Bora bora – Heiva de San Diego

lundi 27 juillet 2015

C’est une belle œuvre que Marama Dugan a mise au point pour le Heiva de San Diego pour lequel il s’envolera le 2 août, à la tête d’une troupe inédite née à Bora Bora, présentée en avant-première au public place Moto’i vendredi soir. Marama signe son retour sur scène avec un spectacle dont il a le secret, réussissant une magnifique fusion entre tradition et modernité, tant dans ses chorégraphies que dans l’accompagnement musical, avec la complicité de son compère de toujours, Loïc Tehaeura, et de Jeannot Tehavai, qui dirige les percussions. Loin des querelles qui embrasent chaque année le Heiva de Tahiti, Marama renvoie farouches gardiens de la tradition et forcenés du modernisme à un débat qui ne le concerne pas : Marama crée en conscience et il a choisi sa cible : son public ! La soirée s’annonçait belle et elle le fut, pour le plus grand plaisir des nombreux fans venus découvrir ce nouveau spectacle. L’atmosphère était sereine avant que les 25 000 watts multicolores crachés par un impressionnant dispositif de lumières ne viennent inonder la scène, construite aux dimensions de celle sur laquelle se produira la troupe new-look “Bora Bora” à San Diego, en Californie du 6 au 9 août. Marama avait annoncé un show à l’américaine (voir La Dépêche de Tahiti du 21 juillet), et il faut reconnaître que le public qui aura le privilège d’assister à ses spectacles aux États-Unis ne devrait pas être déçu. Planté à mi-chemin entre le show américain, la comédie musicale et le ote’a tahitien, le spectacle de Marama ne se commente pas. Il se vit ! Les huit tableaux s’enchaînent avec une relative fluidité et captivent l’auditoire, même si quelques alignements sont encore à travailler et que l’ensemble mérite des ajustements avant la première américaine. Le rythme est soutenu, sans temps mort. Les costumes splendides et très colorés, mariant allègrement tissus, végétaux séchés, nacres des mers du sud et plumes, sont remarquables, parfois minimalistes. Le thème du pouvoir est omniprésent, grâce à une performance d’ensemble louable des tane pour lesquels cette chorégraphie a visiblement été conçue. Quant à la musique et aux chants, ils portent le spectacle à bout de bras, Loïc Tehaeura ayant, lui aussi, parfaitement réussi à mixer dans la plus parfaite harmonie musique traditionnelle tahitienne et mélodies contemporaines portées par les voix chaudes de trois ténors d’exception.

La magie opère

“Te Mana” est une œuvre aboutie dans le sens où elle réussit à concilier sans accrocs, sans passage en force, sans heurts, des techniques de danses qui peuvent paraître antagonistes de prime abord mais qui fusionnent à la perfection entre les mains d’un chorégraphe magicien. Si le béotien ne retiendra que l’harmonie de l’ensemble, le connaisseur pourra constater que tout y est. Pas un geste, pas une passe, pas une posture, pas le moindre déplacement ne s’effectue sans une référence appuyée à toutes ces techniques qui ont rendu la danse tahitienne mythique. Bras tendus vers la voûte céleste endiamantée où naviguent encore d’une constellation à l’autre les esprits de leurs lointains ancêtres navigateurs, les corps des danseurs s’animent au rythme soutenu des toere et la magie opère. Pourtant, les influences extérieures, apportant la touche de modernité qui est chère à Marama sont bien là, mais subtilement dosées, introduites au bon moment, dans une chorégraphie qui ouvre la voie à l’exploration et au partage des cultures. Pendant près d’une heure, Marama et ses danseurs ont peint devant des gradins bien remplis, une œuvre moderne, dynamique et colorée sur le thème du pouvoir, par savantes touches successives venant se superposer pour finalement imprimer un tableau d’où ressortait la grâce, la sensualité et l’harmonie, ce qui n’était sans doute que le prélude à un triomphe annoncé à San Diego.

De notre correspondant Alain Lepresle

 

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