Concurrence : amendes records contre les leaders de l’entretien/hygiène/beauté

jeudi 18 décembre 2014

L’Autorité de la concurrence a prononcé jeudi à Paris deux amendes, d’un montant cumulé record de 950 millions d’euros, à l’encontre des géants des secteurs de l’entretien/hygiène/beauté, pour une entente commerciale sur les prix entre 2003 et 2006.
Les sanctions se montent d’une part à 345,2 millions d’euros contre huit fabricants de produits d’entretien, et d’autre part, à 605,97 millions contre 11 fabricants de produits d’hygiène et de beauté.
Cette deuxième amende est la plus grosse jamais prononcée par l’Autorité, devant celles déjà infligées aux secteurs de la téléphonie (534 millions d’euros) et de la banque (384 millions d’euros).
« L’argent va dans les caisses de l’État et l’amende sera payée car le taux de recouvrement est de 97% », a déclaré Bruno Lasserre, président de l’Autorité à la concurrence sur France Info.
Six entreprises (Colgate-Palmolive, Henkel, Unilever, Procter & Gamble, Reckitt Benckiser, Sara Lee) apparaissent dans les deux volets de l’affaire.
L’ensemble des 13 sociétés concernées ont été condamnées pour avoir coordonné « leurs politiques commerciales auprès de la grande distribution et en particulier, pour s’être concertées sur les hausses de prix », a indiqué l’Autorité de la concurrence.
Ces entreprises se réunissaient secrètement pour se concerter afin d’obtenir les meilleurs hausses de tarifs lors des négociations commerciales avec la grande distribution. Elles échangeaient notamment entre elles le montant de leurs tarifs à venir et les argumentaires qu’elles allaient chacune développer auprès des distributeurs.
« Le contre-pouvoir de la grande distribution pour refuser ces hausses de tarifs était à l’époque très relatif », du fait de l’encadrement très strict par la législation, et parce que les marques concernées avaient un poids et une notoriété si importantes, qu’elles ne pouvaient que très difficilement faire l’objet de déréférencements, a expliqué l’Autorité.
« Il n’y a pas de doute sur le fait que ces ententes aient eu un impact » sur le niveau des prix en magasins et donc « sur les consommateurs », a déclaré Bruno Lasserre, le président de l’Autorité.

L’Oréal et Unilever font appel
 
Les secteurs de l’entretien et de l’hygiène/beauté « représentent une part non négligeable des dépenses courantes des ménages français ». A l’époque des faits, ces marchés se montaient respectivement à 4,2 et 7 milliards d’euros, rappelle l’Autorité.
Cette affaire intervient trois ans après une amende importante de l’Autorité de 361 millions d’euros sur le secteur des lessives. Unilever, Procter & Gamble, Colgate-Palmolive et Henkel s’étaient secrètement mis d’accord pendant six ans sur leurs prix et leurs promotions en France, ce qui avait entrainé un surcout de 4 à 6% pour les consommateurs.
Cette fois, les faits ont été révélés à l’Autorité via la « procédure de clémence », instaurée en 2001. Elle permet à certaines entreprises participant à un cartel de dénoncer ce dernier pour bénéficier d’une exonération totale ou partielle d’amende.
SC Johnson suivi de Colgate-Palmolive, puis de Henkel, sont venus dénoncer les faits permettant aux agents de l’Autorité de prendre les entreprises concernées sur le fait.
« Nous avons été informés que les responsables des ventes se réunissaient régulièrement dans un restaurant parisien… Les enquêteurs les ont pris par surprise (…) à côté des membres de l’entente il y avait une autre table où discrètement déjeunaient deux enquêteurs, et à 15h, à la fin du repas, tout le monde à été pris sur le fait et les ordinateurs et les notes manuscrites saisis », raconté M. Lasserre.
L’Autorité l’assure : « Ces entreprises savaient parfaitement ce qu’elles faisaient, puisqu’elles avaient même été jusqu’à cacher certains des documents incriminant chez des salariés. »
Pour avoir le premier révélé les faits, SC Johnson a été dispensé d’amende, tandis que Colgate-Palmolive qui apparaissait dans les deux volets, a vu son amende réduite de 50% sur le secteur de l’entretien  (elle devra s’acquitter de 59 millions d’euros) et n’aura rien à payer dans celui de l’hygiène. 
L’Oréal, bien que ne figurant que dans une seule des deux affaires, est le groupe le plus lourdement condamné, avec une amende de 189 millions d’euros, du fait de la part majoritaire qu’il détenait sur le secteur de l’hygiène-beauté au moment des faits. Il réfute les accusations et a annoncé faire appel.
Vient ensuite Unilever, présent dans les deux affaires, avec une amende totale de près de 173 millions d’euros. Jugeant le montant de sa sanction « totalement disproportionné et injustifié », il fera également appel.
Contactés par l’AFP, Henkel et Colgate-Palmolive ont indiqué examiner la décision de l’Autorité de la concurrence avant de décider des suites qu’ils comptent lui donner.  
En tout, seules trois sociétés contestent les faits. Toutes ont un mois pour faire appel.

AFP

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