Chantal Spitz nous livre ses Cartes postales, recueil de nouvelles polynésiennes

    jeudi 5 novembre 2015

    Le côté obscur. Chantal Spitz le connaît bien ce côté obscur – “mon quotidien depuis 40 ans”, ne manque pas de préciser l’auteur – et le dépeint, de manière sensible et percutante à la fois, à travers sept nouvelles sombres, parfois sordides, mais touchantes, réunies dans ses Cartes postales qu’on attendait depuis quatre ans. 
    Édité Au vent des îles, ce petit livre de 90 pages à la couverture lumineuse, présenté hier dans les locaux de l’éditeur, ne manquera pas de vous sensibiliser à ce côté sombre de la Polynésie, à vous inviter “à vous sentir proche des cœurs plongés dans la détresse, la solitude et le désespoir”.
    Empreinte de liberté déstructurelle, faisant fi de la moindre ponctuation et avec une mise en page parfois déroutante et proche de la poésie, l’auteur, percute, frappe, assomme. 
    Les Cartes postales de Chantal Spitz sont à l’opposé des cartes postales de Teva Sylvain. D’ailleurs, Chantal Spitz l’avoue. 
    “Je n’ai pas beaucoup préservé le mythe”, reconnaît l’auteur de L’île des rêves écrasés, premier roman en tahitien, paru en 1991, et qui a fait de son auteur, l’écrivain “des choses qu’on a envie de se cacher”, comme l’a précisé son éditeur, Christian Robert, hier.
    “L’écrivain n’a-t-il pas un rôle d’aiguillon”, s’est interrogé le passionné du beau livre. Sauf que là, Chantal Spitz a plutôt chevauché son marteau-piqueur, tant la puissance de ses mots dépeint le désarroi de maux de notre société.
    Au-delà, prostitution, enfant fa’a’amu, argent facile et vies plus que difficiles, tout est décrit, voire peint, “tant la musique dans la tête” de Chantal Spitz sonne comme une danse macabre, parfois mortelle, mais où perce de faibles lueurs d’espoir dans ce cyclone de désespoir (“caché”). 
    Ses “paroles des entrailles font aussi scintiller les rêves étoilés d’espérance et de tendresse de personnages ordinaires qui ne demandent qu’à aimer et être aimés”, est-il écrit en quatrième de couverture, dans le paratexte de Cartes postales. 

    Fait divers revisité

    Et une fois pénétré dans le texte de Nadia, la seconde nouvelle, le lecteur rentre au plus profond du côté obscur des racines du mal. 
    En effet, avec quelques libertés, Chantal Spitz revisite ce terrible fait divers de janvier 2001 qui avait vu un client de salon de massage tuer une jeune prostituée et son compagnon, dans l’affaire dite de l’immeuble Farnham, qui n’avait pas manqué de faire les gros titres de La Dépêche de Tahiti à l’époque. 
    Même si “la lecture de Cartes postales demande la participation du lecteur”, comme l’a précisé Christian Robert, la justesse du vocabulaire et la puissance des mots choisis par l’auteur ne manqueront pas de vous troubler, de vous bousculer, de vous chavirer. 
    Les plaisirs engendrés par cette rencontre comme les souffrances qui en ont découlé jusqu’à la mort, où le lecteur rebondit dans les âmes des différents protagonistes – la femme, l’amant, le meurtrier –, à en perdre la tête, vous feront froid dans le dos, faisant de vous plus qu’un lecteur, un spectateur, voire un acteur. 
    Cartes postales est une macabre réussite. On regrette que seulement sept nouvelles les composent. Le mal a du bon quand il est bien écrit. 

    Christophe Cozette

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