Conférence économique : les pistes de la relance

    jeudi 19 mai 2016

    Les participants à la conférence économique ont cherché des pistes pour sortir de “l’économie de comptoir”. Ils ont critiqué une réglementation inadaptée et une administration sclérosée. L’approche presque purement économique et financière a quelque peu occulté l’aspect social.

    Édouard Fritch et Teva Rohfritsch avaient souhaité que le secteur privé donne ses pistes d’amélioration, notamment par rapport à l’agenda gouvernemental détaillé présenté en ouverture de la conférence économique (lire notre édition d’hier). Mercredi, à la présidence, les quelque 60 personnes qui avaient participé aux trois tables rondes thématiques ont rendu compte de leurs travaux.

    La première table ronde était consacrée à “la fiscalité : moteur de l’économie ?”
    La plupart des participants la considèrent comme un frein au développement économique et non comme un moteur (excepté la défiscalisation).

    Parmi les propositions de la table ronde : la simplification des procédures de déclaration en douane, des incitations fiscales pour que les entrepreneurs réinvestissent dans leur propre entreprise, une baisse de l’impôt sur les sociétés – certains rêvent de “10 à 15 %” –, la réforme de l’impôt sur les transactions avec peut-être la création d’une catégorie intermédiaire pour les chiffres d’affaires annuels compris entre 5 et 15 millions de francs, une réforme de la taxe de développement local qui pourrait devenir dégressive dans le temps et la création de zones franches dans les îles, pour “aider à inverser les flux migratoires entre les îles et Tahiti”.

    Face à cette liste au père Noël, Benoît Thirion, directeur de cabinet de Nuihau Laurey, a rappelé que “la fiscalité doit être dimensionnée aux besoins budgétaires du Pays”.
    Ce à quoi Olivier Kressmann du Medef répond que le dimensionnement de l’administration du Pays est également à revoir.

    Deuxième table ronde : “relancer la création d’emplois”.
    Tous se sont accordés à dire que “l’avenir n’est pas dans le CDI” et que les entreprises ont besoin de flexibilité. Parmi les propositions, la réforme (lire : l’assouplissement) du code du travail, la lutte contre le travail clandestin, la refonte du chèque emploi service pour les services à la personne (notamment dans la “silver economy” ou services aux seniors), un “smig” pour les îles à 70 000 F, un meilleur statut de l’entrepreneur individuel et de l’artisan, la prise en compte de la saisonnalité dans de nombreux secteurs, l’assouplissement des formalités d’inscription au Sefi, l’ajout d’un volet formation aux contrats d’accès à l’emploi et le développement de la chambre des métiers.

    Les entrepreneurs estiment que le manque de visibilité politique joue sur l’embauche et en appellent au sens des responsabilités du monde syndical. Rien de spécifique ou presque sur le secteur primaire, alors même que l’immense majorité des demandeurs d’emplois n’ont pas ou peu de qualifications.

    Tea Frogier, ministre du Travail, a indiqué que le chantier de la réforme du code du travail était ouvert et que son grand principe serait de renvoyer à des accords de branche ou d’entreprise – un des piliers de l’approche El Khomri en métropole. L’annualisation du temps de travail est également une des pistes envisagées par la ministre.

    Troisième table ronde, la refondation de l’économie, avec l’obligation d’être “ambitieux mais réaliste”.
    Il semble que l’insistance du président Fritch sur la nécessité de voir les entrepreneurs locaux réinvestir au fenua ait froissé quelques-uns d’entre eux.
    Les intervenants réclament un plan de développement à moyen et long terme et une administration qui soit réellement au service des usagers et des entreprises – certains demandent même une rémunération des fonctionnaires “au mérite”. Le besoin de capitaliser sur la “forte image de marque” de la Polynésie et de concilier développement économique et développement durable semble mettre tout le monde d’accord.

    La nécessité de créer des activités de transformation, que ce soit pour le marché intérieur ou l’export, a été évoquée.L’arrivée de nouveaux acteurs touristiques – Fred Grey et Hainan – fait renaître l’espoir de faire de Tahiti un hub dans le Pacifique sud, à condition que notre tourisme puisse proposer des contenus – événements, conférences, casinos… – à la clientèle haut de gamme qui reste la cible. Enfin, tout ou presque reste à faire en termes d’économie numérique.

    Teva Rohfritsch a conclu la réunion en rappelant  qu’“on voit bien que tous les sujets sont liés, qu’il s’agit de faire évoluer un écosystème” et en promettant d’intégrer les propositions des tables rondes qui ne sont pas déjà à l’étude dans les travaux du gouvernement.
    En attendant la prochaine conférence, au mois de septembre, son ministère a créé une page Facebook “La Conférence économique”, où l’on pourra retrouver les propositions. Un site Internet dédié devrait suivre.

    C.P.

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