Chutes, chocs, risque chimique : quelle prévention au travail ?

    vendredi 20 novembre 2015

    Une matinée de prévention des risques chimiques était organisée hier par la Direction du travail. Depuis une loi du Pays
    de 2010, qui contraint les employeurs à veiller à la sécurité de leurs salariés, les accidents du travail régressent. En revanche, le lien entre activité professionnelle et maladie reste parfois encore difficile à établir.

    “En Polynésie française, quand on parle de risque chimique, on se demande souvent où sont les usines chimiques. En réalité, un salarié sur deux est exposé à au moins un produit chimique qui peut représenter un risque caché.”
    Hier, une quarantaine d’employeurs et de représentants du personnel ont assisté à une séance d’information sur les dangers chimiques, organisée par la direction du travail à l’Institut Mathilde Frébault de Papeete.
    Solvants de nettoyage, encre des photocopieuses, poussière de bois, hydrocarbure, peinture… “Il y a des risques d’intoxication, de brûlures, d’explosions, précise Rémy Brefort, directeur du Travail. Ils sont parfois dus à des problèmes d’étiquetage des produits ou de méconnaissance des risques. Il s’agit donc de les faire connaître à ceux qui les manipulent afin qu’ils ne se mettent pas en danger, et à l’ensemble des entreprises afin qu’elles complètent leur évaluation des risques.” Signe que le secteur public reste le principal employeur du Pays, la commune de Mahina était représentée hier par huit responsables. “Depuis qu’une loi du Pays de 2010 oblige les employeurs à veiller à la sécurité des salariés, ce point est devenu très très important dans la gestion du personnel communal”, a reconnu Maire Arapari, en charge de la sécurité des ressources humaines, évoquant par exemple l’exposition des agents d’entretien aux solvants.

    L’obligation de l’employeur

    Au fenua, loin derrière les chutes (21 %) ou les chocs (39 %), les accidents “chimiques” ne représentent pas une part importante des accidents du travail à proprement parler (seuls 3 % d’entre eux sont dus, par exemple, à l’inhalation, l’ingestion ou l’exposition à des substances nocives).
    En revanche, ce risque souvent inodore et incolore soulève de vraies problématiques en termes de reconnaissance des maladies professionnelles.
    “Les conséquences sont souvent à long terme et ne sont pas forcément reconnues comme étant en lien avec le travail”, explique Rémy Brefort. Les anciens du nucléaire en savent quelque chose. Dans le secteur de l’agriculture aussi, l’incidence des pesticides sur l’apparition de maladies reste difficile à quantifier.
    Un ancien agent du Service du développement rural souffrirait aujourd’hui de la maladie de Parkinson.
    “Il utilisait fréquemment des pesticides chimiques sans protection, à une époque où, malheureusement, on était beaucoup moins regardant…”, raconte un représentant du personnel, exhortant à mieux informer les agriculteurs.
    Hier, certains syndiqués se demandaient aussi comment faire sanctionner les employeurs qui ne protègent pas leurs salariés. D’autres s’inquiétaient de l’impact de “produits innovants” sur leur santé.
    Une responsable de l’inspection du travail a rappelé que l’employeur avait l’obligation d’évaluer le risque de chaque nouveau produit utilisé et de mettre en œuvre des plans d’action pour minimiser l’exposition des travailleurs, sous peine d’amende.

    Marie Guitton

    La difficile reconnaissance des maladies professionnelles

    De nombreux travailleurs du fenua, qu’il s’agisse des anciens du nucléaire ou des agriculteurs exposés aux pesticides, ont encore trop de mal à faire reconnaître le lien entre leur activité professionnelle -présente ou passée- et l’apparition de maladies.
    “Lorsque la maladie survient 20 ans après que la personne ait été exposée, évaluer la part de responsabilité de l’activité professionnelle est une question difficile, reconnaît Rémy Brefort, directeur du Travail. Par ailleurs, les médecins et les malades ne pensent pas forcément à faire le lien.”
    Hier, lors d’une séance d’information sur les risques chimiques au travail, un salarié, exposé aux huiles de moteur, a exprimé le souhait qu’une “commission de reconnaissance des maladies professionnelles” voit le jour, afin d’élargir la liste des pathologies reconnues comme des conséquences possibles de telle ou telle activité. Certains types de maux de dos ont été évoqués, ou encore la maladie de Parkinson, apparue chez un ancien agriculteur.
    À ce jour, la Caisse de prévoyance sociale (CPS) enregistre une vingtaine de déclarations de maladies professionnelles par an. “C’est très faible, notamment comparé à la Nouvelle-Calédonie, même si, là-bas, il y a le nickel…”, a réagi Philippe Couraud, représentant du personnel CSTP/FO au Service du développement durable. “Il y a sans doute des efforts à faire en termes d’information des salariés pour qu’on identifie de façon plus systématique ce qui relève d’une maladie professionnelle”, a-t-il estimé.
    Une étude serait sur les rails à la CPS, “afin de déterminer quelle est la part des origines professionnelles pour un certain nombre de maladies.” Elle devrait durer trois ans…

     

    Les accidents du travail : “une branche maîtrisée”

    Les accidents du travail, les accidents de trajet et les maladies professionnelles coûtent 1,7 milliard de francs par an à la Caisse de prévoyance sociale (CPS), sur les 52 milliards de l’assurance-maladie et les 115 milliards de toute la Protection sociale généralisée (PSG).
    Financée par les cotisations des employeurs, “c’est une branche qui est maîtrisée, relativement stable depuis 5 ans”, analyse Vincent Dupont, le directeur adjoint de la Caisse.
    Depuis 2010, une loi du Pays oblige les employeurs à “prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs”, notamment via des “actions d’identification et de prévention des risques professionnels”.
    “Avant, il n’y avait pas de réglementation spécifique par rapport au risque”, rappelle Vincent Dupont. Désormais, les campagnes de prévention se multiplient.
    Voilà trois ans par exemple que la CPS, la médecine et la direction du travail ont décidé de mettre en place des matinées d’informations sur différents thèmes, comme l’évaluation des risques professionnels, le plan de prévention à mettre en œuvre en cas d’appel à des intervenants extérieurs, ou les risques chimiques (lire ci-contre). “Au total, plus de 1000 participants sont venus, représentants plusieurs centaines d’entreprises, se félicite Rémy Brefort, directeur du Travail. Donc aujourd’hui, on voit qu’il y a un intérêt important, tant des entreprises que des représentants du personnel, pour la prévention des risques professionnels.” En 2014, on dénombrait un peu plus de 2 000 accidents liés au travail au fenua. “Le taux d’incidence est désormais moins élevé qu’en Nouvelle-Calédonie ou en Métropole”, se félicite Vincent Dupont. “Il y a beaucoup de progrès depuis une dizaine d’années, mais il reste encore beaucoup à faire”, tempère la direction du Travail. Sans usine chimique, chantiers démesurés ni exploitations de nickel, les travailleurs devraient pouvoir, en effet, encore mieux s’en tirer.

     

    Des chiffres

    > 1,7 milliard
    Les accidents et maladies professionnels coûtent 1,7 milliard de francs chaque année à la CPS : 600 millions de remboursements de frais de santé (hospitalisation et ambulatoire) ; 400 millions d’indemnités journalières ; et 700 millions pour les rentes.

    > 5 morts en 2014
    Cinq personnes sont mortes en exerçant, en se déplaçant pour leur travail ou par suite d’une maladie professionnelle en 2014.

    > Plus de 2 000 sinistres
    2 149 dossiers de sinistres liés au travail ont été enregistrés en 2014, contre 2 565 quatre ans auparavant. S’agissant des accidents du travail, proprement dits, les plus fréquents surviennent à l’occasion de chutes, de chocs ou d’efforts physiques. Les employés et les ouvriers sont les plus touchés en nombre, particulièrement dans les secteurs du BTP, de l’hébergement-restauration, de l’industrie et de l’automobile, où les taux et les indices de fréquence sont les plus élevés.

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