Brésil/présidentielle: Dilma Rousseff réélue de justesse

dimanche 26 octobre 2014

Dilma Rousseff a été réélue de justesse dimanche présidente du Brésil avec une courte avance sur son adversaire de centre-droit Aecio Neves au terme de l’élection la plus disputée de l’histoire récente du pays.
La présidente de gauche, candidate du Parti des travailleurs (PT) l’a emporté avec 51,45% des voix contre 48,55% au candidat du Parti social-démocrate brésilien (PSDB), selon des résultats quasi définitifs portant sur un décompte de 98% des bulletins de vote.
« Merci beaucoup! », a immédiatement réagi sur son compte Twitter la candidate du Parti des travailleurs (PT) qui devait s’exprimer sous peu dans la capitale Brasilia.
Cette élection était largement considérée comme un plébiscite sur 12 ans de gouvernements du PT, sous lesquels le géant émergent d’Amérique latine a connu de profonds bouleversements économiques et sociaux.
Malgré les nuages économiques et les affaires de corruption les Brésiliens ont opté à une courte majorité pour la poursuite de ce cycle initié par l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2012), un ancien ouvrier métallurgiste et leader syndical resté extrêmement populaire au Brésil.
La différence s’est jouée sur à peine trois millions de vote, alors que 142,8 millions d’électeurs étaient convoqués aux urnes. 
Comme prévu, la présidente l’a largement emportée dans les régions pauvres du Nord-Est. Mais si elle a largement perdu dans l’Etat de Sao Paulo, fief du PSDB, elle a remporté une large victoire dans les deux grands Etats de Rio et de Minas Gerais, – le bastion de M. Neves – dans le sud sud-est industrialisé. 
Le candidat de centre-droit promettait, sans toucher aux programmes sociaux populaires de la gauche, un choc de gestion libéral pour relancer l’économie brésilienne en panne et lutter contre l’inflation et la corruption qui fragilisent le PT.
Après la campagne électorale la plus virulente de l’histoire récente du Brésil, qui a creusé le clivage droite-gauche, le vote s’est déroulé calmement. A l’exception de l’assassinat d’un jeune électeur dans le nord du pays, abattu par balles par un inconnu apparemment dans un règlement de compte selon la police.
Cette campagne électorale, émaillée d’attaques personnelles, à scindé le pays en deux blocs, selon les appartenances sociales: les plus pauvres en faveur de la présidente Dilma Rousseff, les plus aisés pour le candidat « du changement ».
Dilma Rousseff a finalement remporté la bataille au centre, au sein des classes moyennes intermédiaires du sud-est industrialisé du pays qui avaient longemps penché pour M. Neves. 
Elue en 2010 dans l’euphorie finissante de l’âge d’or de la présidence de son mentor Lula, l’ex-guérillera Dilma Rousseff, avait hérité d’une croissance économique annuelle de 7,5%. 
Elle a amplifié les programmes sociaux qui bénéficient à un quart des 202 millions de Brésiliens, lui valant un large soutien dans les couches populaires et les régions pauvres du Nord-Est.
Mais elle a été confrontée à des vents hostiles: quatre années de croissance au ralenti jusqu’à l’entrée en récession au premier semestre, revendications d’une classe moyenne dont l’ascendeur social est tombé en panne, scandales de corruption qui ont terni l’image du PT. 
 

– fronde sociale historique –

Sao Paulo, Rio de Janeiro, Belo horizonte, avaient été à l’épicentre de la fronde sociale historique de juin 2013 contre les coûts du Mondial, l’état de délabrement des services publics et la corruption.
L’économiste Aecio Neves, pur produit de l’élite brésilienne à la réputation de jet-setteur fêtard, était soutenu par les milieux d’affaires, la droite classique. Mais aussi une partie des déçus du PT. 
« Je vote Neves car l’alternance au pouvoir est importante. En plus, le Brésil doit retrouver sa croissance et nous sommes fatigués des scandales de corruption », avait déclaré dans la journée à l’AFP, Roberto Carlos da Silva, un médecin de 34 ans dans un quartier huppé de la capitale économique Sao Paulo.
« Je vote pour le PT parce que je crois dans son projet de construction sociale », expliquait à l’opposé Fatima de Oliveira Borges, fonctionnaire de Brasilia. En ajoutant ce commentaire: « Il y a une haine du PT parce que les choses ont changé. Les employées domestiques voyagent en avion, étudient, ont parfois une voiture. Beaucoup de nantis ont peur de perdre leur femme de ménage ».
Dans la campagne acharnée de l’entre deux-tours, la présidente avait mis en garde contre le retour aux potions d’austérité douloureuses administrées par l’ancien président social-démocrate Fernando Henrique Cardoso (1995-2002). 
Et comme la crise n’a pas  affecté le plein emploi (5% de chômage) et le salaire minimum continue d’augmenter, elle a fait pencher la balance en sa faveur.
Mme Rousseff n’aura pas la tache facile pour son second mandat de quatre ans. 
Elle devra redresser l’économie et mieux répondre aux attentes nouvelles de la classe moyenne, face à un parlement morcelé et plus conservateur qu’en 2010 et des milieux d’affaires qui l’ont prise en grippe en raison de son interventionnisme.

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