Chili – Un vaste territoire offert par le “milliardaire vert” pour éteindre la polémique

    mardi 21 mars 2017

    chili

    La présidente chilienne Michelle Bachelet (à gauche) s’apprête à signer le protocole d’accord pour la donation de 407 625 hectares de terres de la part de Kristine McDivitt, veuve Tompkins. (Photo : HO/Presidencia de Chile/AFP)

    La veuve de Douglas Tompkins, le “milliardaire vert”, a cédé, jeudi dernier, au Chili, un territoire grand comme la moitié de la Corse, soit la plus importante donation de terres privées de l’histoire, espérant mettre fin aux polémiques entourant les projets de cet Américain.

    Ancien hippie, le cofondateur des marques de vêtements The North Face et Esprit, qui vendait ses premiers articles en sillonnant la Californie à bord d’un minibus Volkswagen, avait choisi avec son épouse la Patagonie chilienne il y a 25 ans pour y vivre et assouvir leur passion commune pour la nature.

    Après la vente de ses marques, le couple fortuné d’activistes écolos s’était engagé dans la préservation de vastes étendues en Argentine et au Chili, traversées par des forêts, des volcans et des rivières, achetées à des propriétaires privées puis transformées en parcs naturels ou réserves écologiques.

    Œil vif et cheveux blancs, ce sportif de petite taille, né en 1943, avait eu le déclic en lisant le philosophe norvégien Arne Naess, père de la Deep Ecology ou écologie profonde. “C’est l’idée que l’homme fait partie d’un système, qu’il doit apprendre à partager cette planète avec les autres créatures qui la composent”, déclarait en 2009 ce New-Yorkais secret qui ne donnait que de très rares interviews.

    Doug, comme l’appelait son équipe, est mort fin 2015 à 72 ans dans un accident de kayak au cœur de cette région qu’il affectionnait, sans voir son projet de réseaux de parcs nationaux aboutir et après des décennies de polémiques.

    Car l’acquisition de ces immenses zones – 550 000 hectares rien qu’au Chili – avait, dès le début, été accueillie avec une grande méfiance.

    Lors d’une interview au quotidien espagnol El Pais, Kristine McDivitt Tompkins s’est faite l’écho des rumeurs dont le couple a fait l’objet par le passé : “On a dit que nous voulions en faire un site pour entreposer les déchets nucléaires américains ou que nous voulions fonder un nouvel État juif, bien que nous ayons été éduqués dans la religion anglicane.”

    Mais la critique est aussi venue du sommet de l’État chilien. Au moment du décès de l’entrepreneur américain, Belisario Velasco, ministre de l’Intérieur de l’ancien président Eduardo Frei (1994-2000), l’a accusé de “mettre la pression sur les colons pour qu’ils abandonnent la terre où étaient morts leurs parents et leurs grands-parents et il achetait cette terre à bas prix”. Le gouvernement d’Eduardo Frei avait même envisagé un temps d’expulser Douglas Tompkins du Chili. Mais avec le temps, ses projets ont fini par être acceptés.

     

    “Encaisser les coups”

     

    Son rêve a pris forme mercredi dernier, avec la signature sur fond de montagnes enneigées du protocole d’accord entre la présidente chilienne Michelle Bachelet et Kristine McDivitt Tompkins pour la donation de 407 625 hectares. “Nous concrétisons ce qui est une bonne nouvelle pour notre pays et nous honorons la générosité et l’amour de la nature de Douglas Tompkins”, a souligné Michelle Bachelet.

    “C’est l’effort le plus important de l’histoire et j’espère que cela servira de modèle pour d’autres pays”, a ajouté la veuve, ancienne responsable d’une autre marque à succès, Patagonia. “S’il existait encore des doutes, avec cette gigantesque donation, ils sont définitivement oubliés”, a déclaré le journaliste Andres Azocar, auteur de sa biographie.

    Trois nouveaux parcs nationaux verront le jour sur ces terres de la vaste Patagonie chilienne : Pumalin, Melimoyu et Patagonia. L’État chilien pour sa part s’est engagé à protéger 949 368 hectares supplémentaires.

    “Sa capacité à encaisser les coups et son obstination” ont permis à Douglas Tompkins de résister, souligne son biographe.

    En Argentine aussi, Douglas Tompkins menait son combat dans le marais du nord-est du pays contre les agriculteurs locaux. Il y rachetait coup sur coup des fermes d’élevage et les démantelait : il en retirait le bétail pour que repoussent les forêts primitives et que les cerfs menacés d’extinction retrouvent leur habitat naturel. Il réintroduisait des espèces – le cerf des marais, le fourmilier et bientôt le Yaguareté, félin disparu de cette région depuis des décennies.   

     

    AFP

     

     

        Edition abonnés
        Le vote

        Recensement : Êtes-vous prêt à répondre à toutes les questions même intime malgré une garantie de l'anonymat ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete