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CHINE – Au secours des derniers tigres

vendredi 13 octobre 2017

tigre chine

Il ne resterait que 540 tigres de Sibérie à l’état sauvage sur une zone immense répartie entre le nord-est de la Chine, l’Extrême-Orient russe et peut-être même la Corée du Nord. (Photo : Nicolas Asfouri/AFP)


Liang Fengen a remisé sa carabine voilà treize ans. Dorénavant, il protège les derniers tigres de Sibérie encore en liberté en Chine. La Chine compte aussi quelque 200 élevages de tigres de Sibérie, dont beaucoup font polémique.

C’était un chasseur sans scrupules qui n’hésitait pas à tuer une ourse devant ses petits. Aujourd’hui, il arpente sans fusil les montagnes du nord-est de la Chine avec une mission : protéger les derniers tigres de Sibérie encore en liberté dans le pays le plus peuplé du monde.

Depuis qu’il a remisé sa carabine voilà treize ans, Liang Fengen n’a pas croisé une seule fois le fameux tigre qu’il est censé protéger.

Et pour cause : il n’en resterait que 540 à l’état sauvage sur une zone immense répartie entre le nord-est de la Chine, l’Extrême-Orient russe et peut-être même la Corée du Nord.

Liang Fengen, 61 ans, doit se contenter de traquer déjections et traces de pattes du tigre de Sibérie, le plus gros félin répertorié à la surface du globe. Un mâle peut faire plus de 3,5 m de long, avoir une taille de 1,20 m au garrot et peser jusqu’à 350 kilogrammes.

“Quand je repense à ce que je faisais, c’était vraiment cru”, admet l’ancien braconnier, qui vit dans une petite maison au pied des montagnes de la province du Heilongjiang, frontalière de la Russie.

Sa conversion a été rendue possible par les efforts d’associations comme le Fonds mondial pour la nature (WWF) qui cherchent à mettre à profit la connaissance du terrain d’anciens braconniers.

Chaque matin à l’aube, le garde forestier entame sa randonnée quotidienne à la recherche d’indices qui permettront aux zoologistes d’estimer où en sont les derniers tigres et surtout leurs proies: une carcasse de chevreuil dévoré ici, des crottes de sanglier là…

 

Braconnier de nuit

 

Le tigre de Sibérie a bien failli disparaître dans les années 1940, quand il n’en existait plus qu’une quarantaine d’individus. Ce félin colossal reste “en grand danger d’extinction”, menacé par les braconniers qui cherchent à vendre à bon prix ses os – prisés de la pharmacopée traditionnelle – et prélèvent les autres animaux dont le tigre se nourrit.

Liang Fengen parcourt la forêt en tenue de camouflage. L’hiver, il doit braver une température qui descend allègrement sous les -30 degrés.

Les déjections de tigre qu’il recueille sont utilisées pour détecter l’ADN des animaux. Liang Fengen est équipé d’un GPS qui lui permet d’indiquer exactement où se trouvent les différents indices qu’il a trouvés – une façon de suivre les trajets parcourus par les fauves.

Le terrain n’a pas de secret pour ce nouvel ami des tigres, qui parcourait la montagne dès l’enfance, chassant l’ours et le sanglier pour s’amuser mais surtout pour survivre. Durant les pénuries alimentaires de l’ère maoïste, sa famille avait toujours suffisamment à manger grâce aux sangliers que Liang et son père rapportaient à la maison.

“Pour moi, les animaux étaient là pour être abattus”, dit-il. “Et puis petit à petit, j’ai changé.”

Le changement fut assurément très progressif : recruté comme garde en 2004 par le Bureau des forêts de Suiyang, il reprenait subrepticement la nuit son ancien métier de braconnier…

Mais sa reconversion n’est pas passée inaperçue.

“Tout le monde savait dans le pays que Liang était le meilleur des braconniers”, raconte Jin Yongchao, un responsable du bureau du WWF pour le nord-est de la Chine. Quand il a changé de métier, “ça a influencé beaucoup de monde”.

D’après Jin Yongchao, dans la seule province du Heilongjiang, une trentaine de chasseurs ont comme lui troqué le fusil pour l’uniforme du garde forestier.

Quant à Liang Fengen, il a la foi du converti. “Tant que mes jambes me portent et que le Bureau des forêts a besoin de moi, je continuerai à protéger les tigres de toutes mes forces”, promet le sexagénaire.

AFP

 

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