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Le conjoint violent écope de 12 ans de réclusion criminelle

mercredi 20 septembre 2017

assises

“Je demande à la famille de me pardonner si elle veut bien accepter, sinon tant pis”, a demandé l’accusé à la barre. (© Florent Collet)

“Je demande à la famille de me pardonner, si elle veut bien accepter, sinon tant pis. Je ne suis pas en paix avec les actes que j’ai commis, je souffre constamment.”

Ce sont les derniers mots prononcés à la cour d’assises, hier, par Jean-Jacques M. avant que les jurés ne se retirent pour délibérer.

Leur décision a été rendue en fin d’après-midi. L’homme désormais âgé de 34 ans écope de 12 années de réclusion criminelle, assorties d’un sursis de trois ans, qu’il devra accomplir s’il ne suit pas les trois années de suivi sociojudiciaire à sa sortie de prison.

En avril 2014, sur l’atoll de Fangatau, à plusieurs moments de la journée, Jean-Jacques M. avait porté plusieurs coups à sa conjointe alors âgée de 38 ans, ce qui avait provoqué sa mort.

Lors de sa plaidoirie, Me Dubois, l’avocat de la famille de la victime, n’a pas caché sa déception.

“J’espérais du procès que Jean-Jacques M. prenne conscience de ce qu’il a fait, mais rien n’a changé dans son esprit et son attitude”, reprenant notamment la déclaration de l’accusé durant son procès : “Si elle est décédée, c’est à cause de la nièce”.

Avant d’être battue à plusieurs reprises, la victime avait eu une vive discussion avec sa nièce, ce qui avait été le point de départ de la bagarre avec son mari.

“Il faudra lui dire qu’il est coupable”, a demandé l’avocat, “car il n’a rien compris”. Celui-ci a rappelé les mots de l’expert psychologue : “Il se repent pour dire tout de suite que c’est du passé”.

Il a rappelé l’acharnement des coups portés, le fait que sa conjointe veuille fuir les coups, mettant à mal la thèse d’une provocation de cette dernière.

Il s’est également indigné qu’en “Polynésie, où l’on lutte contre les violences faites aux femmes et contre l’alcool, l’homme qui a tué la mère de quatre enfants puisse rester seulement quinze jours en prison”.

L’accusé n’avait effectué que deux semaines de détention provisoire avant d’être placé sous bracelet électronique.

 

“Une tradition imbécile”

 

“Quelqu’un m’a dit que sa femme lui reprochait de ne pas l’aimer assez parce qu’il ne la tabassait pas”, a débuté l’avocat général dans sa plaidoirie.

“C’est une tradition imbécile. Sommes-nous encore aux temps préhistoriques ?”, s’est-il interrogé, avant de s’attaquer au komo, consommé en quantité ce jour-là par l’accusé et la victime.

Le komo est un neurotoxique “qui provoque la folie et a un effet dévastateur”. “Tellement, qu’il n’a pas conscience de la gravité des faits qu’il a commis. Son extrême violence est due au komo qu’elle a renversé. Il n’y a plus de komo à boire. Ça, c’est grave, alors il se déchaîne sur elle.”

L’avocat général s’est ensuite réjoui qu’un futur texte de loi ne donne plus lieu à une simple amende pour la fabrication de komo mais que celle-ci soit considérée comme un véritable délit. Ses réquisitions seront intégralement suivies par les jurés.

L’avocat de Jean-Jacques M., Me Céran-Jérusalemy, a, de son côté, tâché de donner une meilleure image de son client décrit comme “travailleur” par ses anciens collègues, et a montré un cliché du couple – “c’est un beau couple, ils sont heureux”.

Mais il a surtout voulu démontrer que c’est la victime “qui a alimenté la dispute”, mettant en doute les témoignages de personnes saoules ou trop éloignées des scènes de violence.

“Mon client sait qu’il est responsable, mais il n’est pas le seul à être responsable. C’est elle qui le harcèle et cherche la bagarre. Ils ont l’habitude de se donner des coups de poing et coups de pied, mais cela n’avait jamais donné la mort.”

En réponse au réquisitoire de l’avocat général, l’avocat explique : “Les Polynésiennes n’humilient pas leur tane. Ce n’est pas dans les mœurs. C’est une pratique ancestrale. Il n’y a pas d’égalité hommes-femmes. C’est dans les gènes. Ce n’est pas le tribunal qui va faire cette éducation. Ce n’est pas la préhistoire, c’est aujourd’hui”.

Avant d’enfoncer le clou : “Les Polynésiennes aiment être tapées. Ce n’est pas conforme aux normes européennes, mais c’est la réalité.”

Les normes de la justice et les jurés en ont finalement décidé autrement, en envoyant Jean-Jacques M. pour 12 ans en détention.

 

F.C.

 

 

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