Australie : un téléfilm de 4M$ pour dissuader les demandeurs d’asile de venir

vendredi 10 avril 2015

En octobre dernier, le Sydney Morning Herald révélait qu’en un an, entre juillet 2013 et août 2014,  le gouvernement de Tony Abbott avait déjà dépensé 23 millions de dollars pour dissuader les demandeurs d’asile d’approcher l’Australie en bateau, soit le budget prévu pour quatre ans.
 
L’argent avait principalement servi à la réalisation de spots télé et radio, diffusés en 17 langues, dans le monde entier.
 
Cette fois, c’est un téléfilm qui va être financé par les services de l’immigration, pour plus de 4 millions de dollars. Selon l’émission Lateline de la chaîne ABC, le téléfilm sera diffusé dans les pays en guerre, en Syrie, en Irak et en Afghanistan, mais aussi peut-être dans des pays de transit comme l’Indonésie. Il sera tourné par la boîte de production Put It Out There Pictures, dont l’une des fondatrices, Trudi-Ann Tierney, a réalisé plusieurs films de propagande en Afghanistan.
 
Ce téléfilm raconterait l’histoire de demandeurs d’asile qui se noient en cherchant à rejoindre l’Australie, pendant que d’autres demandeurs d’asile obtiendraient des visas après avoir choisi de rester dans leur pays et de s’enregistrer auprès du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
 
Si la première partie de l’histoire semble crédible, étant donné qu’au moins 1 200 personnes ont connu ce sort, la seconde partie laisse perplexe le professeur William Maley, de l’Institut diplomatique Asie-Pacifique :
« Le risque, c’est que l’on finance le film fantastique le plus cher depuis Le Seigneur des anneaux… Beaucoup de gens ne peuvent pas se permettre d’attendre un an dans un endroit dangereux, le temps que les bureaucrates leur répondent. Et c’est l’une des raisons pour lesquels ils se tournent vers des passeurs, qui leur offrent une option nettement plus attractive ; les passeurs peuvent commencer à faire bouger les gens dans les cinq jours suivant la réception d’un acompte. »

 
Pour le professeur Maley, les 4 millions de dollars seraient plus utiles s’ils servaient à accélérer le processus de traitement des demandes d’asiles par l’Onu.
 
La productrice du téléfilm argue, elle, que c’est un moyen très puissant pour faire changer les mentalités, et éviter à des gens d’être retenus pendant des mois dans des centres de rétention, voire de mourir en route. Il y a un mois, le Premier ministre, Tony Abbott, s’était ainsi félicité d’avoir « fait cesser l’arrivée des bateaux », notamment grâce à ce type de campagnes. « Il est prouvé que les feuilletons et téléfilms sont des médias de choix lorsque l’on veut faire passer des messages complexes à un public en particulier », fait valoir le ministère de l’Immigration.
 
Le professeur Maley doute que cette campagne du gouvernement australien puisse être aussi efficace :

« Il y a une photo célèbre qui date de septembre 2011. Elle a été prise après l’explosion d’une bombe à Quetta, au Pakistan. On voit des bouts de corps partout et dans le fond, il y a une publicité du gouvernement australien qui dit « n’essayez pas de rejoindre l’Australie par bateau ». Alors, si le risque que vous encourrez est d’être déchiqueté, réduit en miettes par une bombe, la menace représentée par le fait de prendre la mer ne paraît pas si démesurée que cela. »

 
Rappelons que les demandeurs d’asile qui arrivent en Australie par bateau sont placés dans des camps de rétention sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, ou sur l’île de Nauru. Et même s’ils obtiennent ensuite le statut de réfugié, Canberra ne les autorise pas à s’installer en Australie.

Radio Australia
 

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