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Bateau volé et échoué à Pueu : le drame de la modeste famille de pêcheurs

vendredi 27 octobre 2017

gendarme arrestation

Le prévenu avait déjà été condamné, étant mineur, pour avoir battu à mort un adolescent de Taravao dans le but de lui voler son sac et son portable. (© Florent Collet)

Ambiance lourde dans la petite salle du tribunal, hier, lors de l’audience de comparution immédiate où V.P., 21 ans, est appelé à la barre pour le vol, le week-end dernier, du poti marara Tamahere III, dans la marina de Pueu.

Les faits sont relativement simples.

V.P. passe l’après-midi à boire des bières avec ses amis. Vers 4 heures du matin, alors que ses amis sont repartis, il reconnaît le bateau de papy Jacky, un pêcheur connu dans le coin.

Il monte à bord dans l’espoir d’y trouver du poisson, mais il remarque surtout que la clé est toujours sur le contact.

Le propriétaire explique qu’elle est bloquée depuis des mois, mais que, jusque-là, aucun vol n’était dénombré à la marina.

V.P. enclenche le contact et voit que le bateau démarre. Il éteint, repart sur le quai, réfléchit et décide finalement de larguer les amarres.

Après cette balade, il explique avoir voulu ramener le bateau à sa place, mais les moteurs “à fond”, il se trompe sur la signification d’une balise, prend par le lagon au lieu de prendre par le large et s’échoue sur le corail.

Il tente de descendre à l’eau pour débloquer le bateau, en vain. Le moteur est cassé et la coque largement ouverte, laissant entrer jusqu’à 50 cm d’eau. Il rentre donc à la nage alors que le soleil se lève.

L’embarcation de papy Jacky est rapidement remarquée et ce dernier est mis au courant. Les dégâts sont considérables, évalués à au moins à 5 millions de francs.

À la barre, l’épouse du pêcheur fait part de toute sa peine et sa colère.

 

“Seul moyen pour subvenir aux besoins de notre famille”

 

“Il a de la chance que je ne sois pas sa mère, sinon, je lui aurais mis mon poing dans la figure. J’ai grandi dans une famille pauvre de 14 enfants. Ma mère nous a toujours appris à mettre les mains dans la terre. Lui, il doit travailler pour nous rembourser. Nous avons travaillé toute notre vie pour pouvoir nous payer ce bateau. Nous n’avons pas de retraite. Ce bateau, c’est notre seul moyen pour subvenir aux besoins de notre famille.”

Appelé à réagir à ce poignant témoignage, P.V. ne répond que très laconiquement. “Je comprends.”

Le parcours de P.V. laisse comprendre son peu d’empathie. Rejeté par sa mère depuis qu’elle a trouvé un autre homme, P.V. était attaché à un poteau avec son petit frère et se faisait taper à coup de barre de fer par son père et son grand-père.

En 2011, avec un complice, il bat à mort un adolescent pour lui voler son sac et son téléphone portable.

En détention, il viole l’un de ses codétenus. Une semaine avant les faits, il sortait de la gendarmerie, qui lui avait signifié une future audience après avoir commis des violences avec un fusil sous-marin.

Les différentes mesures socioéducatives pour le réinsérer ont toutes échoué. Les experts dressent un portrait plus qu’inquiétant de sa personnalité avec des traits psychopathiques, une complaisance à faire le mal.

Quand le juge l’interroge sur sa vision de l’avenir : “Je ne peux pas savoir”, répond simplement P.V.

Décrit comme hermétique à la sanction pénale, P.V. subit les foudres du procureur, qui ne voit qu’une solution : l’incarcération pour que, “pendant un temps, la société se trouve à l’abri”. Et de requérir 2 ans de prison et la révocation de 16 mois de sursis de ses affaires passées.

Son avocate reprend d’abord le témoignage de la femme du propriétaire, notant les témoignages de personnes ayant vu trois individus sur le bateau pour s’insurger contre “la nouvelle politique expéditive du parquet à tout juger en comparution immédiate” au risque de “passer à côté de la vérité.”

L’avocate parle aussi de sa tristesse pour le parcours de son client mais aussi pour celle des victimes : “J’espère que la solidarité, si présente à Tahiti, va jouer pour eux.”

En attendant, P.V. a été conduit à Papeari pour purger les deux ans de prison et 16 mois de sursis révoqués auxquels il a été condamné. 

 

F.C.

 

 

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