Clipperton, un atoll aux multiples enjeux

    jeudi 21 janvier 2016

    Jusqu’au 26 février, la bibliothèque universitaire présente l’exposition “Île de la Passion (Clipperton), un laboratoire unique à ciel ouvert”, qui retrace l’expédition scientifique internationale Passion 2015, qui s’est tenue sur l’atoll en avril dernier.  Le géographe Christian Jost, en charge de l’expédition, avait convié le député Philippe Folliot, ardent défenseur des outre-mer, à joindre les chercheurs au cours de leur mission sur l’atoll.  Premier élu de la République à fouler le sol de Clipperton, Philippe Folliot a décidé de prendre en main “l’avenir” de cette île, en y implantant notamment une base scientifique à vocation internationale.

    Jusqu’au 26 février, la bibliothèque universitaire présente l’exposition “Île de la Passion (Clipperton), un laboratoire unique à ciel ouvert”. À travers cinq panneaux thématiques et une vingtaine de photos sublimes prises par Stéphane Dugast, cette exposition retrace l’expédition scientifique internationale Passion 2015, qui s’est déroulée sur l’atoll en avril dernier. Cette mission a été menée par le géographe et professeur de l’Université de la Polynésie française, Christian Jost, qui étudie l’île depuis plus de vingt ans.
    Après une première mission sur l’atoll en 1997, Christian Jost a monté sa propre expédition, Passion 2001, cette année-là. Celle-ci a été l’occasion pour lui de réaliser un premier inventaire et une cartographie de l’atoll, qu’il complétera en 2013 à l’occasion d’une nouvelle mission, appelée Passion 2013.
    En avril 2015, le géographe décide de lancer une troisième expédition, Passion 2015, sur l’atoll du bout du monde, à laquelle participeront des chercheurs du Mexique, de La Réunion, de Nouvelle-Calédonie, de métropole et de Polynésie française.

    Le premier élu de la République sur l’atoll

    “Ce sont toujours des missions très longues car on ne peut se rendre à Clipperton que par bateau. Il faut compter un minimum de quatre à cinq jours de voyage en partant des côtes mexicaines mais, cette fois-ci, le départ s’est fait depuis Tahiti, donc 15 jours de bateau ont été nécessaires, car l’atoll est situé à 6 000 kilomètres de nos côtes. Nos missions durent donc chaque fois entre quatre et cinq semaines. C’est assez contraignant.”
    Pour l’expédition Passion 2015, Christian Jost est parvenu à convaincre le député du Tarn Phillipe Folliot, ardent défenseur des outre-mer, de rendre visite aux chercheurs de la mission 2015 sur l’atoll du bout du monde. Philippe Folliot est ainsi devenu le premier élu de la République à fouler le sol de Clipperton.
    “Il a répondu à notre invitation très rapidement. Il s’est rendu au Mexique. De là, il a embarqué sur la frégate F731 Prairial qui nous avait déposés au préalable sur l’île et nous a rejoints pour les derniers jours de mission. Il est le premier élu de la République à s’être rendu sur place et à porter dans les plus hautes sphères de l’État le message suivant : “Occupons-nous de cette île””, raconte Christian Jost. À l’issue de son voyage sur l’île de la Passion, le député du Tarn adresse une lettre aux ministres des Outre-mer, de la Défense et de l’Écologie et de l’Environnement, pour leur parler du potentiel de Clipperton et les convaincre de prendre en main “l’avenir” de cette île.

    Ravitaillement et travaux depuis le fenua

    “Clipperton ne doit pas rester en jachère. La France doit valoriser cet atoll et ses richesses, et y exercer sa souveraineté”, explique Philippe Folliot. Il est alors chargé par le Premier ministre d’étudier l’opportunité et la faisabilité d’implanter une station scientifique à vocation internationale sur l’atoll.
    Présent au fenua depuis le 10 janvier, Philippe Folliot est reparti hier. Au cours de son court séjour, il s’est notamment penché sur le statut juridique de Clipperton.
    “Clipperton n’a pas de statut juridique, à proprement parler, actuellement. Il a fallu réfléchir avec le haut-commissaire aux moyens à déployer pour surveiller et étudier l’île à l’instar du modèle mis en œuvre pour les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) qui présentent de grandes similitudes avec Clipperton”, explique le député.
    Il s’est également penché sur de nombreux éléments relatifs à la future base scientifique : le ravitaillement de celle-ci, qu’il souhaiterait effectuer en provenance de Tahiti, malgré les distances, et les travaux d’infrastructures qui concernent l’ouverture de deux passes et la construction d’un abri anticyclonique.
    “On a regardé ce qu’il en est. Je pense qu’il serait intéressant que ce soit des entreprises polynésiennes qui puissent participer aux travaux de la construction de ce bâtiment”, explique-t-il. D’autres points devraient également être pris en charge par les entreprises polynésiennes, comme la dératisation de l’île, le nettoyage des plages et la surveillance de la zone économique exclusive.
    “Il ne s’agit pas de faire de Clipperton la 119e île de la Polynésie, mais par contre, il y a un intérêt pour elle de garder ce lien avec cet atoll. Nous ferons tout notre possible pour que cette base scientifique à vocation internationale soit faite à partir de la Polynésie, plutôt qu’à partir du Mexique ou d’autres pays”, s’est exprimé le député.

    É.P.

    Géostratégie, économie, environnement, écologie… des perspectives majeures pour la France

    Longtemps considéré comme un petit caillou sans intérêt perdu au milieu de l’océan Pacifique, Clipperton présente en réalité des enjeux majeurs, tout d’abord géostratégiques et économiques : “J’aime à rappeler ces deux chiffres très parlants. La zone économique exclusive de la France métropolitaine est de 345 000 km2. La zone économique exclusive de l’île de Clipperton est de 436 000 km2, soit plus que la France métropolitaine. Certes, elle est moins importante qu’en Polynésie française où elle s’étend sur presque 5 millions de km2, mais elle représente quand même un enjeu important”, explique le député du Tarn, Philippe Folliot.
    “Par ailleurs, si la France est très présente dans le Pacifique sud, au travers de la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna, elle n’est présente dans le Pacifique nord que par le biais de Clipperton, d’où l’intérêt de mener une action sur cette île pour pouvoir asseoir la souveraineté de la France sur cette région du monde”, poursuit-il.
    Ce petit atoll du bout du monde représente aussi des enjeux environnementaux et écologiques très importants, parce que c’est le seul oasis de vie entre les îles Revillagigedo du Mexique au nord et les îles Galapagos au sud.
    “On a des migrations d’espèces qu’il convient d’étudier. C’est également une nurserie avec des animaux endémiques que l’on ne trouve que sur ce bout de terre. C’est aussi le seul  point fixe pour les études et les validations des données satellites et pour analyser les relations océan-atmosphère, pour les études d’El Niño”, explique Christian Jost.
    Pour le géographe, Clipperton est une “microplanète” qu’il convient d’étudier, un microcosme qui est le reflet, en tout petit, de ce qui se passe à l’échelle du globe : luttes intercommunautaires à la fois animales et végétales, changements climatiques ou encore pollution grandissante, causée par les déchets humains.

    Un laboratoire scientifique pour affirmer la souveraineté française

    Pour le géographe et le député, la seule façon de contrôler la ressource qui est prélevée de Clipperton abusivement, sans contrôle de la protection du milieu, et d’affirmer la souveraineté française, c’est d’avoir une occupation et une représentation permanente. C’est pourquoi ils ont comme projet d’implanter sur place une station scientifique d’une dizaine de personnes, ouverte à l’international, qui permettrait aux scientifiques de tous les pays de venir étudier les conditions dans cette région du monde.
    “La base scientifique de Clipperton permettra d’étudier tous les impacts relatifs au réchauffement climatique et tous les éléments relatifs à la biodiversité de ce lagon avec certaines espèces endémiques et à la “connectivité des milieux” terrestre et marin, parce que cette île est l’une des plus isolées au monde. Une terre qui est à plus de 1 000 kilomètres d’une autre, il n’y en a pas beaucoup dans le monde. Avec cette base scientifique, nous souhaitons faire d’une pierre deux coups : d’un côté, assurer la souveraineté française de manière pérenne sur cette île et sur la zone économique exclusive de celle-ci, et d’un autre côté, apporter à la communauté scientifique internationale un outil qui va permettre d’avoir une capacité d’étude intéressante en ce qui concerne ce milieu spécifique”, détaille le député du Tarn Philippe Folliot.

    Indicagou 2016-01-23 16:46:00
    Excellent article, très bien documenté, sans erreur (juste le 6000km de Tahiti au lieu de 5200km). Il est suffisamment rare de trouver des articles aussi bon sur la forme que respectant le fond, qu'il faut saluer et féliciter le travail de Elenor Pelletier.
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