Bourse, logement, transport : le trio infernal des étudiants

    samedi 29 août 2015

    Pour l’année 2015-2016, l’Université de la Polynésie française a reçu 508 demandes de logement étudiant, contre 300 places disponibles…  Le gouvernement annonce la relance des constructions dans les années à venir, mais c’est maintenant que les jeunes des archipels ont besoin de solutions. Les étudiants des communes éloignées de Tahiti se heurtent, quant à eux, au problème des transports, et les boursiers à la paperasse incessante pour boucler leur budget.

    Mercredi, 9 h 15. À l’Université de la Polynésie française (UPF), le numéro 21 s’allume à l’entrée du bureau des œuvres universitaires. Voilà déjà une demi-heure que patientent Jessica et Herehia, qui tiennent en main le ticket numéro 40. Les étudiantes de 20 et 18 ans n’ont besoin que de quelques renseignements : un changement de filière aura-t-il des conséquences sur le statut de boursière de Jessica ? Où en est la demande d’aide déposée par Herehia ?
    Assises sur un banc, à quelques mètres de là, Marguerite et sa fille, Myrna, attendent impatiemment leur tour. L’étudiante de 17 ans zyeute l’écran lumineux accroché au-dessus de la porte toutes les deux minutes. Jette un coup d’œil à son ticket qui porte le numéro 36. Le replace dans sa poche. “Ils sont pas rapides…”, souffle Marguerite. “Mais en même temps, sans leur aide, on ne pourrait pas payer les études aux enfants.” Ayant perdu son mari, la maman élève seule ses cinq enfants, dont deux n’ont pas encore terminé leur scolarité. Coprahcultrice, elle a quitté provisoirement les Marquises mardi et s’est installée chez une copine de Tahiti avec sa fille, “jusqu’à ce qu’elle soit bien installée à l’université”.
    Problème : pour l’année 2015-2016, l’UPF a reçu 508 demandes de logement pour 300 places seulement, 72 à la cité universitaire et 228 au centre d’hébergement pour étudiants, géré par l’Institut de la jeunesse et des sports de la Polynésie française. Plus de la moitié des demandeurs arrive des archipels, une cinquantaine vient de Moorea et une centaine des communes éloignées de Tahiti. “Il y a forcément des étudiants qui se retrouvent sans rien”, déplore Taoahere Maono, le président de l’association étudiante Asset-UPF.

    “Si je n’obtiens pas une chambre sur le campus, je ne ferai pas d’études”

    Cette année, avec l’augmentation des inscriptions, qui passent de 2 672 à 3 240, “on manque terriblement de logements, surtout pour les îliens qui n’ont pas de famille qui pourrait les aider à Tahiti”, constate-t-il. Son association a été contactée par des étudiants des Marquises et des Australes en grande difficulté. “On pense faire appel à des particuliers ou même à des agences pour répertorier les logements disponibles, éventuellement en colocation, à proximité de l’université. C’est tout ce que nous pouvons faire…”, regrette Taoahere.
    Mercredi, le gouvernement a annoncé son intention d’étendre la résidence universitaire de Punaauia. “Le Pays entend lancer dès aujourd’hui les études préalables à la construction de quatre nouveaux bâtiments pour un total de 83 logements”, lit-on dans le compte-rendu du conseil des ministres. L’opération, qui inclut une cuisine collective et des places de parking, est chiffrée à 769 millions de francs. Mais elle ne verra pas le jour avant deux ans “minimum”, le Pays n’ayant pas encore déposé la demande de permis de construire.
    Myrna a peut-être, finalement, tiré le numéro gagnant : “J’étais sur la liste d’attente des logements du campus, mais normalement une place s’est libérée !”, sourit-elle. “Je n’ai pas de famille à Tahiti, donc si je n’obtiens pas une chambre ici, je devrais rentrer aux Marquises. Je ne ferai pas d’études.” La jeune femme relance un regard à son ticket. L’entretien qui va suivre déterminera si, oui ou non, elle pourra suivre sa licence d’histoire et devenir professeur des écoles. Au-dessus de la porte, l’écran lumineux indique le numéro 26. Il est 9 h 45.

    “Améliorer les transports, c’est aussi favoriser l’assiduité des étudiants”`

    Ceux qui habitent les communes plus ou moins éloignées de Tahiti vivent un autre calvaire : celui des transports. Sur le bord de la route en lacets qui mène à l’université, un scootériste s’arrête pour embarquer un marcheur. Quelques mètres plus loin, il double rapidement un cycliste qui pousse son vélo dans la montée… “Et encore, la situation s’est vachement améliorée !”, affirme Taoahere Maono, le président de l’Asset-UPF. “Avant, ceux qui arrivaient en provenance de la côte ouest devaient aller en bus jusqu’à Papeete puis revenir avec un autre bus vers l’université ! Maintenant, tous les bus, dans les deux sens, s’arrêtent au rond-point de Outumaoro (ex-Sofitel).”
    De là, les étudiants peuvent grimper à pied ou attendre le bus 21, le seul à desservir la fac. “Il manque encore une plage horaire le soir”, regrette tout de même un responsable de l’université. “Le dernier bus repart à 18 heures, alors qu’il y a souvent des cours jusqu’à 20 heures. Chaque année, nous faisons des demandes d’amélioration du service, mais on est dépendant de la société de transport privée et de ses contraintes d’organisation. C’est dommage, parce qu’on sait qu’améliorer les transports, c’est aussi favoriser l’assiduité des étudiants…”
    Lorsqu’ils ne disposent pas de leur véhicule personnel, ces derniers sollicitent leurs parents ou, plus rarement, tentent le covoiturage. Jessica et Herehia, croisées devant le bureau des œuvres universitaires, font les deux à la fois ! Tous les jours, c’est la mère de Jessica qui dépose et récupère les deux copines inscrites dans la même filière. “Des fois, c’est galère, surtout que l’emploi du temps change tout le temps. On ne le connaît que le vendredi pour la semaine suivante”, explique Jessica. Aujourd’hui, elle se renseigne pour changer de licence, estimant s’être trompée d’orientation. “Si elle change, je change”, affirme Herehia, qui promet qu’il ne s’agit pas d’un problème de voiture. “Je ne pense pas réussir en LEA (langues étrangères appliquées)”, explique-t-elle laconiquement.
    Dehors, sur le parking principal de l’université, des papas, des mamans, des tontons ou des taties attendent au soleil que les jeunes trouvent leur voie, celle de l’indépendance… Assis devant son volant, un homme explique attendre sa nièce. Ses deux passagers lisent pour faire passer le temps. “Ça n’aurait pas servi à grand-chose de rentrer à la maison pour revenir ensuite.” L’étudiante finit les cours à midi. Le cadran de la berline indique seulement 11 h 05.

    Marie Guitton

    Boucler son budget, une course d’étapes

    Avant même de s’inscrire à l’université (une étape compliquée pour les îliens qui doivent se rendre sur place), les étudiants se préparent à affronter leur ennemi numéro un dès le mois de janvier : le budget. Deux demandes de bourse peuvent être déposées jusqu’au mois de mars ou avril pour l’année universitaire suivante, en fonction de la situation personnelle et familiale du candidat : les bourses d’État sur critères sociaux (allant de l’exonération des droits d’inscription au versement d’une bourse de 66 098 F par mois entre septembre et juin), et les allocations d’études allouées par le Pays sous la forme de prêts remboursables ou de bourses (de 40 000 à 50 000 F par mois de septembre à mai).
    Au début du mois de juillet, c’est le dossier de demande de logement en cité universitaire (au loyer avantageux d’environ 20 000 F par mois pour les boursiers) qu’il faut déposer. La priorité est donnée aux demandes de renouvellement des boursiers admis au niveau supérieur, aux étudiants boursiers des îles et de la Presqu’île, ainsi qu’aux étudiants “méritants”, selon le terme employé par l’administration.
    Les boursiers n’ayant pas obtenu de logement pourront déposer, vers le mois d’octobre, une requête d’aide au logement étudiant, qui viendra financer leur loyer à hauteur de 30 000 F maximum. Et à peine trois mois plus tard, il faudra tout recommencer…

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