Crash A320 : l’idée de suicide peut être tellement forte qu’elle emporte tout (psychiatre)

    jeudi 26 mars 2015

    Chez certains, l’idée suicidaire « est tellement forte qu’elle emporte tout » et il arrive que « rien ne (le) laisse présager » dans leur comportement, note le psychiatre Bernard Granger, à propos du copilote soupçonné d’avoir volontairement provoqué mardi le crash de l’A320 de Germanwings, avec 150 personnes à bord.
    Professeur de psychiatrie à l’Université René-Descartes, Bernard Granger est chef du service psychiatrie de l’hôpital Tarnier (Cochin) à Paris.
     
    Qu’est-ce qui peut pousser un pilote à un tel geste ?
    « C’est très difficile de répondre car je n’ai jamais eu ce monsieur (le copilote, ndlr) en face de moi. On peut toujours faire mille conjectures. On ne sait pas s’il avait pris des substances, si sa petite amie l’avait quitté la veille, s’il avait des antécédents psychiatriques cachés, s’il a eu une impulsion, s’il ne tournait pas rond depuis longtemps ou si au contraire, quelque chose de brutal lui est arrivé. C’est impossible de faire la moindre hypothèse dans la mesure où on n’a rien de tangible sauf qu’il s’est enfermé dans la cabine et a enclenché une manœuvre pour que l’avion s’écrase. »
     
    Que peut-on dire de personnes qui entraînent dans leur suicide la mort d’autres personnes ?
    « S’il s’agissait d’un cas simple, il se serait suicidé d’une autre façon. Souffrait-il de délires sous-jacents ? Dans des cas de mélancolies délirantes, il peut y avoir une notion de ‘suicide altruiste’. On pense que le monde est tellement épouvantable que, pour sauver les autres de ce monde épouvantable, on les tue aussi. Mais le cas de figure classique du ‘suicide altruiste’, c’est celui qui tue sa famille et qui se tue après. Ceci ne cadre pas vraiment avec cette histoire. »
    « Parfois, l’idée suicidaire est tellement forte qu’elle emporte tout. Mais Il y a tellement de variantes possibles dans les conduites suicidaires. En l’état, la seule chose qu’on peut dire c’est qu’on ne peut rien avancer pour l’instant d’un point de vue psychopathologique. »
     
    Ce type de comportement est-il prévisible ? 
    « Pas forcément. Beaucoup de gens qui se suicident ont, avant, un comportement parfaitement normal. Souvent d’ailleurs, on se dit après coup ‘c’est bizarre’ et on est très étonné du geste. Souvent, rien ne laisse présager le geste suicidaire. Des tas de suicides sont impromptus, imprévisibles. Ce sont des gestes qui répondent soit à des pulsions, soit à des actes prémédités. »
    « Souvent, une personne déprimée qui a décidé de se suicider, éprouve une espèce de soulagement anticipé. Elle se comporte alors de façon paradoxale par rapport à ce qui va se produire et adopte une attitude en apparence parfaitement normale avant le passage à l’acte. »
     
    Propos recueillis par AFP

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