Baleines dans le port : des hôtes difficiles à gérer

    samedi 17 octobre 2015

    Depuis mercredi soir, une baleine et son baleineau, probablement harcelés par un mâle, sont entrés par la passe pour s’abriter dans le port de Papeete. Le matin même, à Moorea, un baleineau a probablement été tué par l’hélice d’un ferry. Pour éviter un nouveau drame, l’association Mata Tohora, la vigie du port et les armateurs travaillent en étroite collaboration. Nous les avons suivis durant toute une journée.

    Comme si elle savait. Mercredi, un baleineau a probablement été tué par l’hélice d’un ferry à la sortie de la passe de Vaiare, à Moorea.
    Une immense tache de sang a été vue par des témoins au passage du navire et les requins et autres orques ont dû laisser très peu de chance de survie au jeune cétacé.
    “Les baleineaux ont plus de difficulté à évaluer la vitesse des navires et n’arrivent pas à plonger assez rapidement”, explique Agnès Benet, la biologiste qui préside l’association Mata Tohora. Assermentée par la direction de l’environnement, elle assure la sensibilisation et la protection des cétacés qui viennent se reproduire ou mettre bas dans nos eaux. Un travail qui s’est intensifié, ces dernières 48 heures, avec l’arrivée d’une mère baleine et son petit, sur l’autoroute des navires qui arrivent et partent de Polynésie : la passe de Papeete. Mercredi soir, alors que le soleil se couche sur Moorea et que les rameurs finissent leur entraînement, une baleine à bosse et son petit longent la digue. Il n’est pas 18 heures et ils font leur entrée dans le port. Très rapidement, cette présence est signalée à l’association qui relaie l’information à la vigie du port. Même si les navires sont prévenus, les ferries déboulent encore à pleine vitesse dans la passe. Des témoins verront la baleine tourner aux alentours de la piscine de Tipaerui, puis devant le quai des ferries, comme pour marquer sa désapprobation à l’incident survenu le matin même de l’autre côté du chenal.
    Au réveil, maman et son petit semblent agités à l’heure où les premiers navires arrivent dans la passe. Tandis que la baleine ne cesse de frapper la surface de sa nageoire caudale, le baleineau multiplie les sauts. Agnès Benet et Clément Bais Pierre sont déjà sur l’eau, sur leur petit zodiac, dont l’oriflamme aux couleurs de l’association précise leur rôle. En cette journée spéciale, ils vont durant toute la journée assurer le rôle de facilitateurs pour les navires entrant dans la passe.

    Un stress pour les pilotes

    En collaboration avec la vigie du port, ils se positionnent entre les balises et la baleine pour indiquer au ferry la position du cétacé qui a la fâcheuse habitude de sonder à l’arrivée des navettes, pour ne réapparaître que quelques secondes avant ou après son passage.
    “De là où je suis, je ne vois pas grand-chose, juste un remous sur l’eau”, explique Manuarii à la vigie du port. “Mais Mata Tohora sont mes yeux sur le plan d’eau. Pour le moment, cela s’est bien passé, ils passent toujours sur le côté.”
    Du côté des compagnies de ferry, les ralentissements imposés par la présence des baleines dans la passe sont réels mais minimes.
    “Il faut réussir à les voir”, reconnaît Tino, pilote et gestionnaire. “Le plus difficile, c’est quand tu arrives à 30 nœuds et qu’elles surgissent d’un coup comme ça. C’est dangereux pour les deux parties. Pour nous, c’est stressant, c’est sûr      .” Les ferries ne disposent pas pour l’instant de sonar pour repérer plus facilement les baleines.
    En plus de faire la circulation à l’entrée de la passe, Mata Tohora doit évidemment poursuivre son rôle de sensibilisation et d’information auprès des plaisanciers et des clubs de plongée sur les manières d’approcher la baleine. Des baleines dans le port, ce n’est pas si commun et l’info s’est propagée comme une traînée de poudre. Parfois, même les personnes les mieux intentionnées ont bien du mal à se rappeler des règles quand le magnétisme de la baleine située à proximité fait son effet. À l’image de ce particulier, qui oublie de faire marche arrière alors que l’imposant mammifère n’est qu’à quelques brasses de son moteur. “C’est moi qui ai appelé pour signaler”, tente-t-il se justifier en toute bonne foi. Reste qu’il aurait dû reculer.

    Saut à quelques mètres des plongeurs

    Agnès et Clément ont ainsi le droit à toute une panoplie d’excuses gênées et maladroites. En plein milieu du port impropre à la baignade, des jeunes femmes décident de se jeter à l’eau alors que la baleine croise à proximité. “C’est pour se rafraîchir”, assurent-elles. Pendant quelques minutes, les cétacés sortent enfin. Sur le bateau d’un club de plongée, hommes et femmes enfilent leurs palmes. “Il n’y a aucune mise à l’eau, les baleines sont perturbées”, prévient Clément. Quelques minutes plus tard, tuba sur la tête, trois personnes sont dans l’eau, entre le baleineau et sa mère. Cette dernière ne tarde pas à réagir et effectue trois sauts et atterrit à chaque fois à quelques mètres des plongeurs.

    Une petite sortie entre midi et deux

    Quelques minutes plus tard, le baleineau plonge une seconde avant le passage d’un ferry. Agnès Benet sort un micro sous-marin.
    Cela vient confirmer ce qui pousse la baleine à venir se réfugier dans la rade, car dans les écouteurs, le chant d’un mâle se fait entendre. C’est pour éviter son harcèlement qu’elle est venue si près des côtes.
    Dans le lagon, les phases de calme où la baleine reste en surface, presque invisible, succèdent aux moments chauds, comme ce voilier qui manque de percuter le baleineau. Dans l’après-midi, Mata Tohora doit également rappeler à l’ordre un club de plongée pas autorisé au whale watching et qui feint ignorer cette démarche, qui lui a pourtant été mentionnée l’an dernier.
    La présence du drapeau avec l’oriflamme est aussi le point d’information et les navires se rapprochent pour avoir des nouvelles du baleineau heurté à Moorea, pour adhérer à l’association ou proposer d’aider à repousser le baleineau vers le large.
    “C’est une honte de le laisser dans le lagon, c’est comme une cage pour lui”, s’indigne une plaisancière, ignorant le puissant sonar de la baleine qui lui permettrait de retrouver la sortie d’un labyrinthe sous-marin sans trop d’encombre.
    “Il faut laisser faire la nature. Si elle est rentrée, c’est qu’elle a une raison”, répond Agnès Benet. “La reconduire vers le large serait la renvoyer vers ce qu’elle fuit.” Le dernier gros navire a quitté la passe, le dernier ferry à faire la rotation est désormais au large. Le soleil décline et les pirogues passent sans trop faire attention à la baleine. Au petit matin, elle est toujours là avec son petit. L’épais brouillard complique la tache de l’association, désormais rôdée par ces 24 heures de collaboration. À midi, c’est un ouf de soulagement pour tout le monde. La baleine quitte la passe, en semblant dire “nana” de sa nageoire pectorale, peu avant midi. Elle sera finalement de retour deux heures plus tard. Agnès Benet n’excluait pas d’aller à l’eau pour être certain du bon état de forme que son comportement semble pourtant confirmer. À moins, comme certains anciens l’affirment, que cette intrusion soit annonciatrice d’une tempête.

    Florent Collet

    Voir ici toutes nos photos

    Le choc… une mare de sang

    Voici les premières, voire les seules photos prises du baleineau, une dizaine de minutes après l’accident survenu à environ un mile nautique de la passe de Vaiare, mercredi matin. Ces clichés ont été rapportés par un couple de touristes américains qui nous a transmis par la même occasion ce témoignage : “Alors que nous approchions Moorea, nous avons vu le ferry sur le chemin du retour vers Tahiti (Aremiti) plusieurs centaines de mètres en dehors du port (de Vaiare). Plusieurs minutes après que le ferry nous ait croisés, nous avons remarqué une flaque de sang dans l’eau. En observant plus minutieusement, nous avons remarqué un baleineau en difficulté à la surface. Il était sur le dos à plusieurs centaines de mètres en dehors du récif, entouré de cette flaque de sang, et il nous est apparu en situation de détresse. Sa localisation se situait sur le tracé emprunté par le ferry venu de Moorea.”

    De notre correspondant Jeannot Rey

    MENARD COLETTE 2015-10-24 10:46:00
    c'est très bien ce que tu fait AGNES, un bonjour de saint médard d'aunis ma belle continue a sauver ces belles bêtes!! amitiés
    MENARD COLETTE 2015-10-24 10:46:00
    c'est très bien ce que tu fait AGNES, un bonjour de saint médard d'aunis ma belle continue a sauver ces belles bêtes!! amitiés
    MENARD COLETTE 2015-10-24 10:46:00
    c'est très bien ce que tu fait AGNES, un bonjour de saint médard d'aunis ma belle continue a sauver ces belles bêtes!! amitiés
    Bab Moz 2015-10-17 22:30:00
    Un grand mauruuru à l’association Mata Tohora... après "l’accident" avec le baleineau dans la passe de Vaiare... il aurait été dommage qu'un second arrive !!! Pauvres bêtes... elles viennent chercher le repos dans nos eaux et l'être humain ne respecte même pas ça !!! Fiu ces plongeurs !!! :/
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