Habillage fond de site

La banquière détourne 26 millions au détriment de ses clients

mercredi 12 juin 2019

tribunal

“Cela a été un engrenage. Je n’avais plus la notion des dépenses”, a expliqué l’ex-banquière. (© Florent Collet)

“Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés”.  L’adage se vérifie une nouvelle fois pour K.B., une trentenaire originaire des Antilles jugée hier pour abus de confiance par le tribunal correctionnel.

Elle a pourtant multiplié les stages en banque durant son cursus qui la mènera en master 2, de quoi la faire embaucher à la BRED de Saint Barthélemy, une île française des Caraïbes. Mais son métier de conseil auprès des clients sur la manière de gérer leur argent a visiblement eu du mal à s’appliquer dans son propre quotidien. “Je suis rentrée à Saint-Barthélemy après mes études. J’ai eu des difficultés financières, la vie est très chère. Je gagnais entre 180 000 et 210 000 F par mois, et mon loyer représentait plus de la moitié de mes revenus. Les interdits bancaires se sont alors multipliés”, justifie celle qui a quitté la mer des Caraïbes pour le Pacifique afin de suivre son conjoint.

À défaut de restreindre ses dépenses, elle a donc trouvé un moyen pas légal d’accroître considérablement ses revenus. Parmi ses clients les moins pointilleux mais pas les plus fortunés, elle a chargé à leur place des cartes de crédit “One shot” qui permettent au client d’aller retirer une fois de l’argent liquide au guichet automatique avant que la machine ne conserve la carte.

Les premiers retraits sont de 80 000, puis 100 000 puis 200 000 plusieurs fois par mois. “Je ne tenais pas de livre de ce que je prélevais, j’ai sous estimé le montant.”

Ce n’est qu’après plusieurs années, qu’un client s’est rendu compte de mouvements suspicieux sur son compte en banque. La BRED a ainsi chiffré le préjudice en un peu plus de 4 ans à plus de 26 millions de francs. “Cela a été un engrenage. Je n’avais plus la notion des dépenses”, rapporte la jeune femme, incapable de dire ce qu’elle a fait des 400 000 à 500 000 francs qu’elle prélevait chaque mois. “Je l’ai dilapidé dans des dépenses futiles, pour faire les courses offrir des cadeaux.”

Les juges s’agacent du peu de détails donnés sur la destination de l’argent “26 millions, il faut y aller quand même”, s’irrite un magistrat. “Ce n’était pas de l’enrichissement personnel”, assure l’ex-banquière. “Je faisais profiter mon entourage, je payais des voyages à mes parents ou pour moi. Lorsque l’on sortait, j’invitais systématiquement”. Si ce n’est pas la banque elle-même qui a tiré la sonnette d’alarme mais un de ses clients, la jeune femme n’avait pas pris de précautions nécessaires, son propre compte bancaire était dans l’établissement. “À aucun moment, je me suis dit que ça n’allait pas se voir.”

Désormais installée en Polynésie où elle a suivi son conjoint, la jeune femme a quitté Saint-Bart’ avant la révélation de l’affaire et c’est la banque qui l’a fait citer devant le tribunal. “Cette affaire a fait grand bruit pour une petite île où la confiance des clients fortunés est importante”, a expliqué l’avocat de la BRED. “Depuis 2017, il n’y a pas eu le début d’un centime de remboursement. Il y a un discours qui doit correspondre à la réalité”, s’est il agacé quant à l’attitude de la prévenue au discours pavé de bonnes intentions.

L’avocat de la banque a également regretté de ne pas voir les relevés de compte d’une personne qui a empoché “15 années de Smic”.

Après que le procureur ait requis 18 mois de prison avec sursis assortis d’une mise à l’épreuve et l’interdiction définitive d’exercer une activité de maniement des fonds dans une banque, l’avocate de la prévenue a rappelé que cette affaire s’était retrouvée devant le tribunal car la BRED avait refusé les demandes de remboursement.

Sa cliente aurait ainsi contracté un prêt pour commencer à rendre l’argent et de rappeler qu’une éventuelle condamnation la contraindrait à quitter son travail et une source de revenu lui permettant de réparer son impair.

Au final, considérant “la gravité particulière des faits et notamment le fait qu’ils se soient répétés sur plusieurs années, mais également que la prévenue n’avait jamais été condamnée” les juges lui ont infligé une peine de 2 ans de prison avec sursis et une mise à l’épreuve l’obligeant à rembourser la banque.

Cette dernière s’est également vu attribuer une indemnité de 1,2 millions pour le préjudice d’image subi.

Compte-rendu F.C.

 

 

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Selon vous, qui sera élue Miss Tahiti 2019 :

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete