Habillage fond de site

La bête noire des footballeurs tahitiens est au fenua

mardi 14 février 2017

Robert Paouta

Aux côtés de Sam Garcia et Frédéric Fritch (aux extrémités), Michel Paillé était heureux de retrouver son ami Robert Paouta, le petit ailier calédonien qui a tant fait courir les footballeurs tahitiens. (© Jean-Luc Massinon)


Dans son pays, en Nouvelle-Calédonie, il était une légende, il y a cinquante ans. Robert Paouta est au fenua. Si les confrontations entre Tahitiens et Calédoniens ont souvent été musclées, l’amitié entre les joueurs persiste. L’ancien maire de Lifou et ministre des Sports calédonien a retrouvé son ami Michel Paillé, de l’AS Vénus.

Il ne faisait qu’un mètre soixante-dix, mais sur les terrains de foot c’était lui le plus rapide. Devant les buts, pour placer sa tête, il sautait plus haut que les défenseurs adverses. Et les gardiens de but du Pacifique se souviennent encore de son foudroyant pied droit.

La bête noire des Tahitiens est au fenua depuis quelques jours. Âgé aujourd’hui de 76 ans, Robert Paouta a été heureux de retrouver son camarade Michel Paillé.
Vendredi dernier, à l’entrée du stade Vénus, les deux hommes sont tombés dans les bras de l’un autre. Pour le président de l’AS Vénus c’est plus qu’un ami, “c’est presque un frère”. Les deux anciens footballeurs ont plein de souvenirs en commun.
Car leur histoire remonte à 1963, lors des premiers jeux du Pacifique. C’est sur les terrains d’athlétisme que Michel et Robert se sont croisés. Le Tahitien courait les 800 à 5 000 mètres et le Calédonien était inscrit au saut en longueur et en hauteur, au triple saut et aux 100 mètres.
Mais les deux concurrents venaient surtout pour défendre leur sélection au football.

Cette année-là, l’affrontement entre Tahitiens et Calédoniens s’est notamment déroulé en demi-finale.
Robert s’en souvient encore : “Nous étions à match nul à la fin du temps réglementaire : deux partout. J’avais mis un but de la tête. C’est lors des prolongations que j’ai marqué le but vainqueur, c’était un tir de 30 ou 40 mètres. En finale, nous avons rencontré Fidji. Bien qu’ils soient chez eux, nous avons gagné 7 à 2. J’en ai marqué quatre, pendant ce match-là.”

 

Une revanche à Tahiti

 

La défaite (en demie) des Tahitiens contre les Calédoniens aux premiers jeux du Pacifique n’était que le début d’une longue histoire entre les deux territoires rivaux.
Le niveau des joueurs du Caillou était au-dessus de celui des Tahitiens concède Michel Paillé : “La force de Robert était surtout sa vitesse”. “Les Tahitiens étaient trop lourds”, s’amuse à dire Robert.
Ce dernier pense que les rencontres organisées en Nouvelle-Zélande et en Australie avaient aussi permis au football calédonien de progresser plus vite.
Napoléon Spitz, haut responsable du football tahitien, n’avait pas digéré cette élimination et avait défié la Calédonie de venir pour une revanche à Tahiti. Robert se souvient d’avoir entendu “Napo” dire : “Vous verrez qui nous sommes”.
L’année suivante, en 1964, cette revanche a été organisée à Fautaua. Le premier match est perdu par les Tahitiens : 2 à 1.
Le plan anti-Robert Paouta n’a pas marché. C’est Ah Wei qui était chargé de marquer à la culotte la flèche calédonienne ; ce qui n’a pas été simple pendant 90 minutes.
Robert Paouta raconte : “Je ne faisais que 1,70 m, mais les Tahitiens savaient que je sautais haut, car j’avais fait du saut en hauteur en athlétisme. Alors on s’accrochait toujours à mon caleçon”.
Physiquement, Richard Van Sam ne lui avait pas fait de cadeau non plus : “Les contacts étaient rudes avec lui, mes côtes s’en souviennent”.
Remplaçant Taurua, qui était dans les buts en 1963, Argoust n’a pas fait mieux. Le deuxième match a encore été remporté par les Calédoniens : 4 à 1.

 

Un vivier pour les clubs tahitiens

 

L’histoire ne dit pas si “Napo” a reconnu la suprématie calédonienne, mais il a surtout vu dans les joueurs du Caillou des footballeurs de qualité.
Car à la fin du match, il a bien tenté de faire venir Robert Paouta à Centrale sport : “J’étais instituteur à Lifou, mais surtout une place de chef coutumier s’était libérée et ma population ne voulait pas que je parte. J’aurais été le premier Calédonien à venir jouer à Tahiti”.
Le transfert ne s’est donc pas fait, mais par la suite de nombreux bons joueurs calédoniens sont venus s’illustrer sur les terrains tahitiens, notamment à Vénus. Robert Paouta était l’interlocuteur privilégié du club de Mahina.
En 1980, Michel Paillé se souvient d’avoir amené Vénus à Nouméa. La nouvelle formation de Mahina comptait beaucoup de jeunes et ces confrontations avec les Calédoniens – plus physiques et plus rapides – avaient pour but de renforcer le groupe tahitien.
Basée au Mont-Dore, l’équipe a été invitée – tous frais payés – sur l’île de Lifou. Devinez par qui ? Robert Paouta ! Il faut dire que, dans la formation de Vénus, il n’y avait pas moins de cinq Calédoniens de cette île.
Vendredi dernier, Michel et Robert se sont remémoré quelques autres bons souvenirs. Comme celui d’un déplacement dans le cadre de la coupe des DOM-TOM. L’équipe de Mahina devait aller jouer à Koné, à plus de 250 kilomètres de Nouméa, mais le bus mis à leur disposition n’avait pas la climatisation.
Michel avait refusé de faire le trajet dans ces conditions, et Robert leur avait déniché un bus climatisé, dont le chauffeur était même un ancien joueur de Vénus.
Et si sur le terrain une des confrontations s’est terminée à 9 joueurs contre 10, après un match âprement défendu et quelques expulsions pour trop d’engagement, les deux camarades se sont souvenus d’avoir bien eu du mal à rentrer à l’hôtel tant il avait fêté leurs retrouvailles avec Lucien Viriamu.

 

Homme politique

 

À Tahiti pour quelque temps (son épouse étant de Faa’a), Robert Paouta s’est vu invité par le président de Vénus à suivre les matchs pour le tournoi qualificatif pour la Coupe du monde U17.
Michel Paillé espère également l’emmener chez lui à Tubuai. Mais l’ancien sportif aimerait qu’il ait l’occasion aussi de rencontrer ses anciens adversaires, comme Richard Van Sam, ou encore Paul Ropiteau.

Autrefois, l’ancien maire de Maupiti avait été chargé, lui aussi, de contenir en vain le buteur calédonien.
Et peut-être croisera-t-il l’ancien ministre de la Santé, Charles Tetaria. Les deux hommes se sont affrontés dans le sable, sur l’épreuve du saut en longueur.
Robert Paouta aura peut-être aussi l’occasion de saluer quelques dirigeants. Car le sportif a brillé aussi sur la scène politique. Il dit que c’est sa popularité de sportif qui intéressait surtout les groupes politiques.

Il a été le plus jeune maire de Lifou, où il a dirigé la commune durant douze ans, il a également été élu à ce qui s’appelait alors l’assemblée de Calédonie durant trois mandats et a présidé la commission des sports (l’équivalent du titre de ministre des Sports).
Robert Paouta a connu Francis Sanford, et c’est au RPR qu’il a côtoyé Gaston Flosse. Il se souvient bien d’Édouard Fritch également, car c’est en tant qu’élu de la province des Îles qu’il était venu faire construire et acheter des bateaux de pêche. Le président Fritch était alors ministre de la Mer.
Plus de cinquante ans après, les confrontations entre Tahiti et la Nouvelle-Calédonie restent des moments forts du football et nul doute que Robert Paouta sera dans les tribunes de Vénus, ce soir, pour assister à la rencontre entre les deux formations de U17.

 

J.-L.M.

Orianne Obrize
267
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Le Pays a lancé l'opération "plage propre", vous sentez-vous concernés ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete