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Concurrence : réfléchir aux perspectives pour l’économie du fenua

lundi 20 novembre 2017

christian montet

Christian Montet, économiste et professeur émérite à l’Université de la Polynésie française. (© Élénore Pelletier)


Un colloque sur “le droit de la concurrence en Polynésie française et dans les petites économies insulaires du Pacifique” se tiendra demain et après-demain, à l’Université de la Polynésie française (UPF). Un colloque qui intervient deux ans après l’adoption de la loi sur le droit de la concurrence et de la mise en place de l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC), mais surtout qui colle à l’actualité, avec l’annonce toute récente de l’arrivée d’une nouvelle compagnie sur le marché des transports aériens internationaux. Initié par deux maîtres de conférences de l’UPF, Florent Venayre et Sarah-Marie Cabon, et un professeur émérite, Christian Montet, ce colloque rassemblera plus d’une dizaine d’intervenants venus de Polynésie française, de Nouvelle-Calédonie, de Malte et de l’Hexagone. Ce sera l’occasion de faire le bilan des deux années qui viennent de s’écouler, de réfléchir ensemble aux améliorations à apporter et d’imaginer les perspectives économiques. Rencontre avec Christian Montet, économiste et professeur émérite à l’UPF.

Pourquoi mettre en place ce colloque maintenant ?

C’est un vieux rêve, ce colloque. Nous avions déjà envisagé de le faire, il y a bien longtemps, avant même que la loi soit votée et que l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC) soit en place.

L’idée était de faire venir des gens de métropole et d’autres îles du monde entier, ayant déjà une expérience du droit de la concurrence pour voir comment il serait possible de le mettre en place au fenua.

Mais pour diverses raisons, cela ne s’est pas fait. Finalement, l’occasion s’est présentée, cette année. Ça tombe bien, puisqu’aujourd’hui, nous avons un recul de deux ans sur ce qui a été mis en place au fenua. Nous allons ainsi pouvoir parler de ce qui peut être amélioré et des perspectives à envisager.

 

Est-ce que la mise en place de l’APC a véritablement fait bouger les choses ?

Oui, indiscutablement. Je suis de ceux qui ont plaidé pour que ce type de droit et d’institution voie le jour au fenua, depuis le début des années 2000. Ça a été très long à instaurer, mais on peut dire que la mise en place de l’APC a fait bouger les choses. Ça a déjà modifié les comportements.

Certains y voient une opportunité pour mieux encadrer les relations commerciales et le fonctionnement des marchés. D’autres y voient des raisons d’inquiétude de part la lourdeur administrative que cela peut représenter pour certains dossiers ou les risques de sanctions qui peuvent tomber pour des comportements.

L’APC suscite à la fois de l’intérêt et de la crainte. Quoi qu’il en soit, l’APC ne laisse pas les gens indifférents.

 

Quelles sont les dispositions qui ont été mises en place par l’APC ?

Lorsque l’institution a été mise en place en 2015, elle n’avait pas tous les moyens à disposition. Sa mise en route a donc été longue. Ce n’est qu’à partir de février 2016 que l’APC a vraiment pu commencer à travailler.

Au début, elle s’est autosaisie de certaines questions relevant de problèmes de réglementation concernant les produits de première nécessité (PPN), les médicaments, les mécanismes d’importation et de distribution, la filière porcine et les tarifs des transports aériens. Un des dossiers, celui sur les médicaments, a d’ailleurs été rendu il y a quelque temps, les autres sont toujours en cours.

D’autre part, le gouvernement a saisi l’APC pour obtenir des avis sur plusieurs sujets, tels que la perliculture, les transports maritimes interinsulaires, les télécoms, la réglementation sur la plongée sous-marine… Mais il s’agit là d’avis consultatifs. Quant à son cœur de métier, c’est-à-dire la lutte contre les pratiques anticoncurentielles, rien n’a encore été rendu.

En tout cas, pour le moment, aucun dossier d’abus de dominance avec les sanctions qui vont avec, n’a débouché, ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas en cours…

 

La Polynésie semble aujourd’hui encline à s’ouvrir à la concurrence…

Oui, les mentalités changent. On a plus envie de concurrence et il y a plus de réceptivité au niveau des responsables politiques. La poussée vers plus de concurrence ne vient pas seulement de la mise en place de la loi et de l’activité de l’APC, mais également d’un mouvement naturel extérieur à la Polynésie.

Dans les télécoms, par exemple, la concurrence sur l’accès à Internet et sur la téléphonie mobile a vu le jour avant l’arrivée de l’APC.

Mais c’est sûr qu’aujourd’hui, l’opinion publique – qu’il s’agisse de la population ou des personnalités politiques – semble plus favorable à la concurrence qu’elle ne l’était dans les années 2000 et c’est tant mieux, car la concurrence, c’est l’oxygène d’une économie de marché.

 

Alors pourquoi, jusqu’à maintenant, y a-t-il eu autant de blocage ?

Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, cela s’explique par l’étroitesse du marché. Lorsqu’un marché est petit, le pouvoir d’achat est limité et donc il ne peut y avoir de place pour de nombreux concurrents.

Par ailleurs, ce blocage s’explique aussi par une volonté de protection. Les gouvernants, avant, protégeaient un certain nombre d’opérateurs en situation de monopole, car il y avait un genre de connivence entre eux. C’est assez flagrant sur le marché des télécoms, où l’opérateur dominant est lié à la puissance publique.

Enfin, d’un point de vue intellectuel, la concurrence peut susciter la peur. En effet, elle bouscule et met les entreprises en difficulté. Ce n’est

pas évident de supprimer la protection trop forte des entreprises en place sans tout casser, c’est pourquoi il faut réguler la concurrence.

 

 

Lors de ce colloque, il y aura des intervenants de Polynésie française, de Nouvelle-Calédonie et de l’Hexagone. Pourquoi ce choix ?

Pour être franc, on aurait souhaité qu’il y ait plus de petites îles ayant opté pour le droit de la concurrence depuis longtemps, pour connaître les problèmes auxquels elles sont aujourd’hui confrontées. On aurait par exemple aimé faire venir des représentants des Antilles, d’Islande…

Mais ça n’a pas été possible pour des raisons logistiques. Cependant, on a un représentant de l’île de Malte, sur laquelle le droit de la concurrence a été instauré dans les années 1990. On a également des intervenants de Nouvelle-Calédonie, où la loi a été votée à peu près à la même époque que chez nous, à la différence qu’eux n’ont toujours pas mis en place d’autorité de la concurrence.

Pour l’instant, c’est la direction des affaires économiques qui la fait appliquer et ils ont très envie justement de profiter de nos discussions sur les deux ans de l’APC. Nous avons également fait venir des experts de métropole : des avocates qui ont entre 20 et 30 ans d’expérience dans le domaine et Anne Perrot qui a été, pendant six ans, vice-présidente de l’autorité française de la concurrence.

 

 
Y a-t-il des similitudes entre notre économie et celle de Nouvelle-Calédonie ?

Ce sont des économies qui se ressemblent fortement, avec des protections douanières assez fortes, des entreprises en place, puissantes et assez proches des gouvernants. D’autre part, il y a aussi une envie de concurrence de plus en plus prégnante que l’on retrouve d’ailleurs dans tous les territoires d’outre-mer.

 

On vient d’apprendre l’ouverture prochaine d’une nouvelle ligne aérienne avec la compagnie French blue. Vous vous y attendiez ?

Non, pas du tout, car dans l’ensemble, jusqu’à maintenant, les gouvernants ont toujours voulu protéger la compagnie locale qui a connu des périodes difficiles et qui est parvenue à rétablir ses comptes assez récemment.

L’arrivée d’une nouvelle compagnie est une très bonne nouvelle. On a également entendu parler de l’arrivée de United Airlines au fenua. Si ces deux lignes voient le jour et que les constructions hôtelières suivent, on va vers une vraie croissance du tourisme polynésien. 

 

Propos recueillis par É.P.

 

 

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