“C’est une mise à mort institutionnelle”

mardi 16 juin 2015

Lundi prochain, le Fare Hau Arii sera placé en liquidation judiciaire. Après quinze mois de lutte acharnée pour continuer d’exister et offrir une structure adaptée aux enfants atteints de maladies orphelines ou inconnues, l’association Te Ananahi no te Tama jette l’éponge.  Le Fare Hau Arii fermera ses portes le 30 juin.

Le Fare Hau Arii sera placé en liquidation judiciaire lundi prochain. L’histoire de ce centre d’accueil pour enfants et adolescents atteints de maladies génétiques, orphelines ou inconnues, se termine.
Après sept ans d’activité, dont une année et demie de lutte pour continuer d’exister, malgré des subventions incertaines, l’association Te Ananahi no te Tama n’a d’autres choix que de jeter l’éponge.
“Nous sommes très amers, mais nous partons la tête haute car nous aurons au moins donné une chance à nos enfants pendant sept ans”, fustige la trésorière de l’association, qui masque comme elle peut sa colère.
Il faut dire que, depuis mars 2014, rien n’a été épargné au Fare Hau Arii. À l’époque, la direction des affaires sociales (DAS) a une mission : optimiser les dépenses publiques.
Le Fare Hau Arii est alors pointé du doigt car celui-ci reçoit une subvention pour douze enfants bien qu’il n’en accueille que neuf. Le Fare Hau Arii revoit donc son budget, mais malgré cela, la DAS propose dès le mois de mai de fermer le centre et de placer les enfants dans des instituts médico-éducatifs.

Première douche froide

Les parents des enfants placés se mobilisent alors. Ils demandent à ce que soit reconsidérée la fermeture de cette structure qui, à leurs yeux, est la seule à répondre aux attentes et aux besoins de leurs enfants.
La DAS accepte de faire un geste. Les enfants pourront terminer leur année scolaire. La dotation est donc maintenue jusqu’en septembre, pour assurer la rémunération des éducateurs spécialisés et le loyer du Fare Hau Arii.
L’association, loin de s’avouer vaincue, utilise ces trois mois de répit pour trouver d’autres solutions financières qui permettraient de sauver la structure d’accueil.
Les membres de Te Ananahi no te Tama enchaînent les rendez-vous, multiplient les démarches, mais malgré les promesses, rien n’aboutit et l’argent vient à manquer.
L’association commence à crouler sous les factures, mais elle veut encore y croire car même les éducateurs spécialisés, qui n’arrivent pas à percevoir leur salaire, restent. Un élan de solidarité que l’association ne veut pas bouder, tant elle connaît le prix de ce sacrifice.
Alors elle s’accroche et voit une lueur d’espoir lorsque le gouvernement change de visage, en septembre dernier.
Le Fare Hau Arii réduit son budget de 25 % et engage de nouvelles démarches pour que son dossier soit, une nouvelle fois, examiné.
Sans réponse, l’association est obligée de lancer un appel aux dons alimentaires en octobre dernier, pour assurer les repas des enfants. La population entend l’appel et se mobilise largement, ce qui rend un peu d’espoir à l’association.
Contre toute attente, celle-ci est contactée en novembre par le chargé de mission de la présidence, Gilius Doom. Le dossier lui est présenté.
En décembre, Gilius Doom les rencontre à nouveau et leur annonce que le dossier sera traité en urgence dans la semaine. À la même période, l’association soumet à la direction générale des affaires économiques (DGAE) une demande de reconnaissance d’intérêt général.

Enfin un rendez-vous

Il faut attendre le 6 janvier 2015 pour que finalement le président du Pays, Édouard Fritch, et son conseiller spécial Thierry Nhun Fat, reçoivent le bureau de l’association.
Lors de cette rencontre, le président annonce son souhait de poursuivre le partenariat entre l’association et le Pays pour l’année 2015, une commission technique devant statuer sur l’attribution ou non de la subvention pour l’année en cours est alors programmée pour le 28 janvier.
À la même période, la DGAE se dit favorable à la demande du Fare Hau Arii et fait suivre la demande à son organisme gestionnaire, la DAS, pour avis.
Début février, l’association, qui n’a toujours aucune trésorerie pour fonctionner, si ce n’est quelques aides financières qu’elle obtient d’autres associations ou de privés qui la soutiennent, est placée en redressement judiciaire.
L’annonce de l’attribution de la subvention arrive enfin, fin février. Elle est reconduite pour 2015.
L’association pense alors pouvoir se redresser, mais la lenteur acharnée du système met fin à ses espoirs.
C’est seulement mi-mars que l’association reçoit un versement de la DAS correspondant au mois de janvier et février. Ces versements couvrent à peine les impayés.
L’argent manque toujours, mais la DAS ne veut pas verser l’intégralité de la subvention. Pire, elle demande au Fare Hau Arii de fournir des factures de fonctionnement pour continuer à lui verser ce sur quoi elle s’est engagée.
“À ce stade, parler de mauvaise foi est un euphémisme. Comment pouvions-nous payer des vacataires ou acheter du matériel éducatif sans argent ?”, interroge désabusée la trésorière.
Il y a quelques jours, l’association a appris que sa demande de reconnaissance d’intérêt général était toujours sur l’un des bureaux de la DAS. Une demande habituellement traitée en 15 jours…

Une fin programmée

Après des mois de lutte, la coupe est pleine. Le papa d’un des enfants craque.
“On s’est battu, on nous a donné raison en nous attribuant une subvention. Pourtant, au bout de deux mois, elle n’est toujours pas là, et ne sera versée qu’à condition que les caisses de la DAS soient pourvues. Et en plus, nous devons engager cet argent que nous n’avons pas pour justifier du bon fonctionnement du Fare. C’est une mise à mort institutionnelle.” Depuis ce début de mois, le propriétaire de la maison qui sert à accueillir les enfants handicapés demande à récupérer son bien.
Désabusée, acculée de tous côtés, l’association n’a plus le choix. Elle abandonne. Cependant, malgré la mise en liquidation prochaine, la trésorière a confié hier matin : “Nous n’avons jamais voulu nuire à quiconque. Nous n’avons pensé qu’aux enfants”. Le Fare Hau Arii fermera définitivement ses portes le 30 juin.

Jennifer Rofes

 

Mathius 2015-06-17 05:45:00
Savez vous que ce fut suite aux interventions de la ligues polynésiennes des droits humains que Chirac a du intervenir pour que la Polynésie offre quelques structures pour les enfants handicapés ou maltraitės. Son copain Flosse ne répondait même pas a la Ligue..
Puisque les polynésiens considèrent en élisant des politiques voyous que leurs enfants en périls n'ont pas besoin de structures appropriées, ils vont rapidement sur devenir l'exemple de la nouvelle malveillance éducative pour les pays civilisé.
Quelle honte, dans ce pays les habitants sont plus généreux pour les victimes de catatosphe en Asie que dans leur propre pays .
Duverger paul 2015-06-16 20:48:00
Nos politiques sont indignes , aucun ni aucune d'entre elles ne reagit
J'ai honte a mon bulletin de vote......
Titaua de Mahina 2015-06-16 14:09:00
J'aimerais savoir comment la DAS justifie-t-elle un tel mépris. A moins qu'il s'agisse d'un cumul d'incompétences.
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