Campagne Sarkozy : quatre anciens cadres de Bygmalion en garde à vue

lundi 29 septembre 2014

L’enquête sur un système de fausses factures dans la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy est entrée lundi dans le vif du sujet avec le placement en garde à vue de quatre anciens cadres de Bygmalion, la société prestataire des meetings.
Les deux fondateurs de Bygmalion, Guy Alvès et Bastien Millot, son comptable ainsi que l’ex-patron d’Event and Cie, sa filiale événementielle, Franck Attal, ont été interpellés lundi matin à leurs domiciles et placés en garde à vue pour être interrogés à l’office anticorruption de la police judiciaire à Nanterre, a appris l’AFP de source judiciaire. Des perquisitions ont également eu lieu et les quatre hommes s’apprêtaient lundi soir à passer la nuit en garde à vue, ont précisé des sources proches de l’enquête.
Dans cette affaire, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour faux et usage de faux, abus de confiance et tentative d’escroquerie, confiée aux juges financiers Renaud van Ruymbeke, Serge Tournaire et Roger Le Loire. Les magistrats et les policiers enquêtent sur un système de fausses factures, reconnu par plusieurs protagonistes, pour permettre au budget de la campagne de Nicolas Sarkozy de rester dans les clous fixés par la loi, c’est-à-dire 22,5 millions d’euros.
Pour cela, Event and Cie avait facturé de nombreuses dépenses à l’UMP et non à la campagne Sarkozy, via de fausses conventions du parti. Selon l’avocat de Bygmalion, 10 à 11 millions d’euros auraient ainsi été sortis du compte de campagne. Mais selon une évaluation dans le dossier, ce chiffre atteindrait 18,5 millions d’euros, a-t-on appris de source proche de l’enquête.
Au bout du compte, le Conseil constitutionnel avait quand même estimé que le plafond avait été dépassé, à quelque 23 millions d’euros, privant Nicolas Sarkozy du remboursement public. L’UMP avait alors fait appel aux dons des militants pour payer la facture, le fameux « Sarkothon ».
 
Sarkozy et Copé savaient-ils ?

 
Alors qu’elle s’orientait d’abord vers des soupçons de surfacturations au profit de Bygmalion, l’affaire avait explosé fin mai, avec les révélations de l’avocat de la société, Me Patrick Maisonneuve, puis la confession de Jérôme Lavrilleux, bras droit de Jean-François Copé et directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy. Sur le plateau de BFMTV, les larmes aux yeux, il avait reconnu « un dérapage sur le nombre de meetings » et concédé la mise en place d’un système occulte.
Dans un entretien à l’AFP mi-juin, à la veille d’une garde à vue, il avait mis en cause le directeur général de l’UMP, Éric Cesari, le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, Guillaume Lambert, et Fabienne Liadze, directrice financière du parti. Selon Jérôme Lavrilleux, la décision de frauder avait été prise après le second tour de la présidentielle, fin mai-début juin.
Selon des sources proches du dossier, Guy Alvès et Franck Attal ont également avoué aux enquêteurs la mise en place d’un tel système, mais ils situent les premières discussions entre Bygmalion et l’UMP plus tôt, début avril, soit avant le premier tour de l’élection. Quant à Bastien Millot, qui comme Guy Alvès avait travaillé dans plusieurs ministères pour Jean-François Copé, « il a toujours dit qu’il ne s’était pas occupé de ce dossier », a réaffirmé lundi son avocate, Me Florence Rault, à des journalistes. « Il n’a jamais participé à la campagne de Nicolas Sarkozy et il va le redire », a-t-elle ajouté.
Les gardes à vue devraient permettre aux enquêteurs de confronter les versions des uns et des autres. L’un des objectifs des investigations sera de déterminer jusqu’où l’on était informé au sein de l’UMP et de l’équipe de campagne d’une telle fraude. Et si les premiers rôles, Jean-François Copé qui dirigeait l’UMP et Nicolas Sarkozy lui-même, pouvaient ne rien savoir d’un tel système, comme l’a affirmé Jérôme Lavrilleux.
« J’ai appris le nom de Bygmalion longtemps après la campagne présidentielle », a assuré l’ancien chef de l’État lors de son intervention télévisée marquant son retour en politique. Début juillet, il avait déjà affirmé qu’il n’y avait « jamais eu le moindre système de double facturation » dans sa campagne.

AFP

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