Birmanie: victoire écrasante en vue pour Aung San Suu Kyi

    lundi 9 novembre 2015

    Le parti de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi a revendiqué lundi une victoire écrasante aux élections législatives de dimanche, confirmée par les premiers résultats officiels ouvrant la voie à un changement historique.

    A la chambre basse du parlement, la plus importante avec 323 sièges, les premiers résultats portant sur 28 sièges indiquent que la Ligue nationale pour la démocratie (LND) en a remporté 25, contre deux pour le parti au pouvoir, l’USDP.

    La commission électorale s’est lancée dans un long égrenage des résultats qui pourrait durer jusqu’à mardi soir ou plus. Elle avait annoncé précédemment que la LND avait remporté 35 des 36 premiers sièges de députés, incluant chambres haute et basse du parlement et assemblées régionales.

    Devant le siège de la LND à Rangoun, des sympathisants avaient revêtu des T-shirts rouges « Nous devons gagner » ou « Voter pour le changement » et manifestaient leur joie dès qu’un résultat s’affichait sur écran géant.

    « Nous attendons ces résultats depuis des années », s’enthousiasme Thuzar, 42 ans, patron d’une boutique de téléphonie mobile, après avoir acheté un T-shirt à l’effigie de « mère Suu », comme la surnomment affectueusement de nombreux Birmans.

    « Je pense que le peuple a déjà une idée des résultats même si je ne dis rien », avait déclaré Aung San Suu Kyi dans la matinée lors d’une apparition au balcon de son parti, recouvert d’une immense affiche rouge la représentant sous la figure tutélaire de son père, le général Aung San, architecte de l’indépendance de l’ancienne colonie britannique, assassiné en 1947 alors que Suu Kyi était enfant.

    Arrivée aux marches du pouvoir après des décennies de dissidence (dont plus de 15 ans en résidence surveillée), la « Dame », âgée de 70 ans, se montre prudente. Les premières circonscriptions tombées se trouvent en effet dans les régions de Rangoun et Mandalay, la deuxième ville du pays, traditionnellement pro-LND.

    – Poids lourds balayés -Le parti au pouvoir, créé par d’ex-généraux pour assurer la transition, a reconnu de premiers revers: le président de la chambre basse du Parlement, Shwe Mann, s’est incliné face au candidat de la LND dans la région de Phyuu (centre). Le président du parti, Htay Oo, et plusieurs poids lourds se sont fait balayer.

    La LND affirme avoir remporté au niveau national plus de 70% des sièges, un chiffre impossible à confirmer de source indépendante.

    Ce score permettrait à Aung San Suu Kyi d’avoir une majorité absolue malgré la présence d’un quart de députés militaires, non favorables à la LND.

    Après des décennies de junte militaire, puis de domination de ses héritiers depuis les réformes démocratiques lancées en 2011, cela représenterait une révolution complète et inédite pour la scène politique birmane.

    Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, incarne les espoirs démocratiques de son pays depuis 30 ans.

    Si les ex-généraux s’affichent comme des réformateurs et promettent de respecter le verdict des urnes, les signes de crispation se sont multipliés, avec en amont du vote des arrestations de dirigeants étudiants, des centaines de milliers de musulmans privés de droit de vote, un vote anticipé obscur et le scrutin annulé dans des régions en proie à des conflits armés ethniques.

    Le scrutin de dimanche en lui-même s’est globalement bien déroulé et quelque 80% des plus de 30 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes.

    – Enjeu présidentiel -Le plus important groupe d’observateurs locaux indépendants, PACE, a salué lundi un vote globalement positif, « sans incidents significatifs », malgré des doutes sur le vote anticipé et des erreurs sur les listes.

    Washington s’est montré prudent, disant attendre les résultats officiels. La Maison Blanche a exhorté « tous les dirigeants politiques à collaborer pour former un nouveau gouvernement et (…) à assurer la poursuite de la réconciliation nationale ». A Paris, le président François Hollande a appelé dans un communiqué au respect « par toutes les parties » de la « volonté populaire qui s’est exprimée avec clarté ».

    Le principal élément de comparaison reste les législatives de 1990, dernières élections nationales libres, remportées très largement par la LND. La junte n’avait finalement pas reconnu le vote, auquel Suu Kyi n’avait pu prendre part elle-même, étant alors en résidence surveillée.

    Mais 25 ans plus tard, la situation a changé, affirment les héritiers de la junte, promettant de ne pas piper les dés cette fois-ci.

    L’enjeu derrière les législatives est l’élection par le Parlement du chef de l’Etat début 2016.

    Si la LND obtient la majorité au sein des deux chambres, elle pourra décider qui sera le prochain président. Aung San Suu Kyi sait d’ores et déjà qu’elle ne peut occuper cette fonction, la Constitution interdisant l’accès à quiconque a des enfants de nationalité étrangère.

    Mais elle a déjà prévenu les tenants du système, encore largement contrôlé par d’anciens militaires malgré les réformes menées depuis quatre ans, qu’elle serait « au-dessus du président ».

    Agence France-Presse

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