Charles Ariitetoa Rochette, passeur de légendes

    mercredi 6 janvier 2016

    Charles Ariitetoa Rochette, dit “Patrick”, perpétue la tradition des légendes et des ‘orero de son district, mais aussi de Tahiti, et plus largement du triangle polynésien. Si la parole lui est régulièrement donnée lors de l’ouverture des grandes manifestations locales, il ne manque pas de s’investir bénévolement aux côtés des enfants et des étudiants. Comme son père et son grand-père avant lui, il s’emploie à “immortaliser” par écrit ces histoires orales, pour les transmettre à son tour.

    Si vous avez l’habitude d’assister à la cérémonie d’ouverture des Trials, suivie du coup d’envoi de la Billabong Pro Tahiti, à Teahupo’o, le visage et la voix de Charles Ariitetoa Rochette ne vous sont sûrement pas inconnus… À 54 ans, celui que ses proches surnomment “Patrick” se voit régulièrement confier la lourde tâche d’assurer chance et protection aux compétiteurs, en usant de ses talents d’orateur au travers d’un ‘orero et d’une prière.
    Tour à tour pêcheur, agriculteur, cuisinier ou maçon, Charles Ariitetoa Rochette a surtout  dans le sang le goût pour les légendes, ayant hérité du savoir – mais aussi du savoir-faire – de son père, Tauirarii Rochette, qui le tenait lui-même de son propre père. “C’est mon papa qui a commencé à faire des ‘orero à Teahupo’o. Quand il y avait des grandes manifestations, j’allais avec lui, pour écouter. Un jour, il m’a dit qu’il était temps que je reprenne le flambeau. Je lui ai répondu : “Non, il faut que tu sois parti. Après, seulement, je pourrai prendre la suite”, se souvient-il.
    Il fait finalement ses débuts en 2007, à l’école de Teahupo’o. Aujourd’hui, il est demandé jusque dans les établissements de Vairao et de Toahotu, où il s’investit bénévolement en faveur de la transmission, auprès des enfants de la maternelle jusqu’au CM2, qui revêtent de somptueux costumes et joignent la parole à la gestuelle sous l’impulsion du concours territorial annuel d’art déclamatoire.

    De la parole à l’écrit

    Convié au récent salon du livre de Taiarapu, il lui arrive aussi de recevoir chez lui des étudiants de l’université, prêts à faire le déplacement jusqu’à Teahupo’o pour bénéficier de son inspiration dans le cadre de leurs recherches. Légendes, ‘orero et chansons des districts de Tahiti et ses îles, et même de Hawaii ou de Nouvelle-Zélande, Charles Ariitetoa Rochette est une mémoire vivante des histoires du passé.
    Mais, dans ce monde de l’oralité, il conserve un précieux trésor, le fruit d’une démarche visionnaire initiée par son grand-père. “Il a écrit son livre de légendes, qu’il a transmis à mon papa, qui a ensuite écrit son propre livre. Il m’a dit qu’il fallait que, moi aussi, j’écrive le mien, et c’est ce que je suis en train de faire”, confie Charles Ariitetoa Rochette, qui consulte régulièrement les manuscrits de ses aïeuls. “Raconter, ça ne suffit plus. Il faut écrire, sinon, ça va se perdre. Il faut perpétuer la tradition”, ajoute-t-il.
    Récemment approché par une maison d’édition, il ne serait pas opposé à une éventuelle publication de son recueil, confortant ainsi sa volonté de partage. “C’est maintenant ou jamais qu’il faut donner, parce qu’on ne sait pas ce qui peut arriver demain”, précise-t-il, avant d’évoquer un devoir de mémoire à double sens. “Il faut dire aux matahiapo de transmettre leur savoir à leurs enfants. On en a besoin. Sinon, qu’est-ce qu’on racontera demain ?”
    Conteur ou auteur pour les uns, tahu’a ou orateur pour les autres, Charles Ariitetoa Rochette préfère se définir comme “un homme simple”, toujours prêt à partager ses connaissances avec sa famille, mais pas seulement. “Parfois, je croise des gens, assis en bord de route, qui m’appellent : “Patrick, viens un peu nous raconter une légende !””, confie-t-il.
    Du côté de ses propres enfants, la relève semble d’ores et déjà assurée. “Ma grande fille est intéressée, mais mon fils de 12 ans m’a déjà prévenu : “Tu sais papa, un jour, je vais reprendre le flambeau !” Le quatrième tome des légendes ancestrales, symbole d’une longue tradition familiale, ne demande plus qu’à être écrit.

    A-C.B.

    La vague de Teahupo’o, un mythe emblématique

    Parmi toutes les légendes, celle des jumeaux Hinapu’u et Maraeono, les premiers hommes à avoir surfé la vague de Teahupo’o, est certainement la préférée de Charles Ariitetoa Rochette. Dans le cadre du réaménagement du PK 0 par le service du tourisme, il a d’ailleurs participé à l’élaboration d’un panneau de signalétique culturelle, consacré à cette histoire emblématique, dont voici un extrait :
    “Un jour, les jumeaux organisèrent une compétition sportive à Teahupo’o. Ils choisirent les personnes les plus puissantes et sveltes de leur district. La première épreuve était le lancer de javelot, la seconde épreuve était le lancer de pierre avec une fronde. Et enfin, une troisième épreuve était d’affronter la vague Taravao-nui-i-te-vaha-‘oro’oro.
    Toute la population se réunit à Fare-nui-ātea (appelée aujourd’hui la pointe Fare Mahora) pour observer ces guerriers surfeurs. Le gagnant devenait ainsi un héros.
    On entendit les louanges des jumeaux : “Voici notre message : Prenez garde, le danger est là. La douleur sera présente, car la vague de Taravao-nui-i-te-vaha-‘oro’oro ne choisit pas ! Elle brise quiconque ose la défier, cela dépendra de ta force et de ta ténacité (…)”.”

    Source : Charles Ariitetoa Rochette, traduit par Rufina Teiti

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