Augmentation et astuces pour arrêter le tabac

    lundi 3 avril 2017

    cigarette tabac

    La loi qui vient ébranler votre vie paisible d’amoureux de la nicotine entre en vigueur ! En plus de plomber votre santé, elle s’attaque aujourd’hui à votre budget. (© Claire Allavena)


    Amis fumeurs, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le changement, c’est maintenant ! On vous bassinait depuis des mois avec une future augmentation du prix du tabac, ça y est ! La loi qui vient ébranler votre vie paisible d’amoureux de la nicotine entre en vigueur. Aujourd’hui, votre allié anti-stress, votre  “accessoire social” ou bien appelez-le comme il vous plaira, prend : 38,7 % ! Réel impact ? Chiffres ? À qui profite cette hausse ?

    Professionnels de santé, consommateurs, buralistes et études offrent l’occasion de faire un point sur un fléau qui tue 6 millions de personnes par an. Tantôt glamour, adage des intellectuels, tantôt élégante ou sexy, la cigarette n’a cessé de jouer un rôle social au fil des années pour devenir la championne des premières causes de décès évitable en France. Un cancer sur trois est lié au tabagisme.

    En plus de plomber votre santé, elle s’attaque aujourd’hui à votre budget. Le prix du paquet de tabac à rouler passera de 750 F à 1 000 F, celui d’un paquet de Marlboro par exemple de 750 à 1 050 F et celui du paquet de 25 de Winfield de 900 à 1 300 F.

    Alors, si le célèbre “fumer tue” n’est pas venu à bout de ce poison phare, peut-être que votre banquier le fera. En attendant, voici un petit tour d’horizon de cet univers enfumé.

    Eh oui, rien de neuf, même sous le soleil tahitien. Fumer nuit, toujours, gravement à votre santé et à celle de votre entourage. La cigarette est responsable de 90 % des cancers du poumon. Le tabac tue près de 6 millions de personnes par an dans le monde. Rien de nouveau, on vous avait prévenu ! Et avec “plus de 4 000 substances chimiques inhalées par la fumée de cigarettes, dont plus de 60 classées cancérigènes” par le Comité international de recherche sur le cancer, les chiffres sont sans appel.

    Goudrons, insecticides… ce n’est que le début d’une liste bien longue, dont on vous donne quelques pépites juste pour le plaisir. Monoxyde de carbone, le “truc” qui sort de nos pots d’échappement ; acétone, un dissolvant ; acide cyanhydrique, employé autrefois dans les chambres à gaz ; arsenic, puissant poison ; dichlorodiphényltrichloroéthane, un bien joli nom pour un insecticide, qui tapisse les poumons…

    Mais on ne vous apprend rien, n’est-ce pas ? 

     

    Augmentation et résultat incertains ?

    Brutale et inflexible : deux adjectifs pour qualifier l’augmentation du prix du tabac suite à la loi du Pays adoptée le 6 décembre 2016 et qui entre en application aujourd’hui. Brutale, certes, efficace, rien n’est moins sûr.

    “Ce n’est pas une bonne chose pour nous, les revendeurs… Mais, c’est la loi, c’est comme ça”, souligne Éliane Ata, responsable de boutique-buraliste, avant d’ajouter, lucide : “Je pense que je vais perdre des clients, oui… L’augmentation est énorme. L’impact pour nous, revendeurs, est conséquent, on doit sortir plus d’argent.”

    Une augmentation qui fait grincer des dents, mais ne dissuade pas toujours. “Je ne vais pas du tout arrêter, même pas diminuer. Je connais les mauvais effets, mais je suis accro… L’augmentation tant pis”, lâche Pascale Tufaunui avant d’écraser sa cigarette.

    En terrasse des cafés, les clients, clopes en l’air, listent les “indispensables” : “celle avec le café”, “celle à l’apéro”, “celle après manger”; “je m’en fous ! Moi, j’ai les moyens. Au début, on diminue et, après, on s’habitue au prix”, s’amuse un autre.

    Une augmentation qui semble en tout cas ne laisser personne indifférent.

     

    Plus de moyens pour la prévention ?

     

    Quant à la prévention, le 31 dé­cembre 2010, le conseil des ministres actait la dissolution de l’établissement pour la prévention (Épap). Une décision qui semble avoir eu un impact sur le domaine, comme le souligne Jean-Christophe Bouissou, porte-parole du gouvernement, lors du point presse du conseil des ministres qui a eu lieu mercredi : “Il serait temps de mettre en place un nouvel organisme dédié à la prévention”, avant de poursuivre, “1 000 F pour un paquet, ce n’est pas grand-chose par rapport à un paquet en Nouvelle-Zélande”.

    Et il conclut : “Ce sont des centaines de millions de francs Pacifique qui devraient être récoltés via cette taxe, intégralement reversés au financement du RSPF (Régime de solidarité de la Polynésie française, NDLR)”. Le gouvernement n’a plus souhaité répondre ensuite.

    Car, pour les associations, faute de moyens, les actions semblent difficiles à mettre en place.

    “Pour être franche, avant, on ne faisait rien pour le cancer des poumons, on n’avait pas de subvention. Cette année, on va commencer à faire des campagnes sur le cancer et sur les risques liés à la cigarette. On débute le 22 avril à l’église de Faa’a avec un pneumologue”, informe Patricia Grand, présidente de la Ligue polynésienne contre le cancer, avant d’analyser la situation à Tahiti. “Ici, on peut acheter des cigarettes partout. Elles sont sous notre nez tout le temps. Je suis pour qu’on montre les cho­ses affreuses, les poumons noirs… Est-ce que le prix va jouer ? Peut-être un peu.”

     

     

    Les jeunes, principale cible

    Selon une étude menée par Solène Bertrand et Anne-Laure Berry, rattachées à la direction de la santé, 41 % de la population polynésienne fument. Un tabagisme qui inquiète les professionnels de santé d’autant que la moitié de ces fumeurs déclarent avoir commencé avant 12 ans.

    Pour Marie-Françoise Brugiroux, médecin et directrice du Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie (CCSAT), cette augmentation est à double tranchant. “L’OMS (Organisation mondiale de la santé, NDLR) a montré qu’une augmentation, pour être efficace, doit être significative. Et c’est le cas. Donc, ça va marcher sur les jeunes qui n’ont pas trop de sous, ça va aider ceux qui ne sont pas dépendants. Mais chez les vrais dépendants en revanche, ça ne changera pas grand-chose. Il y a des risques qu’ils se tournent vers d’autres choses…”

    Une inquiétude que bon nombre partagent, à l’instar de la présidente de la Ligue polynésienne contre le cancer. “Si l’augmentation du prix est la seule chose mise en place, ça n’aura pas d’effets miracles ! Et puis, les jeunes risquent de se tourner vers le paka… ou autre…”

     

    Alors, une solution ?

     

    Le docteur Brugiroux n’hésite pas à faire référence au modèle islandais probant où les jeunes recevaient des bons gratuits pour participer à de nombreuses activités : “Si on donne aux gens la possibilité de gérer leur vie autrement, pour les jeunes de faire des activités avec leurs potes, ce serait peut-être la solution.”

    Elle ajoute excédée : “Il faudrait que l’on soit drastique ! Qu’il n’y ait plus un gamin de moins de 18 ans qui puisse acheter un paquet de clopes ! Un chiffre : si on ne fume pas avant 20 ans, on ne devient pas dépendant. Ici, les jeunes fument à 7, 8 ans, les cancers du fumeur se développent beaucoup plus tôt en Polynésie, comparé à la France… C’est ça, la gravité du tabagisme en Polynésie.”

     

     

    Fumer, un plaisir !

    cigarette tabac

    Pour Marie-Françoise Brugiroux, “arrêter le tabac, ce n’est pas ne pas fumer. C’est modifier sa vie pour être heureux
    sans tabac”. (© Claire Allavena)

    Si l’éternel “fumer tue” n’est pas venu à bout de votre irrépressible envie de fumer… Eh bien, sachez, premièrement, que vous n’êtes pas le seul et, secundo, que tout n’est pas perdu !

    “Tout le monde peut arrêter de fumer”, affirme Marie-Françoise Brugiroux, directrice du Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie (CCSAT), avant d’expliquer d’un ton bienveillant : “Il faut juste remplacer le plaisir de fumer par un autre plaisir. Arrêter le tabac, ce n’est pas ne pas fumer. C’est modifier sa vie pour être heureux sans tabac. Si tu poses ta cigarette en disant : je ne fume plus. Tu deviens juste un fumeur qui ne fume pas. Donc, au bout d’un certain temps, tu es frustré ; comme tu es frustré, tu es malheureux ; comme tu es malheureux, tu rechutes.” Le plaisir. Cette notion que bon nombre de médecins oublient.

     

    En parler, un bon début

     

    Le 31 mai, Journée mondiale sans tabac, des consultations d’aide au sevrage tabagique seront proposées à Tahiti. Pourquoi ne pas juste venir parler ? “69 % des fumeurs disent qu’ils aimeraient arrêter si on les aidait”, souligne Marie-Françoise Brugiroux. “Un tantinet de psychologie, ça ne fait pas de mal ! Telle technique ou trois aiguilles, c’est un traitement ça, il faut d’abord faire un diagnostique, en parler, pour trouver la méthode qui fonctionnera ensuite. Car le tabagisme, ce n’est pas seulement parce que les gens ont envie de fumer. L’idée, c’est de comprendre pourquoi les gens fument.”

    Oscar Wilde l’a si bien dit : “Seul l’amour peut garder quelqu’un de vivant”. Essayer d’amener sa vahine ou son tane à arrêter de fumer est le lot quotidien de bon nombre de Polynésiens. Pas vraiment une partie de plaisir ?

    Vaiana Samg-Mouit, psychologue clinicienne, dévoile une démar­che tout en douceur pour amener le dialogue. “Être sincère, c’est la clé. L’expression de ses sentiments avec bienveillance, authenticité : “J’ai envie que l’on vieillisse ensemble, ça me chagrine quand je te vois tousser…” Ça, l’autre peut l’entendre. La réussite de cette discussion passe par une communication non violente.”

    Car 365 jours de tabac, ce sont 419 750 F qui partent en fumée… Une belle semaine à Hawaii en famille pour les plus terre à terre. Si la culpabilisation ne mène à rien, ça mérite bien de prendre quelques minutes pour réfléchir. La balance décisionnelle est une bonne méthode, par exemple, pour mettre le pied à l’étrier.

     

     

    Et si on arrêtait ?

    ARRÊT FUMER

    Que se passe-t-il lorsque l’on s’arrête de fumer ? (© Illustration DR)

    Stop les “c’est trop dur”, les “je n’y arriverai pas” et autres négativismes ! “C’est déjà super de penser à arrêter”, annonce, plein d’entrain, le docteur Brugiroux. “Tu as des enfants ?”, poursuit-elle en réponse à la question : “Tout est-il question de volonté ?”, avant d’expliquer : “Si on te dit que ton enfant va mourir, mais que si tu es capable de monter l’Everest, ton enfant va vivre… Tu vas gravir cette montagne, non ? Parce que la santé de ton enfant est une motivation et qu’elle déclenche la volonté de le faire. C’est un leitmotiv ! La volonté, on l’a tous, en fait ! Il faut juste trouver les bénéfices qu’on va trouver en arrêtant. La bonne motivation, elle est pour soi.”

     

    Le bon interlocuteur

     

    Une fois votre motivation en poche, voici donc deux, trois astuces quasi-infaillibles pour renflouer son porte-monnaie, épargner sa santé et la planète aussi… Pas mal, n’est-ce pas ?

    Hypnothérapie, e-cigarette, patch, sophrologie, psychothérapie, acupuncture, laser… Les méthodes pour arrêter ne manquent pas et si la “motivation” personnelle reste une clé majeure, trouver son “bon” premier interlocuteur permet de gagner du temps.

    “Beaucoup de fumeurs nous disent “j’ai besoin de fumer pour me détendre, avoir un moment à moi…” “En fait, ce ne sont que des besoins fondamentaux humains tout ça. Sauf que la stratégie pour les combler, elle est tragique, puisqu’elle a des effets secondaires. Il y aura toujours d’autres moyens pour compenser, d’autres substituts. C’est pour cela que c’est important de trouver la cause, l’origine de ce besoin de fumer”, explicite Vaiana Samg-Mouit. “Chercher dans le tabac, le paka ou autre, un apaisement, un antistress, c’est un déni de la souffrance.”

    Freud disait : “L’homme ne renonce à rien, il trouve des substituts”. “En fait beaucoup de personnes ne peuvent pas arrêter si elles ne trouvent pas autre chose, alors que c’est la cigarette qui est une alternative. La paix et le bonheur, on les a déjà en nous”, conclut-elle. 

     

     

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    Dossier réalisé par Claire Allavena

     

     

     

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