Cette assemblée à géométrie variable est-elle crédible ?

    samedi 3 octobre 2015

    Hier matin, le Tapura huiraatira et A ti’a Porinetia ont envoyé un communiqué aux rédactions pour se plaindre des votes qui s’étaient déroulés à l’assemblée de la Polynésie française, jeudi. 
    Un communiqué suivi quelques heures plus tard par un autre de la présidence. Ce dernier, lui-même suivi plus tard par un courrier du Tahoera’a.
    Le premier d’entre eux, nous en parlions dans notre édition d’hier, concernait la création de la commission d’enquête visant à recueillir tous les éléments d’information pour la réforme fiscale, la fiscalité communale et le financement de la protection sociale généralisée (PSG).
    Le second sujet de colère des élus était le report de deux propositions de lois de Pays. La proposition qui consiste à instaurer un régime d’exonération de l’assiette des cotisations sociales du régime des salariés pour les retraites et prévoyances complémentaires, et un second texte pour apurer les dettes des employeurs au titre de leur contribution au régime de retraite et de prévoyance complémentaires.
    Deux textes attendus par les chefs d’entreprise, votés par le conseil économique, social et culturel (CESC) et ayant recueilli l’aval des élus de l’assemblée de la Polynésie française en commission législative que les groupes orange et bleu ont fait reporter.
    Hier, le groupe Tapura dénonçait deux groupes qui unissent “leurs efforts pour réduire à néant toutes les réformes sociales que le gouvernement a décidé courageusement d’engager après dix ans d’immobilisme et de régression.” 
    La présidence, dans son communiqué, appelait “à la raison (les) élus Tahoera’a huiraatira et l’UPLD, en les exhortant, dans l’intérêt des entreprises, mais également des établissements d’enseignement privés, des communes ou encore des services publics et parapublics et des nombreux salariés et retraités concernés, à adopter rapidement ces deux textes.”
    Deux votes et finalement deux communiqués qui pointent du doigt le mal récurrent qui frappe l’assemblée de la Polynésie française depuis quelques mois… l’absence d’une majorité.

    Calimero contre Cornac

    Le Tahoera’a est désormais dans l’opposition, ce sont ses membres qui l’ont expliqué il y a peu alors qu’Édouard Fritch tenait tête à Gaston Flosse et à ses directives. 
    Le Tapura et ATP soutiennent le gouvernement et forment une sorte de “mijorité” au sein de l’assemblée alors que l’UPLD et ses onze élus s’apprêtent à faire la pluie et le beau temps à Tarahoi en votant tour à tour avec le gouvernement ou avec le Tahoera’a. 
    “Il est pour le moins déplorable que la population, qui attend le progrès et les réformes, soit prise en otage par la multiplication des blocages orchestrés par un groupe politique dont le cornac a été déchu de tous ses mandats, et avec la complicité objective de l’UPLD qui joue d’une situation politique instable qu’elle prend plaisir à entretenir dans une alliance objective avec le Tahoera’a”, écrivait, hier, le Tapura dans son communiqué.
    Certes, mais la situation, qui est la faute de tout le monde et de personne à la fois, n’est pas faite pour rassurer. 
    Personne n’a la majorité. Les croche-pieds se succèdent même si le Tahoera’a se défend quasi quotidiennement d’une quelconque démarche de déstabilisation du gouvernement, arguant que “tous les textes sont votés”. 
    Le communiqué du Tahoera’a a d’ailleurs répliqué hier : “Le gouvernement a un véritable problème de méthode en confondant sans cesse urgence et précipitation, ce qui l’amène, comme pour la loi sur le transport interinsulaire, à présenter des textes mal ficelés, qu’il vient lui-même amender ensuite, après avoir fait croire que le Tahoera’a huiraatira veut entraver son action. Le gouvernement n’a visiblement tiré aucune leçon de l’expérience précédente, puisqu’il nous refait le coup avec ce texte.”
    Jeudi, le gouvernement a prouvé une fois encore son absence de majorité en laissant filer deux votes et les communiqués de complaintes façon Calimero – “c’est vraiment trop injuste” – ne parviennent pas à masquer le malaise.
    Le haut-commissaire, lui aussi, a tenté de rassurer sur les échéances à venir. “Un budget amendé n’est pas forcément un budget dénaturé”, expliquait-il lors d’un déjeuner de presse. 
    Quand des actes aussi forts qu’une loi de finances sont ainsi attaqués en métropole, le Premier ministre sort l’article 49.3. Ici, le gouvernement sort son mouchoir.
    La population attend une réforme de la PSG, une relance de l’emploi. Les chefs d’entreprise crient alors que la défiscalisation métropolitaine est menacée, que les investissements chinois ne démarrent pas et que la CPS a lancé une fatwa sur les avantages en nature des salariés pour renflouer ses caisses.
    Les reports des propositions de lois de Pays, jeudi, ne sont pas de nature à mettre durablement les entreprises en péril, mais les manœuvres sont désormais clairement identifiées : décrédibiliser le gouvernement en se drapant de la vertu démocratique qui sied aux débats politiques. C’est aujourd’hui réussi, mais cette assemblée de la Polynésie française à géométrie variable en est-elle plus crédible pour autant ? 

    Bertrand Prévost

    SIRE 2015-10-05 08:09:00
    La population attend une réforme de la PSG

    Il ne faudrait pas inverser les rôles, Mr PREVOST
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