Blessée, mutilée et affamée par sa mère

    vendredi 26 août 2016

    blessée

    Lorsqu’elle a été retrouvée, en juillet 2012, Hine ne pesait plus que 33 kilos, pour 1,65 m. (Photo : Christophe Cozette)

     

    Sept ans ferme requis par le ministère public

     

    Descente aux enfers. Hier après-midi, s’est tenu le procès devant le tribunal correctionnel de Papeete d’une histoire cruelle.

    Les faits remontent à juillet 2012, où une jeune femme, Hine*, âgée de 21 ans et handicapée, est retrouvée errante le long de la route, les jambes recouvertes de plaies infectées, aux pansements sales, le dos marqué par les coups et squelettique.

    Elle ne pesait plus que 33 kg, pour 1,65 m. Placée durant 14 ans dans une famille d’accueil à Raiatea, c’est au retour chez sa mère, Rosalie C., que cette longue descente aux enfers a commencé, durant plus de cinq ans (ça avait commencé en 2007) jusqu’à ce que les forces de l’ordre la retrouvent, donc, dans un état tel que le pronostic vital de Hine est engagé.

     

    Une personne vulnérable

     

    Jupe bleue et gilet blanc à maille d’un côté pour la mère, un faux air de leader politique charismatique, lunettes, chemise et socquettes beige et short bleu marine pour le beau-père, le couple incriminé était peu prolixe à la barre hier.

    Répondant aux questions du président du tribunal en langue tahitienne, les réponses étaient minimes voire minimalistes.

    La victime, qui a repris une corpulence et un état physique bien plus proches de la normalité, se tient proche de sa “mamy”, Mareta, qui l’avait accueillie tant d’années à Raiatea.

    L’amour et la complicité sont bien là entre les deux femmes, mais les regards sont inexistants entre Hine et sa mère biologique, à la barre, même si cette dernière avait récupéré sa fille, à l’âge de 17 ans, “par amour”.

    Hine a un frère et une sœur, et a un retard mental sévère, comme l’a constaté un psychiatre, ce qui a peut-être “dépassé” Rosalie face aux difficultés rencontrées, après avoir récupéré Hine dans le foyer familial.

    Remariée à Adrien, “témoin passif des scènes de violence”, également père de deux enfants d’un précédent mariage, Rosalie est poursuivie pour violences sur personne vulnérable, délaissement d’une personne ne pouvant se protéger seule et non-assistance à personne en danger.

    Le beau-père est poursuivi pour le dernier chef d’accusation et les deux prévenus comparaissent libres.

    Je l’ai peut-être frappée avec le creux de la main”, “c’est peut-être son petit frère, jaloux”, “je ne l’ai pas considérée comme un animal, j’ai fait de mon mieux”, “je l’ai privée de nourriture, mais pas tous les jours”, “lorsque je nettoyais ses plaies, elle les souillait exprès”.

    Autant de déclarations qui n’ont pas convaincu le tribunal.

    Le beau-père, menuisier, lui, n’aurait “rien vu, ni entendu, ni su” quoi que ce soit… Il n’aurait constaté son état “d’extrême dégradation physique” que lorsqu’on lui a montré les photos de Hine, lors de sa garde à vue.

    Vu l’état squelettique de la jeune femme lorsqu’on l’a retrouvée – alors qu’il a avoué préparer le repas de la famille chaque jour – ses déclarations pouvaient paraître surréalistes.

    La mamy de Raiatea qui a tenté, à de nombreuses reprises, de voir Hine durant ces années de calvaire, n’a jamais pu la rencontrer.

    Pourtant, elle “sentait qu’elle n’allait pas bien”. Les services sociaux, de leur côté, n’ont rien constaté, demandant juste à Rosalie de s’entendre avec sa fille.

     

    “Consternée, en colère”

     

    L’avocate de cette dernière, dans sa conclusion, n’a pas hésité à parler de “faits dégueulasses”, tout en s’avouant “consternée, en colère”, avant d’être émue jusqu’aux trémolos dans la voix à plusieurs reprises, lorsqu’elle a évoqué les morsures de chiens et les piqûres de fourmis, couchée au sol.

    Pour le procureur, “les faits sont parfaitement avérés, constitués” et il a rappelé que la correctionnalisation de l’affaire a vocation à “épargner de longs débats à la victime”.

    Vous devriez être là pour 20 ans. Vous n’êtes pas une mère”, a-t-il asséné à l’accusée, qui ne connaît même pas le prénom de sa fille, une victime “aux portes de la mort”, comme il a réussi à le démontrer.

    Quant au beau-père, selon le procureur, cela ne fait aucun doute, “il ne pouvait pas ne pas savoir”. Il a donc requis deux ans ferme contre lui et sept ans ferme avec mandat de dépôt pour Rosalie.  

    Le délibéré sera rendu le 13 septembre.

     

    Compte-rendu d’audience
    Christophe Cozette

    * : prénom d’emprunt

     

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