Bagarre fatale, à Paea, en novembre 2012 : l’accusé a été acquitté

    mercredi 1 juin 2016

    “Un homme normal face à une situation anormale”, selon l’avocat de l’accusé, Kevin, 20 ans à l’époque des faits. Ce fait divers mortel de novembre 2012, à Paea, au PK 22,2, sur lequel la cour d’assises de Polynésie française a eu à se prononcer hier, était “particulier”, selon les mots de l’avocat général.

    Une affaire malheureusement trop banale, d’une bagarre qui tourne mal, à la suite de laquelle Ogari, 27 ans, a perdu la vie.
    Hier, c’est un beau jeune homme de 1,86 m, bien bâti, en chemise blanche et pantalon noir impeccable, cheveux courts, qui s’est présenté à la barre, libre sous contrôle judiciaire.
    Kevin comparaissait devant la cour d’assises pour “violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner”, et encourait une peine maximale de 15 ans de réclusion criminelle.

    Plutôt penaud, l’accusé, aujourd’hui sapeur-pompier et en couple depuis sept mois, présentait, hier, un look et surtout un profil, à l’opposé d’un homme violent.
    Ce 15 novembre 2012, Kevin passe la journée avec ses amis, à jouer aux cartes, tout en buvant une ou deux bières.
    Non loin de là, la victime, réputée agressive quand elle a bu, vend ses mangues en bord de route, mais a surtout attaqué la journée au komo (alcool artisanal).

    Et il en consomme jusqu’à plus soif et souhaite se battre, qu’importe son adversaire. Il cherche un sparring. C’est le mot qu’il a prononcé à diverses reprises, selon les différents témoins à la barre, qui connaissaient aussi bien l’accusé que la victime.
    Ogari aimerait en découdre avec Kevin, au cours de fatale journée dont ils passent une bonne partie ensemble. Mais Kevin reste impassible, vu l’état d’Ogari, 1,74 m, et ce, jusqu’au début de la nuit.

    Après avoir ramené des crêpes à tout le monde, aux alentours de 21 h 30, Kevin fume une cigarette, et Ogari revient à la charge, l’insulte à nouveau et lui assène un coup de poing.
    L’accusé veut alors “régler ce problème avec les poings, une fois pour toutes”, comme il l’a déclaré aux gendarmes, lors de sa première audition, le lendemain de la nuit mortelle.

    Costaud, amateur de boxe et de sports en général – il pratiquait le surf avec son père –, Kevin évite les coups de sa victime éméchée, qui le ceinture, alors que les deux protagonistes ont rejoint la lumière, près d’un arbre.
    Kevin ceinture, à son tour, Ogari, le retourne et le projette au sol, tête la première, d’une hauteur de 70 cm et lui assène un coup de pied, nu, “sans élan”.

    Arrivés rapidement sur place, les pompiers constatent le décès de la victime vers 22 h 10.
    Autant le profil de la victime n’était guère flatteur, autant celui de l’accusé est “un jeune presque bien sous tout rapport”, comme l’a précisé l’avocat général.
    L’expert psychiatrique a dressé de l’accusé le portrait d’un homme normal, qui “semble être allé au bout de sa patience”, le jour des faits.

    Kevin a-t-il eu “la réaction de n’importe qui”, s’est demandée la présidente de la cour. “Oui”, a répondu l’expert, parlant “d’un accident dans son parcours de vie”.
    Le médecin légiste a été, quant à lui, bien moins catégorique. Malgré des analyses poussées, ce dernier n’a pu apporter aucune certitude sur la causalité de la mort d’Ogari, qui souffrait néanmoins de déficience cardiaque.

    Une brèche dans laquelle n’a pas manqué de se glisser l’avocat de l’accusé, Gilles Jourdainne, demandant ni plus ni moins l’acquittement de son client, et ce, malgré une passe d’armes technique avec l’avocat général sur une éventuelle possibilité de “légitime défense”. Ce dernier avait requis cinq ans de prison avec sursis.
    Alors que la cour s’est retirée pour délibérer vers 16 h 15, le verdict est tombé peu avant 19 heures hier. Kevin a été acquitté sur la base de la légitime défense. 

    Compte-rendu d’audience Christophe Cozette

     

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