Australes – Le blanchissement des coraux préoccupe les scientifiques

    lundi 22 mai 2017

    coraux blanchis

    À Tubuai, voici l’état actuel du corail, blanchi (ci-dessus). Si rien ne s’inverse les colonies mourront définitivement comme ci-dessus. (Photo : C Berthe)


    À la suite du constat dressé par les scientifiques embarqués sur la pirogue Faafaite, une mission du Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement (Criobe) composée de Laetitia Hédouin et Cécile Berthe du Criobe s’est déplacée au Australes. Le constat effectué par les scientifiques s’est révélé très préoccupant dans cette région. L’importance du phénomène de blanchissement du corail est avéré. Plus de 70 % des espèce les plus vulnérables se sont trouvées impactées par ce phénomène que l’on ne peut plus attribuer à El Niño, mais vraisemblablement au réchauffement climatique de la planète.

    Situé à environ 600 km au sud de la Polynésie française, l’archipel des Australes n’est pas connu pour ses eaux chaudes. Et pourtant, depuis le début de l’année, la température moyenne de l’eau de mer a augmenté de 2 à 3°C par rapport aux normales saisonnières (données du Criobe sur un suivi depuis 1997). Cette hausse de température a comme effet, entre autres, le fameux blanchissement du corail.

    Alertés de la situation par des scientifiques de la pirogue Faafaite, Laetitia Hédouin et Cécile Berthe du Criobe, se sont rendues à Tubuai, Rurutu et Rimatara pour effectuer des relevés de l’état de santé des coraux et évaluer l’ampleur du phénomène de blanchissement. Sur chaque île, elles ont effectué des transects vidéo de 30 m. sur trois sites différents pour analyser le taux de recouvrement corallien, le taux de blanchissement et de mortalité récente.

     

    Un constat différent pour chaque île

     

     

    Pour chaque île le même constat : un blanchissement sévère (plus de 70% des colonies coralliennes présentaient des signes de blanchissement), initié depuis plusieurs semaines donnant des coraux extrêmement affaiblis dont le rétablissement semble difficile. Une mortalité récente des coraux (caractérisé par une colonisation du squelette corallien par le gazon algal) a d’ailleurs déjà été observée dans tous les sites d’études. Les prochaines semaines seront décisives pour les colonies coralliennes, certaines pourront s’en remettre mais les scientifiques pensent que cet épisode de réchauffement va entraîner la perte de la majorité des colonies blanchies.

    Pour compléter le suivi de l’événement de blanchissement corallien à l’échelle de la Polynésie française, l’équipe du Criobe effectue actuellement un suivi sur les îles de Moorea et Tahiti. Fortement touchés par l’événement en 2016 (30 % des colonies blanchies), les coraux de Moorea avaient alors très bien récupéré (moins de 5 % de mortalité). Cette année, l’anomalie de température a été beaucoup moins élevée dans l’archipel de la Société qu’elle ne l’a été dans les Australes.

    Le blanchissement est certes visible pour certains genres de coraux (Acropora, Pocillopora, voir encadré) mais peu intense et la plupart des colonies semblent à nouveau s’en remettre. Pour connaître l’impact exact de l’événement de blanchissement corallien et évaluer la perte corallienne engendrée, Laetitia et Cécile devront retourner dans 4 à 6 mois dans les îles étudiées pour constater, soit la résilience des coraux (leur capacité à récupérer leurs algues et donc, leur couleur), soit leur mortalité récente.

    Pour le reste de la Polynésie française, aucun événement majeur de blanchissement n’a, pour l’instant, été rapporté aux Marquises ou aux Gambier. Plusieurs clubs de plongée des Tuamotu ont fait état d’un récif en bonne santé. L’équipe du Criobe a pu constater ceci à Fakarava après une mission réalisée en avril dernier.

     

    Pas de solution immédiate mais des initiatives

     

    Face au blanchissement corallien, les solutions immédiates sont malheureusement inexistantes à l’heure actuelle. Néanmoins il est important d’observer le phénomène et d’en rendre compte pour que les scientifiques et les politiques aient une vision claire de l’état de santé global des récifs polynésiens.

    À travers le programme Un œil sur le corail (voir encadré) le Criobe-IRCP souhaite bénéficier des observations de l’ensemble des habitants de Polynésie française et ainsi, être mieux renseigné sur l’ensemble des perturbations que les récifs peuvent subir. Par ce programme, les scientifiques souhaitent également partager les connaissances acquises par le Criobe depuis plus de 40 ans sur les récifs coralliens, grâce à des rencontres, des formations ou des interventions dans les établissements scolaires, comme ce fut le cas auprès des élèves de 6e du collège de Tubuai en avril dernier.

    Pouvoir informer les gens, afin qu’ils puissent comprendre les phénomènes en action dans leur lagon offre à tous une meilleure connaissance du monde qui nous entoure et donc une meilleure capacité à le protéger. S’il n’est pas possible de baisser la température de l’eau de nos îles pour rendre la santé à leurs coraux, en revanche, d’autres solutions se présentent. Les scientifiques ont ainsi constaté que tous les coraux n’étaient pas égaux face à l’augmentation de la température. Ils tentent de sélectionner les plus résistants pour les élever dans des pépinières coralliennes.

    Une autre approche est de rendre les coraux plus résistants, soit en pré-exposant les jeunes stades de vie à différentes températures, soit en leur inoculant des zooxanthelles plus thermo-tolérantes. Ces “super coraux” grandissent ensuite à l’abri dans des pépinières coralliennes, sous la vigilance de leur “jardinier”, pour être par la suite réimplantés dans le milieu naturel dégradé.

    La cryoconservation est un autre outil scientifique innovant en cours d’expérimentation. L’idée est de créer une banque de conservation de matériel génétique des différentes espèces coralliennes à l’image des banques de semences. Si l’une des espèces venait à disparaître, on pourrait tenter de la réimplanter, via le matériel génétique conservé dans cette banque. Ces différentes approches scientifiques visent à améliorer les techniques de restauration récifale, une pratique de plus en plus utilisée à travers le monde, pour régénérer des récifs dégradés.

     

    De notre correspondant Philippe Vinckier
    Avec la participation du Criobe et en particulier de Laetitia Hédouin, Cécile Berthe, Yannick Chancerelle

     

    blanchissement des coaux

    Sachez les reconnaître

    Acropora cytherea

    • Acropora cytherea

    Typiquement tabulaire, pouvant atteindre parfois 2m de diamètre. De couleur Brun-orange à rose. Espèce assez commune, localement abondante sur les pentes protégées et dans les parties peu profondes des lagons, proches du littoral. Absente des pentes externes.

     

    Acropora pulchra

    Acropora pulchra

    Principalement arborescent, avec un aspect en buisson. Couleur brun à beige, extrémité des branches beaucoup plus pâle, souvent bleuâtre. Espèce présente sur les platiers et le haut des pentes récifales

     

    Porites lutea

    • Porites lutea

    Forme massive ou en dôme. Couleur claire variable jaune, brun, vert ou rose. Espèce très commune dans le lagon de Moorea. Abondante dans le lagon, du littoral au front récifal et sur les pentes externes à des profondeurs variables.

     

    Pocillopora meandrina

    • Pocillopora meandrina

    Forme branchue, base de la colonie et des branches fréquemment couleur rouille, persistant après la mort de l’animal. Espèce ubiquiste, commune dans le lagon et sur les pentes externes. Abondante sur le haut des pentes externes et plus encore sur le platier du récif barrière.

    (informations tirées du Guide d’identification des coraux de Moorea, P. Bosserelle, 2013)

     

    blanchissement coraux en bref

     

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