Ciguatera – Quand la traçabilité fait défaut

    jeudi 4 février 2016

    Des échantillons prélevés sur une dizaine d’espèces de poissons ont montré que 42 % des produits testés présentaient un risque toxique pour le consommateur. Les chercheurs souhaitent la mise en place d’une procédure de traçabilité des poissons en provenance des îles. Chaque mois, ce sont entre trois et cinq personnes qui doivent être prises en charge d’urgence à l’hôpital suite à une intoxication sévère à la ciguatera.

    Dans le cadre d’un programme de recherche et de surveillance sur la ciguatera, des chercheurs   de l’institut Louis-Malardé (ILM) et de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ont réalisé des tests sur un échantillon de poissons en provenance de Faaite et Katiu, aux Tuamotu.
    Vingt-six spécimens, de type daurade, nazon, bec de cane, perroquet…, destinés à la vente, ont été testés.
    Les chercheurs ont pu constater que l’échantillonnage présentait un risque toxique potentiel pour le consommateur de l’ordre de 42 %.
    Trois des poissons testés présentaient des teneurs en ciguatoxines très élevés, impliquant l’assurance d’une contamination, comme le commente Taiana Darius, l’une des chercheurs : “On est quasiment certain que les personnes qui ont consommé ces poissons ont fait une intoxication derrière”.
    Si ce chiffre est relativement affolant, il est cependant à prendre avec des pincettes, selon les scientifiques qui s’expliquent : “Nous avons réalisé ce test au hasard, car nous voulions nous faire une idée du risque potentiel. Malheureusement, ce n’est pas un support suffisant, car nous n’avons pas réalisé d’autres prélèvements les jours d’après, ni dans les magasins, ni au marché, ni dans les restaurants.”

    Une réglementation en berne

    Ces résultats ne surprennent cependant pas les chercheurs, mais ils considèrent qu’il s’agit d’une photographie instantanée non exhaustive, notamment à cause du manque de traçabilité. “Les prélèvements effectués concernaient une dizaine d’espèces qui, on le savait, venaient de plusieurs îles, mais les poissons étaient tous dans un même bac, rien n’indiquait leur provenance”, explique Mireille Chinain, chercheur à l’ILM, qui souhaiterait voir la réglementation évoluer. “Quand on va dans un supermarché acheter un ma’a tinito, on sait qui l’a fait. Cela signifie que le gouvernement a réussi à imposer cette règle de traçabilité qui permet, lors d’une intoxication alimentaire, de remonter jusqu’au traiteur. Si l’on pouvait au moins connaître l’île de provenance du poisson, on pourrait remonter jusqu’aux pécheurs de l’île, non pas pour faire de la répression, mais de l’information et de la prévention. On pourrait leur dire “laissez tomber cette zone de pêche pour l’instant, car elle présente un risque”. La ciguatera est un phénomène naturel, il n’est pas figé. La ciguatera migre. Malheureusement, si l’on ignore d’où vient le poisson, quels sont nos moyens d’action ?”
    Une autre réglementation, qui date de 1939, fait état de treize espèces de poissons interdites à la vente sur les étals du marché. Or, pour les chercheurs de l’ILM, cette réglementation n’est pas pertinente et doit évoluer. “Encore une fois, l’importance, c’est l’origine du poisson et non pas l’espèce. Une même espèce peu être parfaitement saine à Tikehau et complètement dangereuse si elle provient d’un autre lagon. Il ne faut pas condamner une espèce, mais connaître les zones des lagons où les risques de ciguatera sont grands”, ajoute Mireille Chinain.

    Trois à cinq hospitalisations par mois

    De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que la situation est nettement préoccupante lorsque le taux d’incidence est supérieur à 100 cas pour 10 000 habitants. Force est de constater que ce seuil est largement dépassé dans plusieurs îles des Tuamotu, comme Fakarava, Anaa, Makemo, mais aussi à Mangareva, aux Gambier, ou encore aux Australes à Raivavae et Rapa. Rapa qui a d’ailleurs enregistrée près de 1 000 cas en 2010.
    Selon un urgentiste, chaque mois, trois à cinq personnes sont hospitalisées à cause d’une intoxication grave à la ciguatera. Pour 2015, entre les personnes ayant consulté un médecin et celles qui se sont auto médicamentées, ce sont plus de 1 500 personnes supplémentaires qui ont été intoxiquées sur l’ensemble de la Polynésie. Un chiffre en deçà de la réalité selon les chercheurs : “Nous ne sommes pas systématiquement au courant des cas déclarés de ciguatera, certains médecins nous les signalent, d’autres non. Officiellement, ce sont 376 cas qui nous été rapportés par les professionnels, ce chiffre peut probablement être multiplié par dix”, précise Clémence Gatti, chercheur à l’ILM.

    Jennifer Rofes

    Ciguatera-online

    Mireille Chinain, chercheur, chef d’unité à l’institut Louis-Malardé : “Nos écosystèmes ne sont pas uniquement contaminés par les toxines de la ciguatera”

    Quelles sont les îles les plus touchées par la ciguatera ?
    Il y a des lagons à risque clairement, notamment Fakarava et Mangareva. À Mangareva, on a une biodiversité de la gambierdiscus (micro-algue renfermant les ciguatoxines, NDLR) dans la baie de Rikitea qui est exponentielle. On connaît en Polynésie six espèces de gambierdiscus. En un prélèvement, on a retrouvé les six espèces présentes sur le site, c’est énorme. Généralement, dans d’autres îles, on va trouver une, voire deux espèces.

    Existe-il des lagons moins touchés ?
    Il n’y a pas de risque zéro. Mais c’est vrai que Tikehau n’est pas vraiment concerné.

    Est-ce compliqué de mettre en place une traçabilité obligatoire ?
    Je ne pense pas. Il s’agit d’obliger l’étiquetage du lot proposé à la vente. La prévention passe par l’information. Si on avait déjà le nom de l’île dans laquelle le poisson a été péché, ça changerait beaucoup.

    Pourquoi, lors d’un phénomène El Niño, le risque de prolifération de la micro-algue est-il multiplié ?
    En cas de cyclone, par exemple, deux phénomènes touchent le corail : la houle forte qui peut le casser et les températures élevées qui peuvent provoquer le blanchissement naturel du corail et donc le tuer. Mais une zone ne devient pas ciguatérée du jour au lendemain, cela prend au moins un an. Le temps que le corail meurt, qu’il soit recouvert de macro-algues puis que poussent les micro-algues… il faut compter un an.

    Vous avez observé l’apparition de nouvelles toxines. Comment est-ce possible ?
    C’est toujours pareil, on ne trouve que ce que l’on cherche. Pendant 40 ans, on a focalisé les recherches sur la ciguatera et les toxines de la ciguatera. Aujourd’hui, on se rend compte que nos écosystèmes ne sont pas uniquement contaminés par les toxines de la ciguatera. Il y a d’autres micro-algues qui produisent des toxines qui s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Donc, on peut manger une ressource du lagon multicontaminée. L’intoxication sera donc plus grave.

     

    La ciguatera n’est plus seule, de nouvelles toxines observées

    Avec les changements, phénomènes et réchauffements climatiques, la ciguatera est en nette progression sur le territoire, mais aussi dans le monde. L’importance d’une surveillance accrue devient donc urgente, d’autant que les scientifiques savent qu’avec un phénomène El Niño en cours, tous les facteurs sont réunis pour augmenter la prolifération de la gambierdiscus dans nos eaux. Ce phénomène est d’autant plus inquiétant qu’en parallèle, les chercheurs observent, depuis peu, d’autres toxines susceptibles d’être également à l’origine d’intoxications. Elles proviennent de micro-algues déjà présentes dans les lagons, mais qui, jusqu’alors, n’étaient pas assez importantes pour constituer une menace. Aujourd’hui, elles aussi ont proliféré, ce qui inquiète les scientifiques. “Aujourd’hui, on se rend compte que lorsqu’un produit marin présente une intoxication – les poissons, mais aussi de plus en plus de bénitiers, de troca et d’oursins – ce n’est pas uniquement dû à la toxine de la ciguatera, il y a autre chose dedans”, expliquent les chercheurs qui ont dû se rendre récemment à Nuku Hiva, aux Marquises, suite à une intoxication par troca et oursins. “On a retrouvé de l’azadinium, une micro-algue qui produit des toxines appelées azaspiracides. Jusqu’alors, l’azadinium n’était pas répertorié en Polynésie. Or, on sait qu’en très grande teneur dans les coquillages, ça provoque des troubles gastro-intestinaux”, raconte Clémence Gatti, chercheur à l’institut Louis-Malardé.
    Cette découverte montre que les poissons et fruits de mer du lagon présentent d’autres risques de contamination, comme le confirme Clémence Gatti, qui va même plus loin : “On est aujourd’hui quasiment persuadé que le poisson herbivore peut s’intoxiquer simultanément avec des ciguatoxines et des azaspiracides.”

     

    alain 2016-02-06 15:50:00
    c'est vrai que le barracuda 2 pourcent c'est bien trop peu...on le sait d'experiences.
    Alexander 2016-02-06 11:56:00
    barracuda 2 % !!

    n'importe quoi ! Evidement les chiffres sont erronne's car pour faire des % exacts il faudrait deja etre capable de prelever les poissons en quantite' necessaire et suffisante aux fin d'examens et donc egale, et pas seulement de prendre majoritairement des Loches et Merous ( Tonu , Kitto )
    qui eux sont tres faciles a flinguer !
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