Crash de 2007 : Air Moorea avance ses arguments de défense

    samedi 6 février 2016

    “Les gens que je représente ne sont pas forcément responsables.” Démarche assez inhabituelle, “en dehors des investigations judiciaires qui sont terminées et dans l’attente de l’ordonnance du juge d’instruction”, Me Quinquis, conseil de la compagnie Air Moorea, a convié la presse hier pour un exposé revisité “des causes et circonstances” de l’accident de son twin-otter le 9 août 2007.
    Peu après son décollage de l’île Sœur, l’appareil avait subitement piqué du nez, s’écrasant en pleine mer. À bord, 19 passagers et le pilote avaient trouvé la mort, ne laissant aucun survivant.
    Huit ans plus tard, en décembre dernier, le procureur de la République a requis le renvoi en correctionnelle pour “homicide involontaire” de sept individus et de deux personnes morales, dont la société Air Moorea.
    En effet, les experts judiciaires et le bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA, l’autorité française responsable des enquêtes de sécurité dans l’aviation civile), avaient conclu que la perte de contrôle de l’avion était due à la rupture, en plein vol, du câble à cabrer de la commande de profondeur, c’est-à-dire du connecteur reliant le manche du pilote à une sorte de gouvernail permettant de redresser l’appareil.
    Entre autres explications, la maintenance opérée par Air Moorea avait été mise en cause.
    Tout faux ? “Le câble n’est pas à l’origine de l’accident”, assène aujourd’hui Bertrand Dubucq, un expert aéronautique missionné par la compagnie pour “donner son avis sur les aspects purement techniques” de l’accident, selon Me Quinquis.  
    Hier, pour démontrer ses conclusions, le spécialiste (30 ans dans l’aéronautique dont 15 dans l’expertise) a fait visionner quatre vidéos aux journalistes.
    La première reprend les faits : une chute de 12 secondes entre le juron du pilote (“Oh putain”) et l’impact, sous la force duquel la gouverne de profondeur se détache de l’appareil.

    “L’hypothèse d’un malaise” à vérifier

    “Au moment de l’impact à la surface, la gouverne de profondeur est arrachée. Sous l’effet de traction, le câble à cabrer, désaligné, va agir comme une scie et endommager un cadre en aluminium au niveau de l’empennage. Par ailleurs, des griffures dues au frottement du câble sont observées sur le cadran qui le relie à la gouverne”, a ensuite précisé Bertrand Dubucq en projetant sa troisième vidéo.
    “Or pour que ces endommagements aient lieu, il était nécessaire que le câble soit sous tension. Il n’y a pas d’autres solutions.”
    D’après lui, le câble ne se serait donc pas rompu avant l’impact dans l’océan, mais plus “probablement” après le crash.  
    Un rapport publié en avril 2008 par un laboratoire d’analyse relevant du ministère de la Défense, le premier à faire des constatations, aboutirait à la même conclusion, selon l’expert mandaté par Air Moorea.
    “Mais 50 % des constats de ce premier rapport sont restés lettre morte”, regrette Me Quinquis. “Un certain nombre de faits établis n’a pas été pris en compte par le BEA et les experts judiciaires. Il ne s’agit pas de se dédouaner pour se dédouaner, mais ce qu’on nous assène comme une vérité absolue n’est probablement pas correct.” Voilà donc la plaidoirie que l’avocat pourrait servir aux juges si la société Air Moorea était renvoyée sur le banc des accusés “dans les semaines qui viennent”.
    Il a également dévoilé son deuxième axe de défense hier : “N’oublions pas que le pilote n’était pas dans un état de santé formidable. Il avait les artères bouchées et une série d’éléments laissent penser que l’hypothèse d’un malaise pourrait être vérifiée.”
    “On ne pourrait alors plus rien imputer à la direction”,
    a-t-il rappelé, suscitant l’indignation du président de l’association de victimes 987 (lire ci-dessous).

    Marie Guitton

    Nikolaz Fourreau, président de l’association 987, regroupant les familles des victimes : “On est dans un axe de défense classique”

    “Ce qui m’étonne d’abord, c’est de sortir ça aujourd’hui, à quelques jours de l’ordonnance de renvoi de l’affaire devant le tribunal correctionnel. Qu’ils sortent un lapin de leur chapeau, c’est très bien, puisqu’il faut que la défense ait le droit de présenter ses arguments. Néanmoins, il y a quand même des éléments un peu gênants qui sont passés sous silence. En l’occurrence, pour avoir écouté les dernières minutes de vol, on entend – après son fameux juron – beaucoup d’actions du pilote, or c’est quand même étonnant qu’un pilote qui fait un malaise s’amuse à toucher tous les boutons sur la partie haute de la cabine de pilotage… Je ne mets pas en doute la qualité de l’expert, c’est un expert indépendant, mais qui travaille uniquement avec les compagnies aériennes… Finalement, on est dans un axe de défense classique d’une compagnie qui met tout sur le dos d’un pilote. On note que la compagnie dépense beaucoup de moyens pour mettre des doutes alors que beaucoup beaucoup beaucoup d’experts ont mis en avant le fait que seule une rupture de câble pouvait avoir eu pour conséquence un tel comportement de l’avion.”

    pipa 2016-02-08 09:08:00
    Le parquet n'a pas fais son travail.
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