Quand la CIA surveillait le Pacifique sud

    lundi 30 janvier 2017

    cia rapport

    Le site de la Central Intelligence Agency (CIA) sur lequel ont été mis en ligne des dossiers sur le Pacifique sud.

     

    La semaine dernière, la Central Intelligence Agency (CIA), l’agence de renseignement américaine, a mis en ligne les dossiers et les câbles qui s’écoulent de 1947 à 1987. Un océan de données rendu possible suite à un long lobbying d’associations défendant le droit de l’information et à une loi fédérale de 1995, qui n’avait jamais été réellement appliquée. Évidemment, la tentation était grande de regarder ce que la CIA avait bien pu noter sur la Polynésie française et sur le Pacifique sud.

    Les années 80 sont très fournies sur notre région. La guerre froide bat son plein entre la Russie et les États-Unis, et les essais nucléaires ainsi que les réactions qu’ils déclenchent sont abondamment commentés. Ainsi, en 1985, la CIA faisait le point sur les essais en ces termes : “La protestation de la population est alimentée par des articles de presse rapportant que l’atoll de Moruroa est ouvert et qu’il laisse passer de larges bandes de débris radioactifs dans l’environnement. Nous pensons que ces rapports ne sont pas fondés. (…) Nous croyons que les essais français vont continuer avec d’excellents résultats et un effet négligeable sur l’environnement du Pacifique sud.”

    Très vite, on se rend compte que la CIA ne perdait pas une miette de ce qui se passait à Moruroa et Fangataufa. Au point de connaître (et de publier aujourd’hui) les dates des tirs, les conséquences, les mouvements des troupes, etc.

    Dans les années 80, ce sont surtout les mouvements de protestation contre ces essais qui étaient surveillés. En cause, l’opposition au nucléaire de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de Fidji et du Vanuatu, qui refusaient alors que les navires américains croisent dans leurs eaux et fassent halte dans leurs ports. Le rapport de 1983 est alors sans équivoque : “Le Pacific sud, de nouveaux problèmes pour les États-Unis”.

     

    Kadhafi prêt à financer l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie

     

    D’un point de vue diplomatique, les États-Unis épiaient de près les mouvements indépendantistes, surtout en Nouvelle-Calédonie. “L’image placide du Pacifique sud peut être gâchée par le comportement erratique du Vanuatu et les possibles agissements turbulents des indépendantistes en Nouvelle-Calédonie”, explique ce même rapport de 1983.

    Le rapport poursuit : “L’agitation pour l’indépendance en Nouvelle-Calédonie sera probablement le facteur le plus déstabilisant dans le Pacifique Sud pour les cinq prochaines années. Le Vanuatu encourage cette indépendance. La question de la décolonisation, en plus des essais nucléaires, fera de la France la cible principale des critiques du forum du Pacifique sud. Nous doutons que la France puisse proposer une solution politique viable en Nouvelle-Calédonie dans les cinq prochaines années. (…) Paris a probablement calculé qu’en donnant un semblant d’ouverture à l’indépendance pour la Nouvelle-Calédonie, cela calmera la pression des pays du Pacifique sud à demander l’indépendance de la Polynésie française.”

    La CIA surveillait les velléités indépendantistes à une époque où les alliés se comptaient tous les matins au petit-déjeuner. En 1987, un autre rapport diplomatique établissait alors que “l’Union soviétique essaie d’étendre son expansion dans les courants de gauche dans le Pacifique sud, surfant sur la contestation des essais nucléaires. Moscou continuera à agiter les relations de confiance entre les États-Unis et les îles du Pacifique et se montrera contre les règles françaises de la Nouvelle-Calédonie.” Un document qui se concluait ainsi : “Le sentiment antinucléaire peut servir les intérêts russes dans la région.”

    Enfin, la paranoïa américaine allait même jusqu’à prêter à la Nouvelle-Calédonie de sombres intentions.

    “L’indépendance de la Nouvelle-Calédonie est un des sujets majeurs de l’intérêt de Tripoli dans la région. Les dirigeants libyens ont officiellement appuyé la demande d’indépendance de ce territoire. Nous pensons que ce soutien de Kadhafi pour libérer les colonies françaises est en réaction avec l’attitude du gouvernement français qui soutient les pays pro-occidentaux en Afrique, notamment le Tchad. (…) Nous pensons que Tripoli est prête à financer des combattants de l’indépendance en Nouvelle-Calédonie. Ce soutien pourrait prendre la forme de camps d’entraînement.”

    Chaque année, de nouvelles pages alimenteront le site de l’agence américaine. Qui sait ce qui pourrait encore y figurer ?

     

    Bertrand Prévost

     

     

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