Commémoration – Les Tamari’i volontaires ont une nouvelle fois embarqué

    vendredi 22 avril 2016

    Les photos en noir et blanc ont laissé place à une scène vivante sous la grisaille. Soixante-quinze ans après. Sur le même quai. Ici, 300 Tamari’i volontaires ont quitté leur terre et leurs proches pour aller combattre l’Allemagne nazie et défendre la France libre. Hier, ce n’était plus le paquebot néo-zélandais Monowai, mais le navire Arago ; ils n’étaient plus 300 mais 22 avec uniforme et arme d’époque. Mais après un récit retraçant l’héroïsme des Polynésiens ayant répondu à l’appel du Général de Gaulle, l’émotion était quasiment identique. Certes, les larmes des femmes des engagés, incarnées par les danseuses de Tamariki Poerani, étaient forcément moins sincères. C’est le ciel qui a une nouvelle fois pleuré les nombreux disparus, au moment où les hommes embarquaient à bord avec le fanion remis par la princesse Pomare.
    Cette commémoration était le fruit du travail du RIMAP Polynésie et de l’Amicale du Bataillon du Pacifique.
    Sourire jusqu’aux oreilles, Maxime Aubry  a assisté pour la deuxième fois de sa vie à cette scène, heureux de voir que le souvenir des aito polynésiens partis pour défendre la mère patrie est encore bien vivace.

    F.C.

    Maxime Aubry parti “pour sauver la mère patrie en danger de mort”

    Il fêtera ses 99 ans le 29 mai. Pour autant, dans son esprit, le souvenir de ce 21 avril 1941 demeure intact. “Je m’en rappelle, il y avait mon frère qui partait et qui m’a dit de ne pas m’en faire, qu’il allait revenir. Je lui ai répondu que ce n’était pas sûr. Évidemment, il est revenu, encadré, entre quatre planches. Son avion est tombé en Écosse”, se remémore-t-il.
    C’est pour saluer le départ de son frère Eugène que Maxime Aubry est présent sur le quai ce fameux jour d’avril 1941, moins d’un an après l’appel du Général de Gaulle entendu à la mairie de Papeete. “Toute la population est venue s’engager pour partir. On a été obligé de freiner pour avoir des hommes pour garder le pays.”

    Lui-même employé des travaux publics, il essuie le refus de son chef lorsqu’il annonce son intention de partir. “Je ne suis pas marié avec les travaux publics, je vais m’inscrire”, lui assène-t-il, comme investi d’une mission.
    “On était tranquille ici, à Tahiti, mais il fallait aider notre mère patrie, la France était en danger de mort et il y avait mon autre frère, Abel, qui était entre les mains des Allemands et je me suis dit qu’il fallait essayer d’aller le sauver.”
    Alors qu’il se prépare déjà à bord du navire le Chevreuil, c’est donc d’abord son frère qui prend la mer à bord du navire Monowai pour la Nouvelle-Calédonie. “Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de pleurs et tout le monde chantait”, se rappelle Maxime Aubry. “Sa femme était sur le quai et il lui a dit : ‘Je m’engage et quand je reviendrai, je vais peut-être toucher un petit salaire pour faire vivre nos enfants’”, complète Roti Aubry, l’une des douze enfants de celui que tout le monde appelle papa Aubry. “C’était triste, notre mère pleurait mais papa disait qu’il fallait bien aider la France qui était en danger de mort”, relate-t-il.

    Un an plus tard, c’est lui qui embarque, fier d’aller défendre le drapeau, un sentiment qui s’estompe en arrivant dans la passe. “Je me suis retourné, j’ai vu les gens devenir tout petits et je me suis demandé si j’allais revoir encore mon pays. J’ai voulu sauter à la mer. J’ai pleuré. Je me suis interrogé, où est-ce que j’allais comme cela dans le noir. J’ai jeté ma couronne à la mer.” À bord, Maxime Aubry fait figure d’ancien. “J’étais le capitaine d’arme à bord, je gérais les jeunes. Je les faisais bosser. Jour et nuit, il ne fallait pas dormir. C’était dur avec le froid et le vent.”

    C’est finalement l’heure du retour à bord du Sagittaire. “Il y avait de la joie, mais aussi de la tristesse, parce que beaucoup sont tombés et ne sont pas revenus. À l’arrivée, il y avait aussi plein de pirogues et de jolies Tahitiennes qui nous attendaient. Oulalalala !”, s’exclame-t-il dans un grand éclat de rire en souvenir de cette période décidément révolue.

    Difficile pour les nouvelles générations d’imaginer ces hommes partir loin des leurs pour défendre un pays qu’ils connaissent à peine, d’où l’importance de la commémoration d’hier “pour montrer à nos jeunes ce qu’il se passait à l’époque, ce que nous avons fait quand nous étions jeunes”. “Dans le temps, il n’y avait pas d’ordinateurs, de télés. Nous autres, nous étions toujours en train de courir, de jouer au football. Mais aujourd’hui, les mentalités ont changé. Ils restent sans bouger à regarder la télé. Ils ne font pas de sport, mais nous étions en train de courir dès le lever du soleil ou à faire des concours de grimper de cocotiers”, explique-t-il sans aucune amertume et sans regret d’avoir un jour quitté son île avec le risque de ne plus jamais la revoir “parce que j’étais parti pour sauver la mère patrie qui était en danger. Les frangins et nous avons réussi.”

    F.C.

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