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Cancers, malformations, retards mentaux : un autre héritage du CEP

lundi 22 janvier 2018

Le Centre d’expérimentation du Pacifique Sud (CEP), ce n’est pas seulement la souveraineté nucléaire de la France, l’assurance d’entrer dans le club fermé du conseil de sécurité de l’ONU, l’argent qui pleuvait aussi fort qu’une saison des pluies sur une Polynésie acculturée ou une ancienne Dotation globale de développement économique (DGDE) permettant d’asservir une économie et de vicier toute une classe politique.

C’est aussi les cancers, une loi Morin défaillante, un atoll fissuré et aujourd’hui peut-être, une jeunesse sacrifiée par des gènes défaillants.

Le week-end dernier, le journal Le Parisien semblait découvrir la situation sanitaire préoccupante concernant la population polynésienne suite aux essais nucléaires exercés entre 1966 et 1974, à Moruroa et Fangataufa.

Une situation dont La Dépêche s’était déjà fait l’écho en 2011, dans un vaste dossier, alors que ces répercussions sur les enfants n’étaient encore qu’en phase d’étude.

Le journal métropolitain, via une pigiste, a pu consulter le rapport rédigé par le docteur Christian Sueur sur des enfants polynésiens dont les grands-parents ont travaillé sur les sites des explosions atomiques atmosphériques.

Ce médecin a exercé en Polynésie française de 2006 à 2017, d’abord au Centre de la mère et de l’enfant, à Pirae, puis à l’unité pédopsychiatrique du Centre hospitalier de Taaone.

Nos confrères du Parisien notent que le médecin, “retourné en poste en métropole depuis janvier, relève des anomalies morphologiques parfois couplées à des retards mentaux chez de nombreux enfants”.

Christian Sueur étaye son analyse menée dans les cinq archipels de la Polynésie française. Au cœur du rapport, dont certains passages sont divulgués par le journal, il est noté que “271 enfants ont consulté pour des troubles envahissants du développement”. “Parmi ces jeunes patients, 69 d’entre eux ont également développé des anomalies morphologiques et/ou des retards mentaux.”

Christian Sueur “relève des pathologies liées à des déficiences génétiques, susceptibles d’avoir été provoquées par des retombées radioactives sur les ‘cellules germinales’ des grands-parents, avant de se transmettre sur plusieurs générations”. (…)

Fait troublant, plus de 70 % de ces enfants ont des parents mais aussi des frères et sœurs qui ont développé des pathologies telles que leucémies, cancers du rein ou de la thyroïde. Autant de pathologies radio-induites, c’est-à-dire des maladies considérées comme pouvant être liées aux retombées radioactives.”

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, a préféré ne pas répondre aux questions sur le sujet, hier, à sa descente de l’avion, assurant qu’elle “aurait l’occasion de répondre aux questions lors des cinq jours de son voyage” au fenua.

Tureia, atoll sacrifié

Le cas de Tureia, évoqué par le journal Le Parisien, est édifiant. “Un enfant sur quatre est atteint d’un cancer de la thyroïde, de jeunes adultes sont décédés à la trentaine ou ont développé des pathologies héréditaires. Sur près de 300 habitants, le docteur Sueur a relevé une vingtaine de pathologies possiblement radio-induites, soit une morbidité d’une personne sur cinq”, écrit notre consœur sur le sujet.

À Reao, où vivent 369 habitants, près de 10 % de la population est touchée par une maladie radio-induite.

Dans une interview qui lui est consacrée, Christian Sueur s’en prend aux hommes politiques en place si les dossiers n’avancent pas aujourd’hui.

Il est évident qu’en France et en Polynésie française, les autorités politiques et sanitaires, étatiques comme locales, préfèrent nier ou minimiser systématiquement le risque nucléaire concernant la santé des enfants et des générations à venir. L’attitude du pouvoir politique est criminelle et la collaboration des autorités sanitaires, avec ces mensonges d’État, ne l’est pas moins”, juge-t-il sévèrement.

Dans une seconde interview, le service de santé des armées juge l’étude “excessive” du médecin, par la voix du docteur Patrice Baert.

Les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française n’ont pas fini de se faire sentir. (© Photo : DR)

Les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française n’ont pas fini de se faire sentir. (© Photo : DR)

C’est vrai que nous avons vu des enfants avec des troubles du comportement, mais nous n’avons pas détecté d’anomalies particulières chez eux”, explique-t-il.

Il rejette la naissance de ces cancers et de ces malformations sur “les batteries des voitures qui sont dépecées et utilisées pour faire des plombs de pêche”. “Elles sont chauffées ou brûlées et dégagent des particules retombant sur les toits et dans les citernes de pluie dont tout le monde boit l’eau.”

La ministre des Outre-mer sera probablement relancée sur la question de la solidarité de l’État dans le financement de la protection sociale généralisée en Polynésie française.

Avec de tels dossiers en latence, peut-être faudrait-il revenir à la contribution de l’État au régime de solidarité du Pays, comme elle l’était avant le passage d’Yves Jégo, en 2008. La femme qui valait 3 milliards ?

 

Bertrand Prévost

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