Bodyboard – Phénoménal Cédric Estall

    lundi 2 mai 2016

    La Sparkgreen Tahiti Challenge a sacré, samedi, le Hawaiien Jeff Hubbard. Mais le véritable héros de cet événement, comptant pour la deuxième étape du Championnat du monde, aura été sans conteste le Tahitien Cédric Estall, qui s’est hissé en finale de la première compétition internationale de bodyboard organisé au fenua, à Teahupoo plus précisément, après treize années d’absence.

    Cédric Estall, finaliste de la Sparkgreen Tahiti Challenge, a montré quelque chose d’un phénomène, samedi, sur le spot de Teahupoo. Une épreuve qui aura été d’une ambition débordante. De la part du Vairao Surf Club, organisateur de l’événement, en partenariat avec la Fédération tahitienne de surf, on n’est vraiment pas surpris. Et il compte bien remettre ça l’an prochain.
    On s’attendait quand même à ce que la mâchoire de la passe de Hava’e soit plus imposante et surtout plus tubulaire pour permettre aux deux derniers Tahitiens en lice, Angelo Faraire (quart-de-finaliste), et Cédric Estall (finaliste) de montrer leur maîtrise flamboyante à se caler dans les “cavernes”. Mais, samedi, les séries ne creusaient pas du tout, la faute à un plan d’eau encore agité par le fort vent “on shore” de la veille. Il fallait donc se rabattre sur les “intermédiaires”, voire les toutes petites, pour en dénicher quelques-unes. Et, pour ne rien arranger, la fréquence des vagues était si faible que le facteur chance a eu un rôle déterminant.

    Pas de hold-up pour Angelo Faraire

    Restait donc une seule solution pour épater les juges et faire le plein de points : “taper” des air! Et ça, Angelo et Cédric savent aussi le faire avec talent. On se souvient de celui réalisé par Angelo lors du quatrième round face au Brésilien Jose Otavio : un air 360° replaqué dans le creux de la vague ; la position était critique mais c’était passé.
    Il fallait donc remettre ça, samedi, avec un fabuleux quart de finale où Angelo Faraire était opposé au Hawaiien Jeff Hubard, triple champion du monde (2006, 2009 et 2012). La tâche semblait immense pour le Tahitien, mais le bodyboardeur du Vairao Surf Club avait les armes.

    Jeff cartonnait dès sa première vague en se calant dans un tube bien profond –tellement rare pour être précisé– qui était suivi d’un el rollo bien envoyé qui lui valait 8 points. Angelo répondait du tac-au-tac avec les mêmes figures mais de moins bonne qualité (5,83 pts). Après de longues minutes où les deux chargeurs allaient gâcher, chacun à leur tour, leur maigre pitance, le swell de Sud n’arrivant plus à accrocher correctement le récif de Hava’e, Jeff Hubbard dénichait malgré tout une bonne vague qu’il saupoudrait d’un tube noté 6,5 points. Ça faisait 14,50 points pour le Hawaiien, qui était en passe de concrétiser son emprise sur son quart de finale. Mais Angelo faisait alors preuve d’audace en envoyant un invert bien replaqué qui lui valait 6,27 pts.  
    Pas assez, car il fallait maintenant au Tahitien un 8,24 pts à 2’36” de la fin. Le gaillard du Vairao Surf Club savait qu’il pouvait le faire. On se souvient qu’aux troisième et quatrième rounds,
    il s’était qualifié à seulement
    20 secondes de la sirène. Et Angelo n’avait aucunement l’intention de laisser filer sa proie en demi-finale. À une minute du terme, il se calait sur la “Ouest” –bol où la vague est plus puissante et peut offrir de gros tubes- qui ne lui offrait cependant pas l’offrande escomptée. La messe était dite et, sur un el rollo, Jeff Hubbard (14,50 contre 12,10 pts) validait sa place en demi-finale face à l’Australien Jared Houston, champion du monde en titre, qu’il dominait (14,27 contre 13,50 pts) et rejoignait, en finale, un certain… Estall.

    Les rendez-vous majuscules d’Estall

    Mais avant d’en arriver à cette finale, un deuxième rendez-vous majuscule attendait Cédric en demie qui, après avoir battu Dave Hubbard en quarts, jeudi, allait devoir trouver la recette pour mettre fin au parcours de la légende Mike Stewart. Le Hawaiien dégage toujours, à
    52 ans, la même impression de puissance. La route n’était plus très longue pour le Tahitien mais elle restait tout de même pentue. Et le “papy” de la “biscotte”, neuf fois champion du monde, était le premier à se lancer et s’offrait un 360° reverse qui lui valait un 4,33 points. Estall lui répondait bien comme il faut avec la même démonstration, juste pour lui montrer qui était le véritable patron à Teahupoo. Les cinq premières minutes étaient très agressives de la part des deux “locaux”.
    En effet, Mike Stewart est un peu comme à la maison. Dans les années 80, il a été l’un des premiers bodyboardeurs à surfer le Teahupoo version XXL…

    Après pourtant, plus grand-chose à se mettre sous la board… sauf des vagues trop médiocres pour s’y arrêter. Porté par son enthousiasme et son agressivité, Cédric effectuait un ARS noté
    5,77 points. Le Tahitien prenait là un ascendant psychologique en dépassant son état de fatigue avancé. C’est ça, la performance !
    Car sur les vagues suivantes, Mike Stewart avait presque tout faux mais parvenait tout de même à améliorer légèrement son total. Mais le Hawaiien en voulait plus car il sentait le vent menaçant, pas d’Éole, mais bien d’Estall, sur sa nuque.
    Et alors qu’il ne restait que cinq minutes, tout s’emballait. Le Tahitien se calait tout au fond d’une “mini-caverne” pour en ressortir en patron et décrochait son sésame, un 6,83 points, pour la finale.

    En effet, avec un total de 12,60 points, Cédric n’avait plus qu’à espérer que Mike Stewart ne décroche pas assez de points pour repasser devant. C’était sans compter sur le caractère du quinquagénaire qui balançait une figure radicale, certes, mais pas très académique. Et pourtant, ça a presque payé car la note des juges, annoncée après plus de deux minutes de tergiversation, a failli faire mal au Tahitien.
    Mais ça passait de justesse (12,60 contre 12,56 points)… Cédric Estall était en finale.
    De rage, Mike Stewart tapait sa planche sur l’eau ! Lors de la finale de consolante, le Hawaiien avait tout de même son petit moment de gloire après qu’il eut dominé le Sud-Africain Jared Houston.

    Une finale frustrante

    Cédric Estall a montré son caractère, sa maturité, son insensibilité à la pression et pouvait affronter  le triple champion du monde Jeff Hubard. C’était-là son troisième rendez-vous majuscule.
    Pourtant, son manque de fraîcheur aura  eu raison du Tahitien mais il balançait tout ce qu’il avait en magasin : Air invert, ARS, El rollo 360°… Seul lui aura manqué des tubes profonds. Jeff, lui, s’en est régalé, pas beaucoup, mais assez pour éteindre toutes les manifestations d’euphorie du côté tahitien et remporter la première édition de la Sparkgreen Challenge Tahiti.
    Jeff Hubbard avait à cœur de venger son frère Dave, sorti par Cédric, jeudi, en quart de finale. Et il y mettait les moyens en décalquant un ARS noté 7 points, puis un el rollo à 5,77 points qu’il améliorait un peu plus tard
    avec un tube bien profond à
    6,43 points. Le Hawaiien faisait grimper son total à 13,43 points.

    Cédric avait bien du mal à suivre le rythme imposé par le triple champion du monde
    , mais restait bien organisé tactiquement, et  gardait la tête froide en restant présent dans les duels. Ses deux vagues notées 4,77 points et 4,93, grâce à des tubes et des invert bien placés, ne seront pourtant pas suffisant pour faire trembler la “machine” Hubbard (9,70 pts). La finale s’est même “arrêtée” à 2’30” de la sirène. En effet, à ce moment, plus aucune vague n’est venu lécher le récif, abandonnant Cédric Estall à son triste sort pour le plus grand bonheur de Jeff Hubbard qui prenait les commandes du Championnat du monde devant le Sud-Africain Jared Houston et… Cédric Estall.
    Il fallait voir l’émotion dans le camp tahitien et les larmes furtives. Les quatorze Tahitiens qui auront participé à ce main event n’avaient rien à perdre, tout à gagner. Leur mana aura été un atout indéniable dans leur quête de reconnaissance de leurs pairs… Ils auront affronté des adversaires étrangers de taille mais en aucun cas
    des intouchables. Les pépites “locales” commencent à creuser leur sillon… C’est tout bon !

    Moana Trilha et Anne-Charlotte Bouleau

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