Le collège de Taunoa à l’heure du SMS antichape

    mardi 27 septembre 2016

    sms

    Le jour du reportage, seules neuf absences sur 45 ont été justifiées par les parents. (Photos : Florent Collet)

     

    Douze des 14 lotissements sociaux de la capitale orientés vers le collège de Taunoa et 90 % d’élèves boursiers. Comme l’explique le conseiller principal d’éducation, Aroma Hintze, “il n’y a pas de mixité sociale ici”. Autant dire qu’au collège de Taunoa, peut-être plus qu’ailleurs, l’absentéisme, ou chape comme l’appellent les élèves, est un problème bien réel et connu.

     

    Ce fléau du secondaire a ainsi atteint le taux de 14,7 % d’absentéisme chez les élèves de 3e l’année dernière, plus du double de la moyenne polynésienne. Un chiffre précis et connu en temps réel grâce au logiciel Pronote utilisé par la plupart des établissements du fenua. Il permet notamment de gérer le bulletin de notes des élèves mais aussi le suivi statistique des absences.

    Ce qui est intéressant pour les établissements comme le nôtre, c’est de voir le chape à l’heure. L’élève vient en cours les deux premières heures. L’établissement est ouvert, ce n’est pas une prison, mais un lieu d’apprentissage. Parfois, il peut partir et revenir pour le repas qui, pour les élèves, est souvent le seul de la journée”, explique Ingrid Neveling, proviseure adjointe du collège.

     

    Un texto envoyé dans le quart d’heure

     

    Ainsi, chaque enseignant dispose d’un ordinateur en classe, ou d’une tablette pour les profs de sport, pour faire le compte de ses élèves. Aussitôt les absences connues, elles sont centralisées via Internet à la vie scolaire et un SMS est envoyé automatiquement aux parents dans le quart d’heure : “Votre enfant est absent du collège aujourd’hui. Merci de contacter la vie scolaire au plus vite afin de régulariser cette absence. Merci.

    Certains parents n’ayant pas de téléphone portable, ils sont alors directement joints par téléphone, comme cela se faisait il y a encore deux ans. Même si le SMS permet aussi de convier les parents à des rendez-vous à l’école, c’est près de 500 textos qui sont envoyés mensuellement, une facture pour l’école qui s’élève à plus de 30 000 F par mois.

    Mais le SMS n’est que le début d’un processus. Le jour de notre reportage, sur les 45 absences dénombrées, seules neuf sont justifiées.

     

    Dialoguer avant de signaler

     

    Le SMS reste une alerte, cela ne veut pas dire que l’on s’est débarrassé du problème”, explique ainsi la proviseure adjointe. “Malheureusement, 90 % sont des absentéistes réguliers, donc nous avons besoin d’un suivi. Les parents sont au courant et nous, nous avons besoin de faire revenir l’enfant et de savoir que font les parents qui, parfois, n’y accordent pas d’importance.

    Un dialogue est alors amorcé entre les parents, le proviseur, le conseiller d’éducation et l’assistante sociale, qui n’hésite pas à se rendre dans les familles pour rappeler la règle de l’école obligatoire jusqu’à 16 ans et tenter de trouver une solution.

    On m’a fermé la porte une seule fois. Mais je peux rencontrer certains parents qui, par exemple, demandaient à mon élève de garder ses frères et sœurs.” Quand cela reste infructueux, un signalement pour situation préoccupante est fait auprès de la direction de l’enseignement.

    Quand un parent ne s’intéresse plus à l’enfant, c’est un défaut de soin”, explique la proviseure adjointe selon qui, pour près de la moitié des parents, “l’absence de leur enfant est une fatalité. Ainsi, ils ne répondent pas”. Si la répression est évitée au maximum, l’an dernier, deux cas ont tout de même nécessité la retenue des allocations familiales pour les familles.

    Et là, les parents se remettent à discuter, mais nous ne souhaitons pas ce rapport de force, c’est le rapport de confiance qui est privilégié.” Au bâton, l’établissement préfère la carotte. La proviseure adjointe se réjouit de voir une amélioration et une implication plus importante des parents.

    Différentes opérations menées par le collège – la rentrée polynésienne pour investir les parents autour du reo Tahiti, l’inscription d’élèves au conservatoire artistique ou des rencontres avec des Polynésiens issus de quartiers difficiles ayant réussi leurs carrières – ne sont pas étrangères à cette embellie.  

     

    Florent Collet

     

        Retrouvez dans notre édition du Mardi 27  septembre 2016 :   

    • Encadré : Chez les élèves : “C’est pas bon pour mon avenir”
    • Interview : Nicole Sanquer, Ministre de l’Éducation – “En métropole, il y a des sanctions si les parents ne prennent pas leurs responsabilités”
    • Encadré : Tetua, mère d’une élève absentéiste – “Je ne peux pas la tirer par les cheveux pour l’amener en cours”
    • Encadré : Un gain de temps, un gain de vigilance
    • Chiffres de l’absentéisme

     

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