Ils vont courir pour elles et briser le silence

    mercredi 16 novembre 2016

    L’association Utuafare mataeinaa et la mairie  de Mahina organisent  la 5e édition de Cours pour elles, samedi 26 novembre. (© Jean-Luc Massinon)

    L’association Utuafare mataeinaa et la mairie de Mahina organisent la 5e édition de Cours pour elles, samedi 26 novembre. (© Jean-Luc Massinon)

     

     

    La 5e édition de l’opération Cours pour elles va se dérouler dans la commune de Mahina, samedi 26 novembre. En plus de la course populaire et du relais, les organisateurs ont mis sur pied une course des “élites” de 12 kilomètres. L’association Utuafare mataeinaa veut permettre aux victimes de sortir de leur silence.

     

     

    Pour sa 5e édition, l’opération Cours pour elles revient à Mahina. Organisée par l’association Utuafare mataeinaa, l’action de sensibilisation pour la lutte contre les violences faites aux femmes aura lieu samedi 26 novembre.
    Alexandra David et l’équipe du bureau des affaires sociales communales ont ouvert les inscriptions et invitent les sportifs et toute la population à participer à ce rassemblement.

    Si l’événement se déroule au lendemain de la Journée internationale de lutte contre la violence faite aux femmes (le 25 novembre officiellement), c’est pour permettre au plus grand nombre de venir manifester leur soutien aux victimes de violences.
    Le principe de Cours pour elles reste le même. Comme en 2014, le parcours emmènera les participants à la découverte de Mahina, de la pointe Vénus au Tahara’a, de Orofara à Hitimahana. La course populaire pourra se faire en courant, en marchant ou en pédalant.

    Des témoins relais se transmettront tout au long de la route et permettront ainsi à chacun de faire le nombre de kilomètres qui lui convient.
    La nouveauté de cette année est la mise en place d’une course de 12 kilomètres pour les élites. Les mordus de sport apprécieront ce circuit qui réserve des portions sur l’asphalte, sur le plat, mais aussi en pente, ou encore sur le sable et même un passage de rivière.

     

    Une course et des stands d’information

     

    Grâce à de nombreux sponsors, les participants pourront se restaurer avec Newrest avant le départ et à l’arrivée, tandis que la Brasserie de Tahiti assure l’eau des ravitaillements. Air Tahiti nui a même offert, pour un tirage au sort, deux allers-retours pour la Nouvelle-Zélande.

    Cette année encore les élèves du lycée de Atima ont confectionné les banderoles et les collégiens des sections sport du collège de Mahina assureront l’enregistrement des chronos des élites.
    De nombreuses autres entreprises ont apporté leurs compétences pour soutenir cette bonne action. Des stands d’information seront également installés à la pointe Vénus, pour permettre à d’éventuelles victimes de sortir de leur silence et de trouver des solutions au drame qu’elles vivent.

    En 2014, malgré une manifestation organisée en semaine, 267 participants avaient pris part à la course de Mahina. Ce qui avait permis de distribuer 200 000 F à des associations. Samedi prochain, la mobilisation sera certainement plus importante encore.
    La commune de Mahina ne cache pas qu’elle aimerait aussi pérenniser ce parcours exceptionnel.

     

    J.-L.M.

     

     

    Alexandra David, association Utuafare mataeinaa : “Cette violence touche les jeunes de plus en plus”

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    Quelles sont vos actions auprès des jeunes ?
    Notre association intervient au sein des établissements scolaires, après des élèves de la 5e à la terminale. On travaille avec ces élèves sur des saynètes concernant la violence. Cette année, avec quelques classes, on a choisi de travailler sur la réalisation d’une plaquette d’information à destination des jeunes adolescents, car malheureusement il y a de la violence aussi chez eux.
    Il faut savoir que les adolescents se mettent en couple très tôt. À partir de 13 ou 14 ans, ils se mettent en couple. Mais le garçon a tendance à vouloir mener la jeune fille à sa façon, à l’amener à être soumise. Une jeune fille pleurait parce que son copain lui avait fait le reproche d’avoir dit bonjour à un collègue de sa classe. Le copain a fait une scène de jalousie. Je lui ai expliqué qui fallait qu’elle discute avec son copain, car si, à 16 ans, elle acceptait les remontrances de son copain, à 30 ans, elle ne sera plus maîtresse de son destin. Quand on a remarqué cela, on s’est dit non, il faut que l’on travaille de concert avec nos jeunes pour qu’eux portent le message pour dire que les jeunes filles ne sont pas là pour être soumises, ni le garçon d’ailleurs.

     

    Se portent-ils des coups à ces âges-là ?
    Je sais qu’il y en a eu chez des jeunes plus âgés, 17 ou 18 ans. Les coups ne sont pas les mêmes. Ce sont des coups de jeunes, une paire de claques, un coup de sac dans la tête… Ce n’est pas la même violence que chez les adultes, mais ça reste de la violence.

     

    Lors des manifestations Cours pour elles, les gens viennent-ils aux stands pour raconter leurs misères ?
    Malgré les stands d’information, les gens n’osent pas venir. On est pourtant là pour les informer sur leurs droits. On leur explique qu’il a un respect entre deux personnes. Souvent, ils prennent les coordonnées des associations et les contactent après. Car ce n’est pas facile de parler de ces problématiques.

     

    Les gens ont-ils du mal à demander de l’aide ?
    La victime a du mal à s’en sortir. Aujourd’hui, c’est plus réfléchi. Quand la victime va faire le pas, quand elle va sortir de son silence, c’est parce qu’elle a mûri sa situation pour trouver des solutions. On a vu, dans les médias, de mauvaises situations, où les victimes qui sortent du foyer conjugal sont trimballées dans des foyers d’accueil où elles retrouvent la même chose. Alors certaines préfèrent rentrer chez elle.

     

    Et dans les îles ?
    Les victimes ont moins de facilité pour trouver des solutions. D’abord parce que les îles sont petites. La violence dans les îles est très silencieuse ou on la trouve normale. Un jeune m’a raconté que sa jeune voisine se faisait frapper par ses parents à coup de râteau, et trouvait ça normal parce qu’elle avait dû faire une bêtise.

     

    Comment est la situation en 2016 ?
    La situation n’a pas évolué. Je suis sur le terrain depuis 2006 pour combattre cette violence, et ça n’a pas du tout évolué. Malheureusement, cette violence touche les jeunes de plus en plus. On en parle beaucoup quand c’est la journée mondiale, mais tout au long de l’année, rien n’est fait.

     

    Quelle solution proposer ?
    Créer des cellules de lutte contre la violence au sein des établissements scolaires. Notre association intervient à la demande des personnes sensibles à ce sujet, mais les autres ? Si l’on instaure ces cellules au sein des établissements, peut-être que ça pérenniserait des actions de lutte contre la violence.

     

    Une course ne règle pas le problème ?
    Non, la course est symbolique. C’est pour sensibiliser la population et pour permettre en même temps aux victimes ou auteurs de violences de venir et oser parler avec nous.

     

     

    Propos recueillis par Jean-Luc Massinon

     

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