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Coupe de l’Océanie de rugby – Un recours des Cook contre Tahiti

jeudi 17 août 2017

rugby

Tahiti a battu les Cook sur le terrain. Mais le match n’est pas fini : les Cook ont déposé un recours. (Photo : Oceania Rugby)

C’était une rumeur qui frémissait sur les réseaux sociaux. Nous en avons obtenu la confirmation hier : les îles Cook ont effectivement déposé un recours contre la sélection tahitienne après la Coupe de l’Océanie remportée le 4 août à Rarotonga par Tahiti (9-13).

“Oceania Rugby confirme avoir reçu une requête de Cook Islands Rugby Union (Ciru), relative à la rencontre internationale contre Tahiti vendredi 4 août. Ces demandes sont examinées en ce moment par Oceania Rugby”, nous a écrit la fédération océanienne dans un courriel hier après-midi.

D’après nos informations, le recours des Cook concerne le chapitre 8 des règlements de World Rugby sur “l’éligibilité des joueurs pour jouer en équipe nationale senior”.

L’article 8.1 stipule qu’un joueur ne peut représenter l’équipe nationale d’un pays que s’il a “un lien national authentique, étroit, crédible et établi” avec ce pays. Ce lien peut être de quatre ordres :
(a) le joueur est né dans le pays, (b) un de ses parents ou grands-parents est né dans le pays,
(c) il y a résidé 36 mois (60 mois à partir de 2020) consécutivement précédant immédiatement la date du match, (d) il y a résidé pendant une période cumulée de dix ans précédant immédiatement la date du match.

 

Des Agenais dans la sélection tahitienne

 

Or, il est clair que la Fédération tahitienne de rugby a pris des risques avec ces règles. Mais pas seulement lors du match du 4 août. Depuis plusieurs années, Charles Tauziet, président de la FTR, joue avec le feu. Par exemple, Andoni Jimenez, auteur d’une pénalité contre les Cook, et Vincent Perez, qui a marqué un essai, ne répondent à aucun de ces quatre critères. La lecture de la presse régionale française en atteste.

Andoni Jimenez est un arrière basque de 27 ans. Il est né à Saint-Jean-de-Luz, y a découvert le rugby, puis le Championnat de Fédérale 1, nous apprend ouest-france.fr. Depuis 2010, il a joué avec les espoirs d’Agen, les seniors de Périgueux, Saint-Nazaire, et Nantes, son club actuel.

Vincent Pérez, 27 ans également, est né à Saint-Cyr-l’École en région parisienne et a grandi à Agen, selon ladepeche.fr. Il a défendu les couleurs de Valence d’Agen de 2012 à 2015 et Tournon d’Agen depuis 2016. Ce trois-quarts centre est aussi passé par les Espoirs du Sporting Union Agenais en 2012.

Dans la presse régionale, aucune mention d’un parent tahitien. Le seul lien évoqué entre ces deux joueurs et la Polynésie française est un partenariat étroit entre la fédération tahitienne et le centre de formation d’Agen. Sur snovalie.com, le site de Saint-Nazaire Ovalie, on peut encore lire un long article de 2015 intitulé “Andoni Jimenez, une aventure tahitienne”, où le joueur témoigne : “En 2012, alors que j’évoluais au sein du groupe espoirs du SU Agen, nous sommes partis 15 jours en tournée à Tahiti. (…) À l’intersaison, la Fédération tahitienne de rugby m’a contacté pour les rejoindre durant la saison 2013-2014. (…) Cela fait maintenant trois ans que je suis rappelé tous les ans par la sélection.”

Il n’est pas question ici de mettre en cause la performance des joueurs le 4 août, ni même leur amour du maillot tahitien. Ce qui est en cause, ce sont les méthodes de la FTR. La Fédération de rugby des îles Cook l’a bien compris.

 

Benoît Buquet

 

Tunui Anania, capitaine de la sélection de Tahiti qui battu les îles Cook le 4 août à Rarotonga (9-13) : “Il faut se mettre autour d’une table”

Rugby Tunui Anania (photo Oceania Rugby)

Ce fut une victoire historique contre les îles Cook. Comment avez-vous fêté ça ?

Après le coup de sifflet final, tous les gars ont exulté. J’ai mis plusieurs minutes avant de me relever et de réaliser ce que nous venions de faire. La remise de la coupe et la photo officielle étaient des moments magiques que même dans mes rêves je n’avais pas vécus.

Les chants tahitiens ont retenti toute la soirée, c’était une vraie communion entre tous les Tahitiens. Ensuite tout ce beau monde est allé en ville pour continuer à fêter ce titre, cela faisait un bien fou de partager ce moment, la coupe à la main. Les gens nous félicitaient de partout, et reconnaissaient que nous méritions notre joie. La fête a été très joyeuse, et très belle, sans aucun débordement.

 

Le match a été très tendu : plusieurs cartons jaunes distribués et un expulsé. Comment avez-vous géré ça ?

Mon oncle, qui est de Rarotonga, m’avait prévenu dans la semaine : ils allaient chercher à nous provoquer, à nous faire sortir de nos gonds. Nous savions que pour exister dans ce match, la première condition serait l’engagement, l’agressivité. Les gars ont mis tout leur cœur dans le combat, nous avons répondu aux provocations par une grosse défense, et quelques tampons distribués. Et surtout, nous n’avons pas fermé le jeu, nous avons proposé du beau rugby, avec de l’alternance, des avants conquérants, et des arrières qui ont fait de belles envolées.

 

Est-ce l’apport des joueurs de Fédérale qui vous a permis de gagner ?

Cela serait égoïste de dire que ce sont les joueurs évoluant en France qui ont permis de gagner. Le rugby est un sport collectif. Chaque joueur présent a apporté sa pierre à l’édifice, et la performance a été collective. Il ne faut pas oublier que certains joueurs de la FPR ont pris le risque de ne plus pouvoir jouer à Tahiti pour prendre part à cette aventure.

Je veux rendre hommage à nos joueurs qui évoluent à Tahiti, notamment Patrick Tevero qui a obtenu le titre honorifique de meilleur joueur, attribué par notre entraîneur et approuvé par toute l’équipe. Cela montre bien, qu’il n’y a pas de distinction à faire, nous sommes tous des Tahitiens qui jouons pour notre beau pays.

 

Avez-vous entendu parler de la réclamation des îles Cook ?

D’après certaines informations que nous avons eues, certaines personnes ont contacté la Fédération de rugby des îles Cook afin de leurs soumettre l’idée de porter réclamation suite à notre victoire, pour des problèmes d’éligibilité pour des joueurs qui comptent déjà plusieurs sélections avec Tahiti. Cette situation nous affecte énormément. Nous avons mouillé le maillot et versé notre sang pour accrocher cette victoire historique. Le rugby polynésien devrait être en fête, surfer sur ce résultat pour attirer les jeunes vers notre sport. Au lieu de ça, on se rend compte que les problèmes administratifs reprennent le dessus.

 

Le prochain tour des qualifications pour la Coupe du monde devrait être autour de juin 2018. Qu’avez-vous prévu pour vous préparer d’ici-là ?

En fonction de l’évolution des choses, nous avons prévu de préparer ce prochain rendez-vous avec beaucoup de sérieux. Nous allons organiser un rassemblement : si possible sur une semaine, au mois de décembre, avec un match amical contre une nation européenne. Nous allons faire notre maximum pour faire venir les joueurs de Tahiti pour ce rassemblement.

Nous avons beaucoup d’espoir, et avec une bonne préparation je suis sûr que nous pourrons faire bonne figure pour le prochain tour. Je tiens également à préciser que cette sélection était ouverte à tous, mais que certains joueurs évoluant dans des clubs pro n’ont pas pu se libérer comme François Tardieu, Teiva Jacquelain et Makalea Foliaki. On espère les avoir avec nous lors de nos prochaines échéances.

 

Quel est votre souhait au sujet de la bataille entre les deux fédérations ? Une autre sélection existe à Tahiti. Est-ce qu’une réunification est possible ?

Nous, qui vivons en France, sommes assez loin de tout ce qui se passe à Tahiti, mais n’en sommes pas moins affectés, voire attristés. Je suis conscient que certaines choses ont été mal faites, que les choses ne sont pas parfaites, mais je suis persuadé que la division n’est pas la solution. J’espère que nous avons montré sur le terrain qu’unis nous pouvons faire de belles choses.

Mon souhait, comme je l’ai toujours dit, est l’unité. A tahoe anae tatou. J’en appelle au président de la FTR Charles Tauziet, et au président de la FPR Apolosi Foliaki. Il faut se mettre autour d’une table, entre quatre yeux, et renouer un dialogue sain, afin que le rugby polynésien se retrouve. Servons-nous de ce que les joueurs ont fait sur le terrain afin de relancer une belle dynamique autour de notre sport, tout le monde en sortira grandi.

 

Propos recueillis par B.B.

 

 

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