BORA BORA – Le président du gouvernement au Taurua Varua

    mardi 26 janvier 2016

    C’est une première pour l’île, le président du Pays, Edouard Fritch, en compagnie de trois de ses ministres, est venu assister au Taurua Varua, concours de chants religieux qui se déroule à Bora Bora, sur trois dimanches.
    Une longue histoire puisque Gaston Tong Sang a invité son homologue depuis qu’il a été élu maire, en 1989. « Nous en entendions parler et il nous racontait le déroulement », explique Édouard Fritch. « Cette année, il fallait faire l’effort d’y aller et c’est comme ça que nous nous sommes retrouvés là, après une tournée aux Australes. Je ne voulais pas rater ça. Je suis agréablement surpris de découvrir ce Taurua Varua car dans la conception que j’en avais, j’étais persuadé que c’était des soirées de prières où l’on commente des pages bibliques et, en fin de compte, c’est vrai qu’il y a, derrière tout cela, une fibre culturelle très forte. »
    Transmission transgénérationnelle que seule Bora Bora aurait conservée : « Bora Bora est la seule île à avoir gardé cette tradition culturelle religieuse puisque ça s’organise sous l’égide de l’Église protestante maohi (EPM). Tout tourne autour des passages bibliques mais d’une façon beaucoup plus culturelle et joyeuse. Cette première partie de la nuit, j’ai eu l’impression d’être dans une soirée du Heiva où on sent une implication des mama, des nombreux jeunes dans la chanson, dans la mimique. C’est extraordinaire car nous sommes en début d’année, les fêtes sont passées. Ceci suppose déjà qu’après le Heiva, ces amuiraa commencent à préparer le Taurua Varua. »
    Le président s’est dit très content de découvrir cette manifestation dans laquelle il a vu un moyen supplémentaire pour entretenir la flamme de la cohésion sociale : « Tout le monde se retrouve, les familles, les amuiraa. Ça se fait dans la joie, tout le monde sourit et est heureux de louer le Seigneur, au travers de leur culture, au travers de l’essentiel. Si j’avais su que c’était comme ça, j’aurais invité mon pasteur de Pirae pour venir y assister. »
    Édouard Fritch pense que quelque chose est à faire dans ce domaine : « Le pasteur Tamuera de Faanui m’annonçait que le conseil de l’EPM va faire des recommandations aux différentes paroisses de Tahiti dans le but de créer un événement supplémentaire dans le calendrier de l’Église, pour qu’il y ait une rencontre de plus entre les amuiraa. »
    Mais le soutien de la commune de l’île est très fort et les paroisses seules pourront très difficilement organiser ce genre de rencontre : « Ce soir, mille personnes dînent à 17 heures et remangent à minuit. Ce sont des frais lourds pour les paroissiens mais c’est une nécessité sociale. Nous ne sommes pas en train de soutenir l’Église ni de mélanger les choses mais sans le soutien de la commune, ça ne peut pas s’organiser. »
    “Je trouvais anormal que, pour des raisons politiques, Bora Bora soit mise de côté et oubliée.”

    Le président l’a évoqué dans son discours : le gouvernement a des moyens pour venir au secours des familles en difficulté, mais il fait le constat aussi que de nombreuses familles s’éloignent de leur Église :  « Nous avons perdu l’essentiel des valeurs de la chrétienté et assistons à des comportements qui ne correspondent pas aux valeurs religieuses et aux valeurs de la société polynésiennes. La violence est un phénomène nouveau et on peut dire que c’est la faute au monde moderne ou au CEP mais on a l’impression que les besoins matériels et d’argent priment sur tout et on en arrive à ne plus accorder de valeur à la vie, quand on voit comment certains règlent leurs comptes, on voit qu’on s’écarte de ces valeurs. Ce genre de manifestation permet de réunir les jeunes dans l’Église. »
    Y a-t-il moyen d’encadrer et de valoriser la jeunesse : « Il faut qu’on crée de l’emploi, qu’on donne une chance à nos jeunes diplômés. Ce problème de la place des jeunes dans leur famille et de la place de la famille dans notre société devient un sujet sensible que toutes les confessions religieuses examinent avec beaucoup d’attention. »
    Le président a passé le message en appelant les confessions à apporter des explications sur ces dérapages d’une partie de la société : « J’espère du fond du cœur qu’avec le comité que nous venons de mettre en place pour suivre cette problématique de la famille devrait aboutir à un manifeste de recommandations qu’il faut concrétiser. »
    Les relations avec la commune de la perle du Pacifique se resserrent : « Mes relations avec Gaston Tong Sang remontent à quelques années puisque nous avons été à l’école ensemble, lui originaire de Bora Bora, moi des Australes, nous avons vécu une grande partie de notre adolescence en pension, au collège Lamennais, de la 6e à la terminale. »
    Quand Édouard Fritch est entré en politique, Gaston Tong Sang était directeur de cabinet de Boris Leontief. Il l’a accompagné dans la conquête de la commune de Bora Bora.
    Puis, les deux hommes n’ayant pas la même vision politique, une séparation s’est imposée car Édouard souhaitait, au départ accompagner Flosse jusqu’au bout et rester fidèle au Tahoeraa, envers et contre tout : « J’ai peut-être un peu plus de patience pour tenter de voir plus clair. Dès que j’ai été président, j’ai souhaité, avec Gaston Tong Sang, reparler de Bora Bora car je trouvais anormal que, pour des raisons politiques, l’île soit mise de côté et oubliée. J’ai dit que j’allais tenter de rattraper le retard. Gaston travaille beaucoup et est préoccupé par sa commune. Il a beaucoup fait, sûrement pas assez car il n’a pas toujours les moyens financiers pour réaliser ses projets mais je sais que dans sa tête, Bora Bora est sa maison et le reste vient après, donc il faut l’aider. »
    Concernant le collège, l’appel d’offres a été lancé et le président a assuré qu’il tiendrait le calendrier. Les travaux doivent démarrer au second semestre. La découverte de la nappe d’eau, sur la première conception du bâtiment, a été due à une méconnaissance du terrain, mais le dossier avance et le président espère que la livraison pourra être effective fin 2017.

    De notre correspondante Françoise Buil

     

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