Cinq ans de prison pour le violeur “bébé lala”

    mardi 6 décembre 2016

    assises

    Huit clos partiel, hier, aux assises de la Polynésie française. (© Christophe Cozette)

     

    Hier, toute la journée, s’est tenu aux assises, un procès pour viols commis sur une mineure de moins de 15 ans. Les faits se sont déroulés en novembre 2012, aux Marquises du Nord. Sans public, mais avec la presse soit en huit clos partiel, le procès entamé à huit heures s’est terminé aux alentours de 17 h 30, avant que les sept jurées – que des femmes – et les magistrats se retirent pour délibérer.

    Les accusés étaient au nombre de deux, mais le plus jeune, âgé de 11 ans aux moments des faits, a déjà été condamné par le tribunal des enfants, aux Marquises, en début d’année. Le second, âgé de 19 ans en novembre 2012, comparaissait libre après avoir déjà passé un an en prison, suivi de deux années avec un bracelet électronique. Aujourd’hui, il est toujours sous contrôle judiciaire, à Moorea.

    La victime, présente hier, accompagnée de sa maman, vient de fêter récemment ses 13 ans et en avait presque 9, à l’époque des faits. Ce 17 novembre 2012, c’est l’ouverture du championnat de volley-ball dans cette île du nord des Marquises.
    Un sport que Tea* affectionne. Sur son chemin du retour habituel, elle croise Here*, 11 ans et Moana*, 19 ans. Le premier est en CM2, l’autre, célibataire et sans enfant à l’époque des faits, aide son oncle, soit dans les champs, soit sur l’eau, pour la pêche.
    Tea suit Here dans la maison de son père, qui n’est autre que l’oncle de Moana, et lui avoue qu’il a envie de lui faire l’amour.

    Les deux jeunes se connaissent et auraient même déjà flirté et plus si affinités, selon les versions fort nombreuses des uns comme des autres, tout au long de l’enquête.

    Tirée par le bras puis non, seulement avec Moana, puis avec Moana et Here, pénétrée puis pas vraiment, sodomisée puis non : les versions divergent lors des sept témoignages de la victime, ce qui a fait dire au conseil de l’accusé que  “tout le monde a plus ou moins menti dans ce dossier”.

     

    Viols buccal et vaginal

     

    Les seuls faits, reconnus par tous, est que Here a tenté de pénétrer Tea, puis Moana a introduit son sexe dans la bouche de la fillette, avant de tenter de la pénétrer à son tour, mais cette dernière, se serait plainte d’avoir mal. Moana se masturbe alors, jouit sur Tea puis l’essuie avec un chiffon, avant de lui vaporiser du déodorant sur son ventre et que tout le monde se rhabille.

    Tea en parle à ses amies et l’information se répand à grande vitesse “dans ce village, plein de secrets mais où tout se sait”. Moana, jean, tee-shirt noir, tempes rasées, a été peu prolixe hier, mais a tenu à s’exprimer en français.

    Selon l’expert appelé à la barre, Moana est un “bébé lala”, loin d’avoir dans la tête les 19 ans de son corps. Pas pervers, ni psychopathe, ni pédophile, les dangers d’une récidive sont nuls, selon l’expert. Divers témoins ont ensuite pris parole, face à la cour. “Pourquoi les a-t-elle suivis”, s’est interrogé le père de Here, Marquisien bien bâti.

    “Moana était très gentil quand nous nous sommes fréquentés durant un mois”, a précisé l’ex-petite amie de l’accusé, qui parle d’un “petit village aux grands secrets”. C’est d’ailleurs elle qui prévient la mère de Tea, le lendemain du drame, “pour ne pas que cela reste impuni”.

    À la barre, Here ne dira simplement que quelques mots en marquisien. “J’ai préparé le lit avec elle”, a-t-il déclaré, n’émettant aucun regret. Pour l’avocate de la partie civile, cela ne fait aucun doute, la victime a été victime “d’un traquenard” et “a été happée par ses prédateurs”.

    Quant à l’avocat général, nombreux chiffres à l’appui, cela ne fait pas de doute, il y a bien eu viols, buccal et vaginal, trouvant même “assez glauque de passer du déodorant”. Il a requis dix ans de réclusion criminelle à l’encontre de Moana.
    Son avocate, Me Chouini, apparemment émue, mais bien moins que son client, prostré sur sa chaise, mouchoir en main, a trouvé ces “réquisitions stupéfiantes”.

    “Il ne l’a pas pénétrée, c’est l’expert qui le dit”, a-t-elle martelé, à de nombreuses reprises, que la victime est toujours vierge. “On reproche à quelqu’un quelque chose qui ne s’est pas passé”, a-t-elle conclu, mi-émue, mi-agacée. L’accusé, enfin, a tenu à exprimer ses regrets à sa victime, mais aussi à la famille de cette dernière. “Je ne ferai plus jamais cela”, a-t-il dit, entre deux sanglots.

    Après un peu plus d’une heure de délibération, la cour a condamné Moana à cinq de prison.

     

    Compte-rendu d’audience, Christophe Cozette

    * prénom d’emprunt

     

     

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