Le collège de Taunoa s’appellera Maco-Tevane pour retrouver sa fierté

    mercredi 19 octobre 2016

    maco tevane taunoa

    “Notre travail est de leur faire reprendre de l’estime et qu’ils soient fiers d’eux-mêmes”, explique la principale adjointe. (© Florent Collet)

     

    Dans les tuyaux depuis plusieurs mois, le conseil des ministres a validé la semaine dernière le changement de nom du collège de Taunoa, qui deviendra Maco-Tevane. Alors que le collège ne cesse de mettre en valeur la culture et la langue tahitiennes, ce changement va également permettre de le dissocier de la réputation de son quartier. Cet hommage à celui qui a rendu ses lettres de noblesse à la langue tahitienne et qui est originaire du quartier donne aussi assurance et fierté aux élèves.

     

    “Je vis à Papeno’o. Quand je dis que je suis au collège de Taunoa, les gens pensent que je suis un Segpa (section d’enseignement professionnel adapté, NDLR), que je suis un cassos (cas social, NDLR), que je suis bête. Ce sera mieux quand je dirai que je viens de Maco-Tevane.” Le seul exemple de Makatea, élève de 4e dans ce qui est encore le collège de Taunoa, suffit à illustrer la volonté du collège de changer de nom.
    “Dans les médias ou ailleurs, Taunoa est associé aux événements difficiles, aux bagarres. Le collège et les élèves souffrent de cette image. Avec ce changement, cela distinguera bien le nom du collège de celui du quartier”, explique ainsi Ingrid Neveling, la principale adjointe.
    Mais Maco Tevane n’a pas été choisi au hasard par la direction de l’établissement. “C’est un défenseur de la langue. Il a permis à la culture polynésienne de reprendre sa place au collège. C’est notre cheval de bataille”, détaille Ingrid Neveling.
    Le collège mène en effet le projet expérimental Ho’oponopono (“prendre soin” en hawaiien). Dans cet établissement où sont dirigés les enfants de 12 des 14 lotissements de la ville, et où 90 % des élèves sont boursiers, la culture et la langue polynésiennes occupent une place à part.

     

    Bon niveau en reo Tahiti

     

    Pour les élèves de 6e, en plus de l’heure hebdomadaire de reo Tahiti commune à tous collégiens, un professeur spécialisé intervient dans différentes matières : français, mathématiques, histoire-géographie et sciences, soit à trois à cinq heures de plus par semaine. Un effort qui porte déjà ses fruits dans cet établissement souvent dénigré.
    C’est ce qu’ont pu constater une quinzaine de professeurs de langue tahitienne venus en stage au collège. “Selon eux, le niveau de reo Tahiti est beaucoup plus élevé ici qu’ailleurs.

    C’est le pendant positif de l’absence de mixité”, se réjouit la principale adjointe.
    Des enfants de milieu modeste dans un établissement où le reo Tahiti est parlé comme jamais. Aucun collège n’aurait pu aussi bien porter le nom de Maco Tevane.
    C’est en tout cas l’avis de sa fille, Mateata Maamaatuaiahutapu. “Le collège correspond bien à l’image de mon père. Il est proche de la population, notamment polynésienne. Cela va bien avec son personnage. C’est un collège discret de quartier, ce n’est pas un collège m’as-tu vu”, confie-t-elle.
    “C’était quelqu’un de simple qui avait l’intérêt du Polynésien chevillé au corps. Pour lui, les Polynésiens pouvaient réussir aussi bien que tout le monde. Il faut croire en nos compétences, être confiants, cela a toujours été son discours avec nous, ses enfants, et le collège de Taunoa travaille dans ce sens. Il a toujours cru que la culture pouvait tirer la population vers le haut.”
    Pour son ami John Mairai, qui est venu expliquer aux élèves qui était Maco Tevane, le créateur de l’académie tahitienne aurait assurément été heureux de savoir que le collège porterait son nom. “Il aurait été encore plus heureux que ce soit à Taunoa où il a vécu pendant des années et des années. En donnant son nom à ce collège, il va rester une espèce de phare pour les Polynésiens. Le personnel de ce collège fait beaucoup pour que l’établissement échappe à ce genre de préjugés, comme quoi les élèves sont en quelque sorte perdus.”  

     

    Exemple de réussite

     

    À la découverte de cet exemple de réussite issu de leur quartier, l’effet s’est déjà fait ressentir sur les élèves. “Ils sont en train de retrouver leur fierté. Quand ils rencontrent, sur des projets, des élèves d’autres collèges et qu’ils voient le niveau de langage en français, ils se sentent mal et nous le disent. Notre travail est de leur faire reprendre de l’estime et qu’ils soient fiers d’eux-mêmes. Cela passe par ce qu’ils savent faire”, explique la principale adjointe.
    “Cela leur donne de la fierté de savoir que quelqu’un de Taunoa est devenu ministre. Les élèves ont aussi pris conscience avec John Mairai qu’ils ne perdaient pas leur temps en faisant du reo Tahiti à l’école. Cela a été une prise de conscience”, ajoute Vaihere Tunutu, professeure de reo Tahiti.
    “Les élèves ont adhéré rapidement. Maco Tevane est connu de nom mais pas forcément pour ses fonctions et tout ce qu’il a mis en place. Les gamins ont baigné dans Papa Penu et Mama Roro mais ne savent pas qui a écrit la pièce. Là où ils se sont vraiment intéressés, c’est quand ils se sont aperçus qu’il était à l’origine du conservatoire.”
    Un lieu où les élèves de 3e suivent désormais des cours d’art traditionnel. Hier après-midi, les collégiens ne cachaient pas leur fierté. C’est Maco Tevane qui a transformé les enseignements classiques du conservatoire pour y apprendre les arts traditionnels. 

    F.C.

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