Cédric Wane – Pour le goût de l’effort

    vendredi 22 janvier 2016

    À bientôt 30 ans, Cédric Wane a vécu une année sportive 2015 particulièrement riche qui fait de lui sinon le sportif de l’année, en tout cas celui de la course à pied. Avec plus de dix victoires lors des quatre derniers mois, il est le digne héritier de Georges Richmond. Ancien professionnel de triathlon aux États-Unis, il va reprendre sérieusement la discipline cette année. 

    Seul ou en duo, Cédric Wane a éclaboussé de son talent la fin de l’année 2015, que ce soit sur les courses sur route, les raids ou les cross. Et 2016 est partie sur les mêmes bases avec des victoires, le 9 janvier, lors de la course sur route “Un cadeau pour tous”, puis, samedi dernier, aux Championnats de Polynésie de cross-country. 
    Mais il serait trop réducteur de cantonner les talents de Cédric à ces seules courses, car il a aussi inscrit, en 2015, son nom au palmarès de deux triathlons et d’une course cycliste. Et dimanche dernier, il a récidivé au triathlon du Hilton Moorea. 
    Elle est donc bien loin l’époque où son père Gilbert, lui-même champion de Polynésie de course à pied, l’obligeait à venir courir, au prix de quelques larmes, avec son petit frère, autour du stade Bambridge encore en terre à l’époque, ou marcher au Belvédère de Pirae. Des souvenirs d’enfance qui, maintenant, font sourire Cédric Wane lorsqu’il les évoque : “Si papa nous a forcés au début, la flamme s’est entretenue par l’esprit de compétitivité que j’avais avec mon petit frère. Bien sûr, nous aurions préféré pouvoir jouer plutôt que de marcher trois fois par semaine au Belvédère ou d’aller tous les soirs à Bambridge en sortant de l’école. Je pense que c’était sa façon de nous inculquer, de façon viscérale, certaines valeurs de la vie et de mieux apprendre à en appréhender les difficultés. À bien y réfléchir, ce sont les sorties au Belvédère qui m’ont donné goût à la course à pied. C’était un moment d’évasion en communion avec la nature que, aujourd’hui, j’essaye de privilégier.”
    Amoureux de la nature certes, mais aussi des moments de solitude qui lui permettent de faire le point. Cédric trouve que les jeunes, actuellement, ont peur d’être seuls. “Ils ont toujours besoin d’être dans quelque chose que ce soit avec des SMS, les réseaux sociaux ou avec des copains. Le sport apprend à se remettre en question et c’est d’ailleurs pour cette raison que j’en fais.”
    Évidemment, gagner des courses pour avoir des sponsors ne le laisse pas indifférent, mais il avoue que son principal moteur reste le plaisir personnel qu’il prend lorsqu’il en pratique dans la nature ; c’est pour lui un véritable outil d’introspection, au-delà des bienfaits physiologiques qu’il apporte. 

    Triathlète professionnel aux États-Unis

    Adolescent, le jeune Cédric Wane ne se fait pas particulièrement remarquer, alors qu’il est devenu un adepte du cyclisme. C’est à l’occasion de ses études universitaires en mathématiques aux États-Unis, d’où il reviendra avec une licence, que se produit le déclic. 
    La ville de Boulder, dans l’État du Colorado, de part sa situa-tion géographique (perchée à 1 600 m), attire en permanence de très nombreux olympiens tout au long de l’année, ce qui en fait une cité particulièrement sportive. Cédric n’a pas d’atomes crochus avec l’équipe cycliste universitaire et se tourne vers le triathlon. De fait, il est obligé de se mettre à la natation et à la course à pied, avec un certain succès, puisqu’il participe aux championnats universitaires à cinq reprises, avec la deuxième place lors de sa dernière participation. Il se fait, donc, remarquer et passe professionnel pendant un peu plus d’un an, il a alors 25 ans : “J’avais quelques petits sponsors et même s’il n’y avait pas trop de price money, ça me permettait de ne pas perdre trop d’argent lors des courses. Mais j’ai dû rapidement abandonner car je n’arrivais plus à combiner les heures d’entraînement avec les cours. J’étais tout le temps fatigué. À y repenser, je gérais mal mon temps, pensant plus à la quantité qu’à la qualité. J’aurais dû aller voir un coach, un nutritionniste et j’ai donc perdu du temps.”
    Ne doit-on pas apprendre de ses erreurs ? Cédric Wane, depuis son retour au fenua et son implication dans le paysage sportif, en a tiré les leçons. Les premières années ont été un peu diffici-les, autant pour des raisons professionnelles, avec l’ouverture du restaurant au marché de Papeete après que la famille se soit éloignée du monde de la perliculture, que pour des raisons plus affectives, les liens noués avec ses partenaires et amis américains étant difficilement remplaçables : “J’étais noyé dans une bulle sportive, avec des personnes qui étaient ma deu-xième famille sur place. C’est pourquoi, à mon retour, j’ai continué à m’entraîner mais seul et surtout uniquement afin de garder la forme.” 
    Et, effectivement, les résultats des compétitions auxquelles il a participé n’étaient pas du standing de cet athlète à son retour en 2011. Hormis la place de meilleur rouleur tahitien au Tour cycliste de l’Amitié de cette année, Cédric ne fait pas parler beaucoup de lui jusqu’en 2015. 

    Le déclic avec Kader Touati

    D’une idée professionnelle à laquelle il travaille et qui devrait aboutir courant 2016, il se rapproche du préparateur physique Kader Touati avec qui il reprend goût à l’effort et surtout à la performance ; non pas celle qui débouche systématiquement sur une médaille ou un trophée mais celle qui l’amène à se transcender : “Depuis quelques mois, j’ai retrouvé la convivialité que je connaissais à Boulder. Et avec un petit groupe de triathlètes, on s’entraîne deux fois par semaine de façon très structurée.” 
    Depuis septembre donc, les performances s’enchaînent (voir palmarès), à tel point qu’il écrase la concurrence, même s’il s’en défend, d’abord en course à pied, si bien que beaucoup voient en lui le digne successeur de Georges Richmond, puis en triathlon. 
    C’est d’ailleurs vers cette discipline que l’ancien professionnel tend à se rapprocher : “J’ai prévu, en 2016, de donner la priorité au triathlon, même si je participerai aux grandes courses à pied. C’est un retour à mes premières amours et c’est plus fun d’évoluer dans trois éléments. J’aurai 33 ans et demi pour les Jeux de Tonga et quatre de plus pour ceux de 2023 (Tahiti est officiellement candidate et la décision sera prise lors des Mini-Jeux du Vanuatu en 2017, NDLR), ce n’est pas encore trop vieux. Au niveau local, je ne me suis pas fixé de limites.” 
    Une longévité au plus haut niveau à la Georges Richmond, qu’il respecte beaucoup, n’est donc pas à exclure pour cet athlète dont la conception de la pratique sportive devrait être prise en exemple. 

    Luc Ollivier

    Repères

    – Né le 31 janvier 1986 à Papeete
    – Situation famille : célibataire
    – Profession : restaurateur

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