Bientôt un laboratoire de haute sécurité à Malardé

lundi 27 octobre 2014

L’Institut Louis-Malardé devrait recevoir dans un délai de six mois un laboratoire de haute sécurité. Ce nouvel équipement dit “P3” a été commandé en métropole pour un coût de 100 millions de Fcfp.  Il sera installé par le fournisseur qui assurera aussi la formation des manipulateurs autorisés à l’utiliser.

D’ici six mois, l’Institut Louis -Malardé devrait être doté d’un nouvel équipement de pointe : un laboratoire P3 dans lequel des agents pathogènes (à l’origine de maladies comme Ebola) peuvent être manipulés en toute sécurité. Il s’agit d’un espace confiné équipé d’un système de filtration de l’air, des fluides et de l’eau qui sont soit recyclés, soit stérilisés. Il permet à la fois de protéger le manipulateur mais aussi l’environnement. Il peut être mobile ou non. Ce laboratoire est constitué d’un sas d’entrée où peuvent se changer les scientifiques, d’un espace contenant tout l’appareillage de sécurité et d’un lieu de manipulation à proprement parlé. Ce dernier, d’une taille de 14 m2, est équipé à la demande des commanditaires. “En plus d’une hotte et d’une étuve, disons basique, il contiendra ce que l’on appelle une boîte à gants”, explique Van Mai Cao-Lormeau, chercheur en virologie à l’ILM.          Ladite boite est un contenant transparent sur lequel est fixée une grande paire de gants. Le manipulateur peut ainsi travailler sur des  échantillons sans être en contact direct avec  ces prélèvements et les agents pathogènes qu’ils peuvent ou non contenir. “Concrètement, lorsqu’un échantillon nous parviendra pour diagnostic”, précise Van Mai Cao-Lormeau, “il se trouvera enfermé dans un contenant hermétique. Ce contenant sera déposé dans la boîte à gants via un sas. Le manipulateur pourra l’ouvrir en toute sécurité. Il aura la possibilité de désactiver l’agent pathogène puis d’en extraire l’ADN”. Pour rappel l’ADN est ce code génétique qui permet le développement puis le fonctionnement de tout organisme qu’il s’agisse d’un virus, de l’Homme ou d’un frangipanier, par exemple. En observant un ADN, il est possible de savoir si l’on a affaire à un virus, un mammifère ou une plante mais aussi de déterminer avec précision le spécimen de ces derniers.

“Réaction immédiate”

“Imaginons que l’on suspecte chez un patient une contamination par le virus Ebola”, illustre Van Mai Cao-Lormeau. “Une prise de sang est faite et est aussitôt envoyée au laboratoire P3. Le manipulateur, autorisé à faire du diagnostic sur un tel virus, se met aussitôt à l’ouvrage. Si la suspicion est confirmée, la réaction est immédiate : prise en charge adaptée, enquête sur le patient, sur ses déplacements, sur les personnes qu’il a rencontrées…  Sans laboratoire P3, l’échantillon doit être envoyé en France pour analyses, ce qui retarde de plusieurs jours minimum la gestion du cas.” L’intérêt d’un tel laboratoire, dans le contexte épidémique actuel, n’est donc plus à démontrer.             Ce laboratoire P3 était espéré et attendu en Polynésie française depuis 2007. “Dans le cadre du contrat de projets et suite à l’épidémie de chikungunya à la Réunion, le Pays et l’ILM en avaient fait la demande au ministère de la Santé”, souligne Van Mai Cao-Lormeau. “À l’époque, il avait été envisagé un laboratoire dimensionné pour faire de la veille sanitaire, du diagnostic et de la recherche. Ce projet a avancé, reculé, avancé. Finalement il n’a jamais vu le jour. Aujourd’hui, le contexte épidémique prouve l’urgence de nous équiper. Sauf que nous ne sommes pas les seuls à
réagir de la sorte. Aussi, nous avons dû revoir le projet à la baisse. Nous avons finalement passé commande d’un laboratoire pour faire de la veille et du diagnostic”. L’équipement sera livré et opérationnel d’ici à six mois. Pas avant. Il a été commandé en métropole auprès d’un fournisseur spécialisé pour la somme de 100 millions de Fcfp. Il sera monté et validé en métropole avant de rejoindre la Polynésie. Mais avant toute utilisation, les manipulateurs autorisés à y pénétrer devront suivre une formation. À terme, l’ILM espère toujours obtenir un laboratoire P3 destiné, cette fois, à ses activités de recherches.

Delphine Barrais

Du laboratoire P3 au P4

Les laboratoires sont classés en différents niveaux : 1, 2, 3 et 4. Le plus élevé étant le niveau 4. La classification P4 d’un laboratoire permet la manipulation d’agents pathogènes de classe 4 caractérisés par une haute dangerosité (taux de mortalité très élevés en cas d’infection) du fait de l’absence de vaccin protecteur, de traitement médical efficace et d’une transmission possible par aérosols. C’est le cas, par exemple, du virus Ebola ou du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras). Pour information, le virus Ebola a été déclassé par l’Organisation Mondiale de la Santé. Si les recherches menées sur ce virus ne sont possibles qu’en laboratoire P4, le diagnostic peut, lui, se faire en laboratoire P3 pour permettre aux pays qui ne sont pas dotés d’équipement de niveau 4 de faire du diagnostic. Les laboratoires P4 sont très rares à l’échelle mondiale. Il en existe une dizaine environ. En France, il se trouve à Lyon. Il s’agit du laboratoire Jean Mérieux du nom de la famille qui a financé en partie le projet.

 

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