Habillage fond de site

Ces bateaux épaves qui polluent la carte postale

mardi 13 février 2018

bateau

Beau spectacle devant les bungalows de l’InterContinental. (© Jean-Luc Massinon)


À Punaauia, un trimaran gît entre deux eaux depuis plus d’un an. Son propriétaire, qui paie la location de la place et l’assurance, n’est pas disposé à sortir son voilier. Les batteries, le carburant et les huiles de moteur présentent un risque pour l’environnement.

Si la Polynésie est un terrain de jeux formidable pour les plaisanciers confirmés ou amateurs, certains propriétaires de voiliers ne sont malheureusement pas toujours reconnaissants.

Pour preuve, la présence d’un trimaran qui gît entre deux eaux à quelques encablures des luxueux bungalows sur pilotis de l’InterContinental à Faa’a. Voilà une épave qui fait tâche sur la carte postale paradisiaque.

La cabine de ce trimaran est en partie immergée. L’eau de mer entre en permanence par les hublots de la coque centrale et le flotteur tribord a disparu sous l’eau.

Hormis l’apparent bon état du mat, penché à 45°, toutes les boiseries semblent imbibées et pourries. La bôme, à laquelle la grand-voile est encore accrochée, pique du nez dans le lagon.

Malgré les courants, le trimaran est heureusement toujours amarré à un corps-mort. Il reste hors du chenal et n’est donc pas un danger potentiel pour les embarcations qui circulent dans la zone, entre les bouées. Mais sur le plan environnemental, l’épave n’est pas sans risque.

À l’intérieur du voilier, il y a peut-être encore des batteries. Et s’il y a un moteur, il y a donc potentiellement aussi du carburant et de l’huile.

 

 

Risque de pollution

 

 

Renseignements pris à la marina Taina, il semble que ce navire soit dans cette fâcheuse posture depuis plus d’un an.

On comprend mieux l’état de délabrement des matériaux. Le propriétaire, un notable de la place, ne serait pas disposé à agir pour régler la situation.

À jour de sa location du corps-mort et le bateau toujours assuré, l’indélicat marin aurait garanti que son bateau pourrait être remis à flot à tout moment. Les plaisanciers avertis savent bien que ce rafiot ne reprendra jamais plus la mer, pas plus qu’il ne sera utilisable au mouillage.

Afin d’éviter une pollution de la zone, alors que la marina détient le Pavillon bleu, il aurait été proposé au propriétaire l’aide de la capitainerie pour un remorquage jusqu’à une cale, afin que l’épave soit mise à sec, pour une éventuelle remise en état.

Averti de la situation, le Port autonome, l’autorité qui a le pouvoir de police dans la zone (de Taunoa à Tapuna), aurait mis en demeure le propriétaire pour “mise en danger pour l’environnement” (le commandant du port aurait l’assurance du propriétaire qu’il va remédier à la situation).

Il est difficile de croire que ce propriétaire, aussi amateur de plongée dit-on, ne se sente pas concerné par le risque de pollution que représente son bateau, voué à sombrer. Malheureusement, ce n’est pas le seul bateau dans cette situation.

 

J.-L.M.

 

Arnaud Jordan, président de l’association des voiliers en Polynésie : “Il faudrait une filière pour se débarrasser des bateaux”

arnaud jordan

La situation d’un voilier (le trimaran devant l’InterContinental) volontairement abandonné ne donne-t-elle pas une mauvaise l’image de la communauté des plaisanciers ?

Oui, évidemment, c’est une mauvaise image. Mais ce ne sont pas des gens qui font partie de notre association, qui a pour but de défendre la plaisance. Avec ce bateau, on ne prendra plus jamais de plaisir. De plus, il prend une place qui pourrait être allouée à quelqu’un qui navigue. Et c’est ce que notre association promeut, c’est cette capacité des gens à naviguer.

 

Ce n’est pas le seul cas de bateau abandonné à Tahiti ?

Il y a plein de bateaux qui flottent et qui sont abandonnés. C’est un problème pour les ports. Parce que ça prend des places. Ça s’appelle des bateaux poubelles ou des bateaux ventouses. Que le propriétaire paie ou pas, qu’il soit identifié ou pas, le problème est le même. C’est un bateau qui ne naviguera plus.

 

Alors pourquoi continuer de payer un emplacement et ne pas se débarrasser de ce bateau ?

Un propriétaire responsable doit envisager la fin de vie de son bateau. Ce n’est pas facile car c’est souvent une histoire d’amour. Mais que peut-on faire de ce bateau ? Il faudrait une filière pour se débarrasser des bateaux, car aujourd’hui la filière est informelle.

 

En voyant cela, les voiliers deviennent indésirables ?

L’association travaille à une image positive du plaisancier. Les bateaux qui ne bougent pas ne donnent pas cette image positive de la plaisance. Car la plaisance, c’est avoir un bateau en capacité de naviguer.

 

Faut-il accepter les bateaux-maisons ?

Personnellement, ce n’est pas comme cela que je conçois la plaisance qui est de pourvoir aller de mouillage en mouillage, librement. C’est parce que certains ont de mauvais comportements que la plaisance est mal perçue. Les bons comportements pour lesquels nous travaillons c’est de respecter le lagon, d’être en capacité de manœuvrer rapidement s’il le faut, d’avoir un bateau entretenu et, lorsqu’il est en fin de vie, d’envisager son démantèlement.

 

En attendant, les interdictions se multiplient, comme à Moorea ?

Interdire les bateaux de mouiller, comme sur le PGEM de Moorea, aboutirait à dire : vous avez un bateau pour rester dans une marina. Or, les voiliers ne sont pas faits pour rester dans les marinas mais pour voyager, aller de mouillage en mouillage, découvrir la région dans les limites de la réglementation. On a 48 heures pour les mouillages de sable. On veut conserver cette possibilité dans la limite de la loi.

 

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