elle ne veut pas de Manuel (Valls), ni maintenant, ni dans des primaires, ni dans le cadre du PS » après 2017. « Elle construit un arc politique pour qu’il ne puisse pas s’imposer. » « Elle pense que Hollande va se présenter en 2017. Mais s’il n’y va pas, elle ne veut pas que Valls rafle la mise », ajoute-t-il.
Pour sa part, prié d’interpréter la sortie du bois de la responsable PS, le ministre Michel Sapin, fidèle d’entre les fidèles du chef de l’État, a éludé : il ne commentera pas des « arrière-pensées ».
La veille déjà, le président avait répondu indirectement à la dirigeante nordiste que les réformes « se poursuivront à un rythme encore accéléré », tandis que M. Valls a lancé qu' »on ne change pas de politique au milieu du gué » et qu’il faut « persévérer ». Dimanche, il avait prévenu avoir « les nerfs solides » face à la « diversité » de parole à gauche. « C’est un homme qui a des nerfs, il peut accepter le débat », a rebondi lundi Mme Aubry.

AFP

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