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Biodiversité et terres rares : Alors, quelle richesse on préserve ?

mercredi 8 mai 2019

Après trois campagnes océanographiques dédiées à l’exploration de la faune profonde en Polynésie française, la revue Scientifc Reports publie un état des lieux essentiel sur la biodiversité présente dans ces habitats méconnus. Photos : DR

Après trois campagnes océanographiques dédiées à l’exploration de la faune profonde en Polynésie française, la revue Scientifc Reports publie un état des lieux essentiel sur la biodiversité présente dans ces habitats méconnus. (Photos : DR)


Après dix ans et trois campagnes sur les fonds sous-marins en Polynésie française, les scientifiques dévoilent les premiers résultats de leurs études. Une faune existe bien dans l’environnement des terres rares. Les différents organismes interpellent sur la nécessité d’abord d’en découvrir plus sur cette biodiversité, avant de lancer des campagnes d’extractions.

Après trois campagnes océanographiques dédiées à l’exploration de la faune profonde en Polynésie française et menées par des équipes du Muséum national d’Histoire naturelle (Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité – MNHN – SU – CNRS – EPHE) et de l’IRD entre 1998 et 2009, la revue Scientifc Reports publie un état des lieux essentiel sur la biodiversité présente dans ces habitats méconnus.

Les reliefs sous-marins profonds de la région présentent des encroûtements polymétalliques épais et riches en métaux d’intérêt économique.

De forts enjeux sont donc liés à cette partie du globe. Ces milieux isolés peuvent ressembler à des déserts océanographiques.

Ils sont cependant caractérisés par une biodiversité, discrète et originale, qui ne peut être mise en évidence par les techniques habituelles d’imagerie sous-marine.

Aussi, de nombreux animaux marins ont été récoltés et déposés dans les collections du Muséum avant d’être identifiés par des spécialistes.

Cette source unique de données permet d’établir une liste de 471 espèces dont 169 nouvellement décrites. Les organismes récoltés sont généralement en faible abondance et de petites tailles, particulièrement sur les reliefs encroutés.

L’étude souligne que ces reliefs riches en métaux présentent des communautés d’espèces différentes des localités non encroutées.

Ces caractéristiques suggèrent que celles-ci sont donc fragiles face aux perturbations anthropiques.

 

Exploitations des terres rares = dangers pour la faune

 

“Nous avons principalement trouvé des données sur les mollusques, crustacés, brachiopodes et crinoïdes”, explique des scientifiques dans un article sur nature.com.

“Nous avons également trouvé des échantillons d’autres taxons, qui ne sont toujours pas identifiés dans les collections du MNHN. Bien que cet inventaire soit incomplet, nous démontrons que les eaux profondes de la Polynésie française abritent des communautés benthiques et des espèces endémiques uniques.”
“Ces résultats devraient donc être pris en compte dans l’évaluation de l’impact attendu des activités minières sur les biologiques”, expliquent-ils en préambule.

“Dans un tel état de connaissance, l’exploration des ressources en eaux profondes par de nouvelles ressources minérales nécessite plus de données sur sa diversité biologique”, poursuivent-ils.

“Les activités minières modifient de manière critique les habitats benthiques, à la fois en éliminant les substrats sur lesquels vivent les organismes et en modifiant les facteurs environnementaux. Plus précisément, on s’attend à une augmentation de la vitesse de sédimentation résultant du rejet de résidus miniers”.

“Cette forte proportion d’espèces nouvellement décrites, ainsi que la quantité de matériel restant à examiner par les taxonomistes, soulignent combien de diversité reste à explorer pour ces environnements, en particulier dans ces zones reculées”, est-il annoncé dans l’étude.

“Les résultats tendent à montrer que les communautés d’eaux profondes de la Polynésie française ont un score particulièrement élevé d’endémisme et de rareté.”

 

Terres rares et animaux rares

 

“Les environnements d’eaux profondes restent l’un des écosystèmes les moins connus”, conclut l’étude.

“Les données sont rares et il reste difficile d’étudier les schémas de diversité, que ce soit en termes de richesse en espèces ou de diversité fonctionnelle. La diversité et la rareté des espèces peuvent être étudiées grâce à la présence de taxons. En appliquant la règle de Gaston sur nos données d’occurrence, nous considérerions que 40 % des espèces actuelles sont rares. (…) Le rôle des espèces rares dans la structure fonctionnelle des communautés biologiques est encore mal compris, mais des espèces rares peuvent endosser des fonctions originales et sont plus susceptibles de disparaître. La perte d’espèces rares devrait donc avoir un impact important sur le fonctionnement de l’écosystème.”

Et les scientifiques de conclure : “Ces écosystèmes éloignés sont menacés par des pressions anthropiques telles que l’exploitation minière, mais aussi le changement climatique.
Il convient de souligner que l’exploitation de la croûte polymétallique est une option commerciale tangible pour la Polynésie française.
Les activités minières sont généralement associées à la libération de résidus, ce qui entraîne une augmentation du taux de sédimentation, ce qui pourrait affecter les communautés biologiques adaptées aux faibles taux de sédimentation.”

Les explorations devraient se poursuivre pour continuer à répertorier ces espèces et comprendre les interactions dans l’écosystème sous-marin.

Une découverte qui pourrait mettre un coup de frein, voir un coup d’arrêt, aux campagnes potentielles d’extraction de terres rares dans nos sous-sols sous-marins.

 

Bertrand Prévost

 

 

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