Chérif et Saïd Kouachi : deux frères jihadistes

    vendredi 9 janvier 2015

    Les frères Chérif et Saïd Kouachi, tués par les forces de sécurité qui les traquaient après l’attentat contre Charlie Hebdo, avaient basculé dans l’islam radical au début des années 2000 : l’aîné, Saïd, s’était entraîné au maniement des armes au Yémen et le cadet, Chérif, était connu des services antiterroristes français.
    Le passé tumultueux des deux hommes leur a valu d’avoir leur nom inscrit « depuis des années » sur la liste noire américaine du terrorisme, selon une source américaine. Mais cette information ne semblait pas connue des services français qui n’avaient que peu d’éléments sur Saïd, cité en France en « périphérie » d’affaires concernant son frère.
    Me Vincent Ollivier décrit Chérif comme un « jeune homme  assez classique, qui fumait, buvait et draguait les filles ». Il fait sa connaissance en 2005. Il est désigné pour l’assister alors que le jeune homme, qui faisait partie d’une filière d’envoi de jeunes en Irak pour le jihad, est interpellé juste avant qu’il ne s’envole pour l’Irak via la Syrie. « Quand je l’ai vu, il était soulagé d’avoir été arrêté. Il avait la certitude que, s’il y était allé, il y serait resté », confie l’avocat.
    C’étaient « deux enfants abandonnés, très jeunes », par leurs parents algériens, poursuit Me Ollivier, au sujet de Chérif et son frère Saïd.
    Né en novembre 1982 à Paris, de nationalité française, surnommé Abou Issen, Chérif Kouachi a fait partie de « la filière des Buttes-Chaumont ». Sous l’autorité de « l’émir » Farid Benyettou, cette filière visait à envoyer des jihadistes en Irak dans les rangs de la branche irakienne d’Al-Qaïda, dirigée à l’époque par Abou Moussab al-Zarkaoui.
    Fin 2004, Chérif apprend le maniement d’armes et plus spécialement de la kalachnikov à Paris, selon une source proche du dossier. Alors, il parlait de commettre des attentats en France, notamment contre les juifs, selon la même source.
    Pour sa participation à la filière des Buttes-Chaumont, il a été jugé en 2008 et condamné à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis. Me Ollivier, qui n’a plus eu de contact avec Chérif Kouachi depuis le procès, assure qu’alors il s’était « resocialisé ». « Il s’était marié », « n’avait aucun caractère d’agressivité ». S’est-il radicalisé en prison ? « Non. Il a mûri », répond l’avocat.
    Pourtant, c’est à Fleury-Mérogis, où il est incarcéré de novembre 2005 à octobre 2006, qu’il fait la connaissance de Djamal Beghal, figure de l’islam radical français qui purge une peine de dix ans pour la préparation d’attentats. Il rencontre à cette époque Amedy Coulibaly, accusé d’être le tireur de Montrouge et l’auteur de la prise d’otages sanglante dans un supermarché casher cours de Vincennes à Paris, qui a été tué par les hommes du Raid.
    Dès lors, Chérif Kouachi aurait été, selon une source proche du dossier, « sous l’influence » de Beghal et se fait remarquer par « une pratique très rigoriste de l’islam ».

    Entraînement au Yémen
     
    Pour le chercheur Jean-Pierre Filiu, connaisseur de la mouvance islamiste radicale, Chérif Kouachi est lié à l’organisation État islamique (EI). Il a assuré ainsi à l’AFP qu’un membre franco-tunisien du groupe EI, Boubaker al-Hakim, faisait comme lui partie au début des années 2000 de la filière des Buttes-Chaumont. Mais Chérif Kouachi a assuré à BFMTV avoir été envoyé et financé par Al Qaïda au Yémen.
    En 2010, son nom est cité dans le projet de tentative de faire évader de prison l’islamiste Smaïn Aït Ali Belkacem, ancien membre du Groupe islamique armé algérien (GIA), condamné en 2002 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commis l’attentat à la station RER Musée d’Orsay en octobre 1995 à Paris (30 blessés).
    Après avoir été mis en examen dans cette affaire, où il apparaissait à la marge, il bénéficie d’un non-lieu. Dans ce même dossier, Amedy Coulibaly a été condamné en 2013 à 5 ans de prison.
    A cette époque, le jeune homme, mince, fait beaucoup de sport, du footing, du foot, notamment aux Buttes-Chaumont, à Paris. Kouachi apparaît sur des photos prises par la Sous-direction anti-terroriste (SDAT) courant à Murat (Cantal) au côté de Djamal Beghal qui y est en résidence surveillée, selon des sources proches du dossier.
    Crâne rasé et ovale, bouc clairsemé sur la photographie diffusée par la police, Chérif Kouachi était, avant de basculer dans l’islam radical, un fan de rap, comme le montre une vidéo datant de l’été 2004 diffusée en 2005 dans l’émission « Pièces à conviction » de France 3.
    A Gennevilliers où Chérif Kouachi vivait avec sa femme entièrement voilée, Mohammed Benali, président de l’association de la mosquée Ennour, affirme qu’il ne présentait « aucun signe de radicalisation ». « Il venait en jean, polo, rasé ». Il évoque un seul incident durant la présidentielle de 2012 lorsque l’imam a demandé « aux fidèles d’aller s’inscrire sur les listes et d’aller voter ». « Lui n’était pas d’accord, il a abandonné la prière. Le service d’ordre est intervenu pour le calmer », raconte-t-il.
    « Il pensait que les musulmans n’ont pas à prendre part aux choix de non-musulman », explique Abdelbaki Attaf, administrateur de l’association de la mosquée.
    Son frère Saïd, de deux ans son aîné – il est né en septembre 1980 également à Paris – fréquente en 2009 une université fondamentaliste au Yémen, selon un de ses camarade yéménite d’université. Sous couvert de l’anonymat, il le dépeint auprès de l’AFP comme « discipliné, calme et discret ». Il perd sa trace et le retrouve en 2013. Il combat alors des miliciens chiites.
    Des responsables de sécurité yéménites pensent qu’il a séjourné et appris le maniement des armes entre 2010 et 2012 dans le sud et le sud-est du pays où Al Qaïda est implanté. Un responsable américain date de 2011 cet entraînement au Yémen.
    Dans l’appel à témoins diffusé par la police, cet homme aux yeux marrons apparaît avec des cheveux courts et arbore une barbe peu fournie. A Reims, il vivait avec son épouse, mère d’un enfant en bas âge, dans le quartier populaire de Croix-Rouge, là où la police a effectué des perquisitions d’appartements mercredi soir.
    Le couple vivait depuis un an et demi/deux ans dans le quartier, selon Samir, 21 ans. L’épouse de Saïd portait le voile intégral.
    Chérif et Saïd, comme une sœur et un autre frère, ont eu une enfance bouleversée. Ils ont été placés pendant six ans, de 1994 à 2000, en Corrèze, à Treignac, au Centre des Monédières, appartenant à la fondation Claude-Pompidou.
    « Cette fratrie nous a été confiée en 1994 par les services sociaux de Paris parce qu’elle vivait dans une famille vulnérable », a expliqué à La Montagne, Patrick Fournier, chef du service éducatif de l’établissement. Il les décrit comme « parfaitement intégrés » et n’ayant « jamais posé de problème de comportement » durant leur séjour. 

    AFP

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