Bora Bora – Patty et Laurencia en convalescence

    lundi 21 décembre 2015

    Deux tortues imbriquées blessées ont été confiées par la Diren au centre de protection des tortues de Bora Bora, le temps de leur convalescence. Le centre a pour vocation de protéger, de faire mieux connaître les tortues marines et de sensibiliser le public à la sauvegarde de cette espèce. Quatre cents tortues ont déjà été réintroduites en mer après un séjour au centre de Bora Bora.

    Le vol de 15 h 05, le 1er décembre, avait une passagère originale : une tortue imbriquée blessée à une nageoire. Elle venait passer sa convalescence au centre de protection des tortues de l’hôtel Méridien. 
    Elle était accompagnée par le vétérinaire qui l’avait pris en charge à Tahiti, le docteur Olivier Betremieux. Il l’a remise entre les mains de l’équipe du Méridien, Mélanie Santo, biologiste marin et Julien Manzano qui va être son soigneur pendant son séjour. 
    Cette tortue avait été trouvée dans un parc à poissons à Arutua dans les Tuamotu. 
    Sa nageoire postérieure droite était en partie sectionnée et en voie de cicatrisation mais un morceau présentait des signes d’infection, il a été amputé mais elle peut toujours utiliser sa nageoire. 
    Dès sa descente d’avion, elle a été transportée avec précaution dans la navette de l’hôtel et aussitôt installée dans un bac de plus grande dimension, puis soigneusement examinée et couverte d’un linge mouillé. 
    Accueillie en star sur l’embarcadère du Méridien au son d’un orchestre, elle a pris immédiatement la direction du centre de soins. 
    Elle a été alors pesée et mesurée avant d’être installée au calme dans un grand bac d’eau de mer et immédiatement baptisée Patty. 
    “Elle mesure 70 cm et pèse 27 kg. Elle semble en pleine forme. Si tout se passe bien, il suffira d’attendre que sa patte cicatrise bien. Elle va séjourner un mois et demi ici, ensuite on lui enlèvera ses points de suture. Elle sera alors placée quelque temps dans la lagune de l’hôtel en “décontamination humaine” pour qu’elle reprenne ses habitudes d’animal sauvage et, après le feu vert du vétérinaire, elle sera relâchée”, explique Julien. 
    Elle retrouvera alors l’océan. “Les tortues de moins de quarante centimètres sont relâchées dans le lagon, les plus grandes en pleine mer”, précise-t-il. En attendant, elle a rejoint ainsi onze tortues vertes qui sont également en traitement. 

    Un trou sur le haut de la tête

    Le 9 décembre, les pompiers  de Raiatea ont pris en charge une autre tortue imbriquée blessée, avec un œil crevé et une plaie importante à la tête.
    Après une rapide consultation chez le vétérinaire, la Diren a décidé que la tortue serait également confiée au Bora Bora Turtle Center pour un examen plus approfondi et pour sa convalescence. 
    Le premier examen révèle que son œil gauche est crevé et certainement irrécupérable. Elle présente également un trou sur le haut de la tête, vraisemblablement dû à un tir de flèche. 
    L’origine de la lésion de son œil est pour l’instant indéterminée. 
    “Elle a reçu à son arrivée un bain d’eau douce pour la débarrasser de ses parasites, du collyre dans son œil blessé et un traitement pour la remettre en forme”, explique Julien son soigneur. “Elle pèse 8,95 kg et a été baptisée Laurencia.”
    Les nouvelles de Patty ne sont pas très bonnes, après une semaine de traitement, elle refuse de s’alimenter et doit subir de nouveaux examens. 
    “Mais une tortue peut rester plusieurs semaines sans manger sans que ça l’affecte, leur métabolisme est très différent du nôtre”, précise Julien. 
    Le centre accueille des tortues provenant des îles de la Société lorsqu’elles lui sont confiées par des particuliers, par les associations de protection des animaux ou par la gendarmerie lors de saisies sur des bateaux ou chez des particuliers. 
    L’an dernier, il a récupéré 20 bébés tortues déposés anonymement à la base du Méridien et 46 tortues ont été hébergées dans le centre. 
    Et cette tortue est la troisième que la Direction de l’environnement de la Polynésie française (Diren) confie au centre de Bora, ce qui est une marque de confiance et la reconnaissance de sa compétence.
    Au total, près de 400 tortues ont déjà été réintroduites en mer après un séjour au centre de Bora.
    Sophie Brosse, directrice générale adjointe,  explique comment l’idée de ce centre écologique a vu le jour lorsqu’un client a ramené une tortue blessée qu’il avait trouvée dans le lagon, il y a une dizaine d’années. Le Méridien a alors décidé de s’investir dans la sauvegarde de cet animal marin. 

    Protéger et sensibiliser

    Devenu réalité grâce au soutien du groupe EDT GDF Suez, le centre a pour vocation de protéger, de faire mieux connaître les tortues marines et de sensibiliser les populations locales et les visiteurs de passage à la sauvegarde des tortues et à la gestion durable de leur environnement. C’est une démarche à la fois écologique et pédagogique. 
    Le centre de Bora Bora possède sa propre équipe de biologistes, assistés par des vétérinaires spécialisés qui s’appuient sur des réseaux scientifiques, universitaires et associatifs mondiaux (Criobe, Fondation Prince Albert II de Monaco, …). 
    La coordination de tous les travaux est assurée par la direction de l’environnement de la Polynésie française. 
    Le centre utilise exclusivement les dons pour couvrir ses charges de fonctionnement (personnel soignant, nourriture des animaux, frais vétérinaires…). Il reçoit 55 000 visiteurs par an qui sont sensibilisés aux dangers que courent les tortues. 
    Les tortues vertes sont recherchées pour leur chair, la tortue imbriquée est toxique mais sa carapace est utilisée en bijouterie, c’est donc l’ensemble des tortues marines qui sont aujourd’hui des espèces menacées.
    Le public peut se familiariser avec le milieu marin grâce au bassin tactile dans lequel vivent différentes espèces (coraux, coquillages, étoiles de mer, concombre de mer, poissons) qu’on peut manipuler -avec douceur-.
    Un musée de la tortue présente en particulier une tortue anatomique : une fois sa carapace soulevée on peut découvrir ses organes qui ne sont pas si différents de ceux de l’espèce humaine. 
    On passe ensuite à l’aquarium qui présente plusieurs milieux marins, coraux colorés, invertébrés, poissons, il rencontre beaucoup de succès auprès des personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas mettre la tête sous l’eau. 
    Il est ouvert gratuitement aux classes de Bora Bora et des îles avoisinantes et plus de 3 000 enfants ont ainsi été accueillis depuis la création du centre. 
    Il fonctionne en autofinancement grâce aux sponsors, aux dons, aux activités payantes et aux ventes de la boutique. Ouverte depuis cette année, elle a été entièrement construite à partir de matériaux recyclés.
    Pour la troisième année, le Méridien va organiser la journée polynésienne de la tortue marine au mois d’avril 2016. 
    Il accueillera ce jour-là 350 enfants des écoles de Bora, une cinquantaine d‘accompagnants et d’officiels. 
    Cinq ateliers vont leur être proposés : un sur la tortue évidemment, un autre sur la bouture du corail, une sensibilisation sur les espèces marines, un bar à monoï et la fabrication de teintures avec les plantes de l’île.
    Une recherche scientifique est également en cours depuis un an dans la lagune du Méridien. Pour une thèse sur la comparaison de la croissance des coraux dans les lagons de Tahiti, Moorea et Bora Bora, une nursery de corail a été installée. 
    Cette expérience est suivie par la biologiste du centre de protection des tortues, Mélanie Santo. 

    De notre correspondante Isabelle Roussy

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