Le permis pour les îles et une fourrière en 2017

    jeudi 6 octobre 2016

    route

    Les codes de la route spécifiques aux îles, dévoilés hier à La Dépêche de Tahiti, seront prochainement envoyés dans les archipels. (Photo : Florent Collet)

     

    Nous évoquions récemment, dans nos colonnes, l’obligation, en métropole, de porter des gants pour tous les pilotes de deux-roues. Une mesure qui ne sera pas appliquée en Polynésie, qui dispose de son propre code de la route. Comment ce dernier évolue-t-il ? En fonction de quels critères ?

    Chantal Serra, directrice des transports terrestres, et Patrice Perrin, conseiller technique en charge des transports au ministère des Transports intérieurs, tous deux membres du comité chargé d’évaluer et de faire évoluer le code de la route, ont répondu à nos questions. Ils nous dévoilent également les détails de la mise en place de la capacité de conduire, le permis des îles pour les voitures, motos et poids lourds, ainsi que de la future ouverture d’une fourrière à Tahiti.

     

     

    En métropole, à partir du 20 novembre, les gants seront obligatoires pour les conducteurs de deux-roues et leur passager. Ce n’est pas le cas en Polynésie. Pourquoi ?

    Patrice Perrin : Si ce n’est pas respecté, cela ne sert à rien. Les forces de l’ordre n’arriveront pas à tout sanctionner et à faire changer les comportements. C’est plus au niveau de l’éducation routière que celui de la réglementation qu’il faut que l’on avance sur ces points-là. Il y a une différence entre la conduite qui est dangereuse pour tout le monde et des habitudes et des comportements qui concernent essentiellement le conducteur. Beaucoup de deux-roues font du wheeling (cabrage, NDLR), on ne leur dit pas grand-chose. On peut imposer pantalon, veste et chaussures fermées, les pilotes ne le feront pas.

     

    Cela est pourtant imposé aux enfants de moins de 12 ans…

    Patrice Perrin : Oui, car ce sont des enfants, c’est important et ils n’ont pas à subir tout cela.
    Chantal Serra : Douze ans, c’est la limite entre l’enfant et l’adolescent.

     

    Mais lorsque l’on chute, la route est toujours plus forte que l’humain âgé de plus ou moins de 12 ans.

    C.S. : Lorsque nous avons fait la réforme applicable au 1er avril 2014, nous avons surtout ciblé les règles d’usage sur la route. Nous avons beaucoup travaillé avec les forces de l’ordre et le procureur. Il était nécessaire de moderniser le code car il y avait beaucoup de règles concernant les giratoires qui n’étaient pas dans le code alors que cela avait fleuri sur l’île, il fallait mettre à jour. Il y avait aussi beaucoup de signalements des forces de l’ordre d’enfants à pied ou en vélo sur la route ou qui faisaient du skate ou du patin à roulettes. Tout cela, nous avons dû le mettre par écrit pour recourir à la
    sanction.

     

    Cela signifie que vous vous adaptez aux usages. Il y a un nombre important d’accidents de jeunes en deux-roues. Cela mériterait-il de renforcer la loi ?

    C.S. : Nous avons quand même beaucoup avancé sur ce sujet puisque nous avons revu le brevet de sécurité routière (BSR) en ajoutant plus d’heures de formation, passant de deux à cinq, et en le rendant obligatoire pour tous les jeunes nés après le 1er janvier 2000. Nous avons aussi mis en place la capacité de conduire dans les îles.

    Pour les motos, statistiquement, nous avons moins d’accidents graves car ce sont des personnes qui ont reçu une formation que n’ont pas les jeunes conducteurs. Lors du dernier comité, il avait été décidé de former les 125 cm3. Cela n’est pas encore fait, mais c’est acté par le comité. Jusqu’à maintenant, au bout de deux ans avec le permis automobile, l’équivalent était donné mais sans formation. Nous voulons mettre en place une formation obligatoire de sept heures pour apprendre aux gens à conduire.

     

    Vous expliquez ne pas faire de loi pour les gants ici car ce ne serait pas appliqué par la population. Cela signifie que dans d’autres pays, on est capable d’appliquer des lois et pas ici ?

    P.P. : On pourrait les faire appliquer ici aussi mais si c’est pour avoir plein de contraventions sans que cela change les comportements, cela ne vaut pas le coup. Avec le BSR, avec la formation sécurité routière que l’on fait dans les écoles, en exigeant que les enfants soient équipés, nous souhaitons que les jeunes adoptent des comportements qu’ils conserveront en étant adolescents, car ils auront pris l’habitude. Faire changer tout de suite le comportement d’adolescents qui veulent frimer, c’est un peu illusoire. C’est plus par l’éducation que nous allons y arriver. Il y a déjà pas mal de gens qui mettent des gilets alors que ce n’est même pas obligatoire.

    C.S. : Nous savons très bien que l’on peut faire toutes les réglementations que l’on veut, si derrière ce n’est pas contrôlé, c’est comme si nous n’avions rien fait. Nous faisons un travail avec les forces de l’ordre pour savoir si les dernières mesures qui ont été prises sont effectivement appliquées sur le territoire. Ce bilan doit être fait.

     

    L’impression est sûrement subjective mais l’obligation de chaussures fermées, de manches longues et pantalon pour les moins de 12 ans ne donne pas l’impression d’être suivie…

    C.S. : Je suis d’accord, je suis la première à le constater. Le problème, c’est que je ne suis pas gendarme. Cela vaut aussi pour les piétons. Hier, je voyais une jeune femme distribuer des choses parmi les véhicules. Elle avait un tricot rouge mais pas de gilet, ce qui est obligatoire.

    Nous mettons en place des mesures mais les gendarmes ne s’en servent même pas. Ils nous demandent de faire de nouvelles mesures, mais c’est du  travail. Nous faisons des études avant la mise en place de nouvelles règles. C’est lourd à mettre en place et nous avons d’autres priorités.

     

    Quelles sont-elles ?

    C.S. : En ce moment, nous mettons en place la capacité de conduire, c’est beaucoup de
    travail.

    P.P. : La capacité de conduire fait partie des nouveautés par rapport à la métropole, pour que les gens des îles puissent avoir un titre qui leur permette de conduire dans leur archipel. Cela ne sera pas reconnu à Tahiti, Moorea, Raiatea et Taha’a et encore moins à l’extérieur, mais au moins, il y aura un peu d’apprentissage avec des guides. Cela a été adopté par l’assemblée au mois de juillet.

     

    Qu’est-ce qui varie par rapport au permis de conduire obtenu jusque-là ?

    P.P. : L’épreuve théorique est un peu plus légère et l’épreuve pratique ne reprend pas tous les dangers. Cela est fait pour les îles où il n’y a quasiment pas de giratoire, une seule route et une faible densité de population, peu de risques, peu de priorités à droite. Ils apprennent à conduire dans leur île ou archipel pour pouvoir se déplacer là-bas.

    C’est applicable depuis juillet. Les documents sont terminés, vous êtes le premier média à les voir et nous allons commencer à les distribuer dans les îles pour faire passer les épreuves en 2017. Nous avons fait une convention avec la gendarmerie mais elle doit être adoptée par l’assemblée pour que les forces de l’ordre puissent faire passer l’examen.

    C.S. : Il y aura un parcours qui ne sera pas sur la route, mais nous travaillons avec les communes pour avoir une aire, un peu comme cela existe pour le permis moto. Nous avons été amenés à faire cela car il y allait de notre permis qui a une valeur nationale et internationale. Si un accident s’était produit en métropole, cela aurait pu mener à une enquête de préfecture et à la suppression de la reconnaissance. Il fallait quand même montrer que nous avons un niveau de permis équivalent à celui de la métropole.

     

    Il y a une spécificité des îles par rapport à Tahiti. En va-t-il de même pour Tahiti par rapport à la métropole ou les grands pays ?

    P.P. : Oui, il y a des spécificités et nous avons la compétence, donc on adapte des choses par rapport à Tahiti et aux îles.

    C.S. : Par exemple, les gens en deux-roues qui font du wheeling sont sanctionnés en Polynésie, ce n’est pas le cas en métropole. Ici, il est aussi interdit de laisser les enfants de moins de 8 ans circuler ou stationner sur la voie publique sans être accompagné ou surveillé par un adulte. Nous l’avons fait car nous voyons des enfants qui traînent.

     

    En évoquant la question des gants de moto avec le ministre Albert Solia, celui-ci disait que pour équiper les enfants de pantalons et chaussures, il y avait beaucoup de réticences, y compris des journalistes. Le politique ne veut pas prendre de décisions trop impopulaires en pensant aux élections suivantes ?

    P.P. : Vous n’attendez tout de même pas que je vous réponde oui (sourire).

    C.S. : Quand la personne n’a pas conscience de son intérêt quand une mesure est prise, il est sûr qu’elle fera tout pour y échapper. En revanche, ceux qui ont conscience, mesure ou pas, ils feront le nécessaire.

     

    Mais cela est applicable pour tout, comme le taux d’alcoolémie, certains diront qu’ils peuvent conduire après avoir bu six bières.

    P.P. : Il faut tenir compte des comportements. Les jeunes vont se faire charrier s’ils viennent en chaussures fermées, avec un blouson, un pantalon et des gants. Ils auront chaud, toutes les salles ne sont pas climatisées.

     

    Et cela est primordial par rapport à un séjour à l’hôpital, qui  aura en plus un coût pour l’ensemble de la société ?

    P.P. : Ce n’est pas primordial, mais d’imposer une mesure en sachant que ce ne sera pas appliqué parce qu’il y a plein de contraintes de la société qui font que… La priorité est plutôt l’éducation.

     

    D’autres mesures ont été contraignantes, comme les équipements pour voyager à l’arrière d’un pick-up, et pourtant cela a fonctionné. Tous les changements sont forcément contraignants…

    C.S. : On peut mettre en place toutes les mesures que nous voulons, s’il n’y a pas de contrôle derrière…

     

    Il n’y a pas de contrôle derrière ?

    P.P. : Pas assez.

    C.S. : Je ne peux pas dire qu’il n’y a pas assez de contrôles, mais ils ne sont pas forcément assez ciblés par rapport aux mesures qui sont prises. Mais c’est le bilan que nous demandons. Par exemple, qu’en est-il pour le téléphone au volant.

     

    Là aussi, c’est contraignant et cela a été mis en place…

    P.P. : Cela a été mis en place mais il y a plein de gens qui téléphonent encore, c’est pareil pour les vitres teintées.

     

    La capacité de conduire était une priorité. Quelles autres évolutions envisagez-vous ?

    P.P. : Comme nous l’avons indiqué, c’est la formation sur les 125 cm3, pour que les conducteurs ne prennent pas une moto sans formation préalable, même pour ceux qui ont le permis voiture, car les gens ne sont pas formés. Conduire une moto est spécifique.

    C.S. : Et il ne faut pas prendre trop de mesures car à chaque fois, c’est un tollé incroyable. Pour les vitres teintées, cela a fait un ramdam, pour les gilets aussi.

     

    Et cela doit vous préoccuper s’il y a un tollé dans la population ?

    P.P. : C’est du boulot en plus qu’il faut gérer. Il faut répondre, communiquer.

    C.S. : À la différence de la métropole, ici, c’est un petit pays, et dès qu’il y a quelque chose, on saisit le politique et les journalistes, et après, c’est la boucle infernale. Il y a une autre mesure sur laquelle nous travaillons, nous l’avions annoncé en 2014, c’est la mise en place d’une fourrière qui pourrait exister dès 2017. Nous allons lancer les choses avant la fin de l’année.

     

    Que visez-vous avec cette première fourrière ?

    C.S. : C’est un outil que l’on donne aux forces de l’ordre pour réguler tous les dysfonctionnements sur la route. Il y a les stationnements qui concernent beaucoup Papeete, mais c’est aussi pour immobiliser les véhicules. Il y a eu la mise en place du sabot de Denver, c’est parce qu’il n’y a pas encore de fourrière. Cela concernera les infractions graves ou multiples. Certaines mesures sont difficilement applicables car il n’y a pas de lieu où stocker.

     

    Propos recueillis par
    Florent Collet

     

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