Changements climatiques en outre-mer : Édouard Fritch veut une COP 21 à l’écoute des îles

    vendredi 16 octobre 2015

    Édouard Fritch et les députés du fenua ont assisté, hier, à Paris, au colloque “Les Outre-mer et les changements climatiques”.
    L’occasion, pour le président du Pays, de plaider la cause des petits pays insulaires du Pacifique, à quelques semaines de la COP 21.
    La ministre des Outre-mer a, quant à elle, souligné les innovations ultramarines, et notamment polynésiennes, en matière de protection environnementale.

    Le discours du président du Pays devant les participants au colloque Les Outre-mer et les changements climatiques, qui s’est tenu hier, à Paris, à l’invitation de George Pau-Langevin, était quelque peu musclé. Ce rendez-vous rassemblait des chercheurs, décideurs politiques et experts ès sciences de la mer, climatologie, météorologie, médecine, zoologie ou encore architecture et agronomie. Invité à s’exprimer au début du colloque, juste après Pierre Guignard, secrétaire général, chargé de la préparation et de l’organisation de la COP 21, à Paris, en décembre, Édouard Fritch a plaidé avec vigueur la cause des petits pays insulaires du Pacifique.
    Si ces derniers sont les premières victimes de la dégradation climatique, ils sont aussi parmi les premiers à trouver des solutions palliatives, qui pourraient d’ailleurs bien inspirer les grands pays. Et de lancer : “Vus du Pacifique insulaire, vous vous battez pour un delta de carbone supplémentaire, alors que nous nous battons dès à présent pour protéger nos terres, nos lagons et nos populations ! Vus du Pacifique insulaire, les débats et négociations sur les degrés Celsius ont peu de sens pour nos communautés.
    Pour nous, ce sont des débats d’experts qui sont éloignés des préoccupations concrètes, économiques, environnementales et sécuritaires auxquelles nous, leaders gestionnaires de pays, avons à faire face avec nos populations !”
    Pour faire suite à la réunion qu’il avait provoquée en juillet avec les chefs d’État du Polynesian Leaders Group, le président songe à en remettre une bonne couche en novembre lors du sommet France-Océanie, que le président de la République a convoqué.
    Et ce pour arriver à la COP 21 avec une France obligée de ne pas oublier, ou plutôt de mettre en avant, l’autre France, qui n’est pas hexagonale, tout en l’associant aux états insulaires du Pacifique pour la bonne cause.

    Des initiatives des outre-mer

    “Ce que les petits pays comme les nôtres souhaitent, c’est d’être écoutés et entendus sous un prisme ouvert, sans a priori de votre part et, surtout, pas sous le prisme des grands pays, montagneux et soucieux de défendre leur mode de vie polluante et énergivore !”
    Exposé après exposé, l’on a pu à la fois prendre la mesure de l’ampleur du problème climatique pour les pays tropicaux, lesquels subissent le plus la pollution apportée par les pays industrialisés.
    Mais on a vu aussi comment des solutions parfois audacieuses, voire inattendues, ont été mises en œuvre, créant parfois des modèles à suivre. Le bon sens n’est pas absent non plus : ne pas polluer le lagon avec des substances déversées depuis la terre ou les rivières, conserver une barrière de corail saine qui résistera mieux aux tsunamis, voire à la montée des eaux, ou encore recréer des maisons bien ventilées à l’ancienne, c’est aussi éviter la climatisation qui consomme trop d’électricité thermique et restitue de la chaleur à l’extérieur (chaque mètre carré en outre-mer consomme trente fois plus qu’un mètre carré en métropole).
    Pascal Ehrel, chef de projet du dossier Marquises Unesco, a également fait un brillant exposé sur les aires marines éducatives, qui ont semblé séduire plus d’un assistant, et même la ministre (lire ci-dessous).
    Prenant plus tard la relève d’Édouard Fritch, la députée Maina Sage est revenue sur le rapport de la mission de la délégation de l’Assemblée nationale aux outre-mer sur le changement climatique. “Pour les politiques d’adaptation dans nos territoires, tout doit être fondé sur la nature, un point c’est tout !”

    Changer les comportements

    Elle souligne par ailleurs l’existence d’une expertise dans nos territoires et des données scientifiques qui permettent de mettre en œuvre des stratégies efficaces. Elle remarque un vrai dynamisme dans les initiatives locales, publiques ou privées.
    Et de pointer que nos territoires subissent déjà des dégâts qui font des victimes tout aussi françaises.
    Reste que ce seront surtout les comportements qui seront les plus difficiles à changer. Coraux à protéger, mangroves à maintenir, voire à développer, pêches à réglementer dans les Terres australes et antarctiques, forêt guyanaise à contrôler, coutumes ancestrales à réinventer, sargasses à éliminer, tout un catalogue de bonnes solutions ou expérimentations a été soumis durant cette journée d’échange par une trentaine d’orateurs soucieux d’attirer l’attention sur les décideurs nationaux ou régionaux.
    Même la ministre des outre-mer George Pau-Langevin, dans son discours de clôture, a rappelé que les régions ultramarines sont déjà très actives avec des innovations mondiales – saluant en passant la Polynésie française – et qu’il faudrait qu’elles jouent aussi un rôle moteur dans leur entourage régional.
    “Les outre-mer français peuvent constituer des postes avancés du fait de leur répartition géographique et ce, pour la recherche et le suivi au niveau planétaire”, a-t-elle fait remarquer, citant en passant le réseau unique d’observatoires dans les trois océans.
    Elle propose aussi un agenda COP 21 à enrichir d’ici décembre et assure que la lutte contre les effets des changements climatiques ne s’arrêtera pas, quelle que soit l’issue, le 11 décembre au soir.

    De notre correspondant à Paris Ph. Binet

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