Australie : des backpackers sont exploités dans les fermes

lundi 4 mai 2015

La porte de l’Australie est grande ouverte aux jeunes routards européens et asiatiques, qui peuvent facilement décrocher un visa vacances-travail. Pendant un an, ils sont autorisés à travailler et à voyager librement dans le « lucky country », le pays de la chance. Mais la chance ne sourit pas à tous.
 
Sans expérience professionnelle, avec un niveau d’anglais limité, certains jeunes se tournent vers les fermes, qui cherchent toujours de la main d’œuvre. En outre, travailler pendant trois mois à ramasser ou empaqueter des fruits et légumes permet d’obtenir un autre visa d’un an.
 
Dans bien des cas, ces jeunes saisonniers sont alors exploités par des fermiers peu scrupuleux, révèle un reportage d’investigation diffusé aujourd’hui par la chaîne ABC. Les journalistes ont recueilli des témoignages de backpackers, comme cette jeune Anglaise, qui a travaillé à Bundaberg, région agricole du Queensland :
« Je dirais poliment que c’était de l’esclavage. J’ai eu l’impression qu’on avait été projeté dans le passé. C’était fou. On a été traité de façon inhumaine. »

 
C’est en fait un système bien huilé qui est en place, dénonce la chercheuse Joanna Howe, qui estime que le but du visa vacances-travail est totalement corrompu. Dans la plupart des cas, ce ne sont pas les fermiers qui embauchent directement les saisonniers. Des contracteurs se chargent de recruter de jeunes européens ou asiatiques, et les envoient dans les fermes, où il y a du travail. Ils sont soumis à des heures de travail illégales, à des conditions de vie dégradantes et sont payés en dessous du salaire minimum en vigueur.
  Au bout de la chaîne, il y a les supermarchés, raconte ce syndicaliste interrogé par ABC :

« Les principaux fournisseurs utilisent des contracteurs louches, qui exploitent les travailleurs qui cueillent et emballent les légumes qui arrivent sur nos étals, et que les consommateurs achètent, pensant qu’ils ont été produits équitablement en Australie. »

 
Les jeunes backpackers ne sont pas les seules victimes de ce système d’exploitation. Les agriculteurs et fournisseurs qui respectent les lois et paient correctement les travailleurs sont délaissés par les supermarchés, au profit de concurrents moins scrupuleux, et donc moins chers. C’est ce qui est arrivé récemment à Steve Marafioti, le PDG de SA Potatoes, lâché par certains de ses clients. Il raconte la pression qu’il subit au quotidien : « Des contracteurs viennent nous voir sans arrêt. Ils nous disent qu’ils vont nous apporter des saisonniers et qu’ils vont nous faire économiser beaucoup d’argent. Ils nous disent qu’on peut réduire nos coûts de 20, 30 voire 40%. Mais il est hors de question de céder. »
 
La chercheuse Joanna Howe estime que le gouvernement est parfaitement au courant de ce système, mais qu’il préfère se voiler la face plutôt que de réguler, vu le nombre de secteurs concernés.
 
Radio Australia
 
 

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